Kosovo : l'échec des négociations entre Serbes et Albanais projette au premier plan le rôle que pourrait jouer un éventuel véto russe devant l'ONU (mars 2007)
2013-02-06

Malgré 17 rounds de négociations à Vienne et 26 visites de fonctionnaires internationaux de tout rang à Belgrade et à Pristina, le plan du médiateur de l'Organisation des Nations Unies, Martti Ahtisaari, s'est heurté à l'hostilité de la partie serbe lors des négociations qui se sont achevées samedi 10 mars à Vienne. Belgrade, en effet, se refuse à entériner ce qu'elle considère comme un démembrement pur et simple de son territoire et compte désormais sur un véto russe lors de l'examen de cette question devant l'ONU. Mais ce véto semble loin d'être acquis. HC.

Le front serbe du refus



Elaborant ses propositions sur le Kosovo, Martti Ahtisaari n'a pris parti que pour une seule partie, a déclaré lundi à Belgrade le premier ministre serbe, Vojislav Kostunica lors de sa rencontre dans la capitale serbe avec le vice-ministre des Affaires étrangères d'Italie, Famiano Crucianelli.

Selon le premier ministre de la Serbie, Martti Ahtisaari "aurait largement dépassé le cadre de son mandat d'un médiateur international entre Belgrade et Pristina pour intervenir en défenseur des intérêts de la seule majorité albanaise du Kosovo".

Vojislav Kostunica a averti une fois de plus que si l'ONU se décidait à s'écarter des normes et des règles proclamées dans sa propre Charte, la séparation du Kosovo de la Serbie pourrait constituer un précédent extrêmement dangereux pour le monde entier.

Le négociateur serbe Slobodan Samardzic, a fait remarquer, pour sa part, que le document, préparé par le représentant spécial pour le Kosovo du secrétaire général de l'ONU, détruisait les principes et les droits constituant la base même d'un Etat démocratique et ne répondait pas aux conditions les plus élémentaires indispensables à son renvoi devant le Conseil de sécurité de l'ONU.

"Le plan Ahtisaari n'est pas né à l'issue des négociations, mais est devenu le fruit des activités du soi-disant spécialiste onusien et de son staff personnel", a notamment déclaré Slobodan Samardzic.

Selon ce dernier, M. Ahtisaari "n'a fait absolument rien pour que les parties puissent arriver à un compromis, il n'a pas, non plus, incité la partie kosovare, voire albanaise, à une participation active aux négociations".

"Le document n'est pas prêt au renvoi devant le Conseil de sécurité de l'ONU. Sur les 13 points du plan sur le futur statut du Kosovo, six points n'ont même pas été abordés lors des négociations", a signalé le négociateur serbe.

D'après Vladeta Jankovic, principal conseiller du premier ministre serbe, dans les mois qui viennent, la Serbie a encore la chance "d'expliquer à bien des diplomates qui ne comprennent toujours pas que dans la situation actuelle nul n'est en droit d'enlever une partie du territoire à un Etat membre reconnu de l'Organisation des Nations Unies".

La Serbie doit essayer d'obtenir l'adoption au Conseil de sécurité de l'ONU d'une nouvelle résolution sur le Kosovo qui soit acceptable pour Belgrade et qui repose sur la résolution 1244 déjà adoptée, est l'avis du conseiller de Vojislav Kostunica. Quoi qu'il en soit, reconnaît Vladeta Jankovic, l'issue positive d'une telle initiative n'est pas du tout évidente.

RIA Novosti/Belgrade, le 12 mars 2007

La Russie opposera-t-elle son véto ?



La position de la Russie se retrouve au premier plan pour la première fois depuis le début du processus de règlement du problème du Kosovo. Après l'échec des pourparlers sur les propositions du médiateur de l'ONU Martti Ahtisaari, la question du statut définitif du Kosovo sera examinée au Conseil de sécurité de l'ONU. La Russie est le seul pays parmi les membres permanents du conseil à déclarer qu'il n'approuvera pas ce plan de règlement, rejeté à la fois par la Serbie et les Albanais kosovars. Autrement dit, Moscou fait allusion à un possible usage de son droit de veto.

Dans l'ensemble, les pays occidentaux, surtout les Etats-Unis, estiment que l'indépendance est une solution optimale. Un compromis avec Moscou est-il nécessaire à l'Occident ? Il est probablement souhaitable. La voix de Moscou au Conseil de sécurité de l'ONU aurait légitimé le schéma Ahtisaari et ouvrirait la voie à une indépendance du Kosovo n'entraînant pas de conflits (au niveau des acteurs mondiaux), dont les prémisses se sont dessinées au cours des huit années de présence internationale dans la province. Cependant, en faisant abstraction des discussions philosophiques sur l'intangibilité des frontières et sur la nécessité de régler tous les conflits d'après un schéma identique, la Russie n'a pas la moindre raison formelle de soutenir le plan Ahtisaari. Aucun rôle n'a été proposé à Moscou dans un "nouveau Kosovo".

Cette fois-ci, aucune place n'a été réservée à la Russie dans le mécanisme international de contrôle copié pour beaucoup sur celui de la Bosnie. D'ailleurs, Moscou avait réduit lui-même la possibilité de s'attribuer un rôle au Kosovo en en retirant ses soldats de la paix. Cette action inattendue avait surpris de nombreuses personnes, de même que le débarquement inattendu de ses parachutistes à Pristina en 1999.

La Russie ne peut rien opposer aux plans américains d'octroi de l'indépendance au Kosovo, elle comprend aussi qu'on peut l'obtenir en contournant le Conseil de sécurité de l'ONU. En même temps, Moscou n'est pas intéressé à mener un nouveau travail de sape contre le prestige du Conseil de sécurité. Faisant allusion à la reconnaissance éventuelle de l'indépendance de l'Abkhazie, de l'Ossétie du Sud et de la Transnistrie, en réalité, la Russie n'est pas prête à cette évolution des événements, car il est notoire qu'aucun pays influent ne soutient cette idée. Moscou formulera probablement sa position définitive sur le Kosovo en se fondant sur les accords conclus avec les Etats-Unis sur des problèmes qui ne sont pas directement liés au Kosovo.

Nezavissimaïa Gazeta (Moscou), citée par Ria Novosti/12 mars 2007

Les États-Unis estiment peu probable un véto russe



L'administration Bush ne pense pas que la Russie usera de son droit de veto lors de l'examen d'une résolution sur le Kosovo au Conseil de sécurité de l'ONU, a déclaré lundi 12 mars Daniel Fried, sous-secrétaire d'Etat américain pour l'Europe et l'Eurasie.

"Je ne pense pas qu'un veto russe soit possible", a estimé devant les journalistes à Washington Daniel Fried, tout en faisant remarquer que la Russie, tout d'ailleurs comme les États-Unis, faisait partie du Groupe de contact international pour le Kosovo (Etats-Unis, Russie, France, Grande-Bretagne et Allemagne) et que jusqu'ici cette coopération avait plutôt réussi.

Cela dit, le sous-secrétaire d'Etat américain pour l'Europe et l'Eurasie a accordé une évaluation positive au plan de règlement au Kosovo qui était préparé par Martti Ahtisaari, représentant spécial du secrétaire général de l'Organisation des Nations Unies.

"La communauté internationale soutient Martti Ahtisaari, et celui-ci a un plan qui nous donne les meilleures chances pour la meilleure des solutions", a affirmé Daniel Fried.

Et d'ajouter qu'on n'estime pas à Washington que le Kosovo pourrait constituer un précédent pour régler par la suite les problèmes de l'Abkhazie, de l'Ossétie du Sud, de la Tchétchénie ou d'autres situations du genre.

"Le Kosovo ne constitue de précédent pour aucune autre région du monde, que ce soient l'Abkhazie, l'Ossétie du Sud, la Tchétchénie, la Transnistrie, la Corse ou le Texas", a notamment prétendu le diplomate américain.

"Il n'y a nulle part dans le monde de situation qui ressemble de près ou de loin à celle du Kosovo", a dit Daniel Fried.

Interrogé sur le rôle de l'Alliance de l'Atlantique Nord au Kosovo, le sous-secrétaire d'Etat américain pour l'Europe et l'Eurasie a souligné que "la Force de maintien de la paix dirigée par l'OTAN au Kosovo (KFOR) était prête à faire face aux extrémistes des deux côtés".

Selon Daniel Fried, "pour garantir la sécurité au Kosovo, la KFOR y restera aussi longtemps que cela sera nécessaire".

Ria Novosti/Washington, 12 mars 2007