Adopté par l'Union Européenne le Plan Ahtisaari pour le Kosovo se heurte à l'opposition des Serbes et risque d'être bloqué par la Russie devant l'ONU (mars 2007)
2013-02-06

Lundi 26 mars, le plan de règlement du problème kosovar, élaboré par le représentant spécial du secrétaire général de l'ONU, Martti Ahtisaari, a été soumis au Conseil de sécurité de l'ONU. Le plan Ahtisaari prévoit d'octroyer de fait au Kosovo un statut d'Etat indépendant avec ses symboles étatiques, sa Constitution et son armée. Cet Etat doit se trouver sous supervision de la communauté internationale. Les Serbes du Kosovo - quelque 150.000 personnes - doivent recevoir le droit de former des collectivités locales et des garanties de sauvegarde de leur patrimoine culturel.

L'Union européenne soutient entièrement le plan Ahtisaari



L'Union européenne soutient entièrement le plan sur la définition du futur statut du Kosovo, élaboré par le médiateur international Marti Ahtisaari et transmis lundi au Conseil de sécurité de l'ONU, lit-on dans une déclaration officielle de la présidence de l'UE.

Le texte de ce document est parvenu à RIA Novosti du ministère des Affaires étrangères de l'Allemagne, pays qui assure à présent la présidence tournante de l'Union européenne.

Cette proposition sur le futur statut du Kosovo vise à créer dans cette province une société multiethnique et démocratique, reposant sur les principes d'un Etat de droit, note le document.

Selon l'UE, la proposition du représentant spécial du secrétaire général de l'ONU prévoit des mesures de longue portée, devant assurer l'avenir pour tous les groupes ethniques habitant cette province et tout particulièrement pour les Serbes du Kosovo, tout en jetant de solides assises pour le développement économique et politique à long terme du Kosovo et contribuant ainsi à la stabilité dans l'ensemble de la région.

Ladite proposition sur le futur statut du Kosovo part de ces intenses négociations directes qui se sont poursuivies pendant plus de douze mois, et plus précisément depuis le mois de février 2006, entre Belgrade et Pristina sans aboutir pour autant à aucun résultat concret sur la question fondamentale. Au regard de la présidence de l'Union européenne, la proposition, élaborée par Marti Ahtisaari, constitue un compromis honnête, équilibré et prometteur, lit-on dans la déclaration.

D'après l'UE, avec le transfert de la proposition en question au Conseil de sécurité de l'ONU, le processus de définition du futur statut du Kosovo s'engage désormais dans son stade déterminant.

La présidence de l'Union européenne espère que le Conseil de sécurité de l'ONU sera à la hauteur de sa responsabilité et approuvera en temps opportun le plan Ahtisaari, indique le document.

Opposition de la Serbie et risque de véto de la Russie



La Serbie n'acceptera jamais l'indépendance du Kosovo et compte sur le veto de la Russie en cas d'examen au Conseil de sécurité de l'ONU du plan proposé par le médiateur international, a déclaré mardi à l'agence Tanjug le premier ministre serbe Vojislav Kostunica.

"Un veto russe au Conseil de sécurité de l'ONU lors du vote d'une résolution sur le Kosovo fondée sur le plan [...] Ahtisaari qui prévoit le démembrement du pays aurait une signification véritablement historique pour la Serbie et le peuple serbe", a déclaré M. Kostunica.

Et d'ajouter que la Serbie considérerait comme un acte de violence juridique toutes les tentatives pour lui arracher une partie de son territoire.

Dans le même temps, le premier ministre serbe s'est dit certain que le Conseil de sécurité n'approuverait pas le plan Ahtisaari. Ainsi, a-t-il poursuivi, il sera possible de reprendre le processus de négociations, mais avec un nouveau médiateur international.

Lors d'un entretien téléphonique, lundi 26 mars, avec le secrétaire d'Etat adjoint américain Nicholas Burns, le président serbe Boris Tadic a exprimé son désaccord avec la décision du département d'Etat des Etats-Unis de soutenir le plan Ahtisaari qui invite notamment le Conseil de sécurité de l'ONU à octroyer au Kosovo "l'indépendance sous supervision internationale".

"Il reste encore un ensemble de possibilités pour relancer les négociations, alors que le médiateur international ne les a pas utilisées", a noté M. Tadic.

Par ailleurs, a souligné le président serbe, toute la responsabilité pour le maintien de la paix et de la stabilité dans le sud du pays est assumée par le contingent de l'OTAN (Force armée multinationale pour le Kosovo -KFOR - ndlr) qui y est déployé. Et la Serbie est prête, pour sa part, à ne pas épargner ses efforts pour maintenir l'ordre dans la région, a-t-il indiqué.

La Russie se propose de réclamer la vérification de l'application de toutes les précédentes résolutions de l'ONU sur le Kosovo si le Conseil de sécurité décide d'adopter le plan Ahtisaari, a déclaré mardi le ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Lavrov.

"Les démarches de la Russie, et nous ne resterons évidemment pas les bras croisés, tendront à faire en sorte que la situation effective soit examinée", a indiqué M. Lavrov.

"Il s'agit de la mise en application des résolutions du Conseil de sécurité de l'ONU sur le Kosovo et avant tout de la résolution 1244. Nous voulons établir objectivement, sans essayer d'imposer des évaluations unilatérales, qui et comment a rempli ou n'a pas rempli les résolutions du Conseil de sécurité de l'ONU", a indiqué le chef de la diplomatie russe.

"J'espère que cette approche réaliste, fondée sur le droit international, sera soutenue", a affirmé Sergueï Lavrov, tout en notant qu'il était encore tôt pour anticiper sur les résultats du vote au Conseil de sécurité de l'ONU.

RIA Novosti/Belgrade, 27 mars 2007.

Pour Javier Solana, la solution adoptée pour le Kosovo ne saurait constituer un précédent pour le règlement d'autres conflits en Europe continentale



La résolution définitive de la question du statut du Kosovo n'aura aucune conséquence sur les conflits territoriaux en Europe, a déclaré lundi le Haut représentant de l'UE pour la politique extérieure et de sécurité, Javier Solana.

"La définition du statut final du Kosovo n'aura aucune conséquence sur les conflits en Europe ou au-delà de ses frontières", a avancé M. Solana lors d'une conférence de presse à Bruxelles, à l'issue de sa rencontre avec le secrétaire général de l'OTAN Jaap de Hoop Scheffer.

"La définition du statut du Kosovo est une solution unique en son genre", a ajouté Javier Solana.

À la demande des journalistes, il a également commenté la récente déclaration du président de la Transnistrie Igor Smirnov qui affirmait que l'octroi du statut d'Etat indépendant au Kosovo deviendrait un argument de plus pour l'obtention de l'indépendance de la Transnistrie.

"Les problèmes qui existent dans le monde ont des racines, des causes et des voies de règlement différentes. Je ne pense pas que la façon raisonnable de diriger le monde soit de tirer une leçon de la solution "A" pour le conflit "B", a conclu M. Solana.

Le secrétaire général de l'OTAN a pour sa part signalé que la situation au Kosovo était unique et qu'elle n'aurait pas de conséquences pour "certaines autres régions".

Ria Novosti/Bruxelles, 26 mars 2007.