Kirghizstan : Felix Kulov prend la tête de l'opposition et part à l'assaut du pouvoir (avril 2007)
2011-12-18

Trois premiers ministres et deux changements de Constitution en six mois : les errances politiques du Kirghizstan, vantées comme étapes nécessaires à l'apprentissage de la démocratie post-soviétique, virent à la triste farce. De nouvelles manifestations réclamant la démission du président Kourmanbek Bakiev devraient avoir lieu à partir du 11 avril à Bishkek. Avec Félix Koulov, ex-premier ministre, comme nouveau leader d'une opposition renforcée et radicalisée.

Le deuxième anniversaire de la « Révolution des Tulipes », le 24 mars dernier, faute de grandes célébrations, aura été l'occasion d'un amer bilan. Les réformes portées en bannière en 2005 n'ont pas été entreprises, et le tandem formé par Bakiev et Koulov, les deux grands leaders politiques de l'après Akaev, a définitivement volé en éclat. Démissionnaire à la mi-décembre (cf. [URL : 2270]), Koulov a perdu le soutien du président, qui lui a préféré Asim Isabekov, un fidèle parmi les fidèles de l'entourage présidentiel.

Libéré d'un costume trop étroit pour deux, Koulov, après avoir annoncé son retrait de la scène politique kirghize, est revenu fin janvier pour se présenter en nouveau chef naturel de la fronde anti-Bakiev.

Le paysage politique en est profondément rééquilibré : d'un côté, un président qui reprend les commandes et impose une nouvelle Constitution (adoptée le 30 décembre) renforçant ses prérogatives et reniant au passage le texte adopté cinquante jours plus tôt en compromis avec l'opposition (cf. [URL : 2258]) . De l'autre, le seul challenger véritable de Bakiev, Félix Koulov, qui a réussi à mettre au pas derrière lui les chefs du Mouvement pour les Réformes. Autre exploit, personne à présent ne semble lui tenir rigueur de son échec en tant que Premier ministre : c'est bien sous le mandat de Koulov qu'aucune des grandes réformes de la Révolution n'a été appliquée.

L'aura de Koulov était bien ce qui manquait aux manifestants de novembre pour inquiéter réellement la Maison Blanche. Ainsi renforcés, les anti-Bakiev repartent à l'assaut, annonçant de grandes manifestations reconductibles à partir du 9 avril. Dans les régions, les comités de soutien s'organisent, les gouverneurs choisissent leur camp, ravivant le clivage Nord-Sud latent au Kirghizstan. Bakiev sent le vent tourner et préfère ouvrir la porte au dialogue : aux oubliettes le pantin Isabekov, le président nomme le 29 mars l'un des anciens leaders du mouvement de novembre, Almaz Atambaev, à la tête du gouvernement.

Atambaev représente la frange modérée de l'opposition, celle qui entend et prend en compte la nécessité de ramener un peu de stabilité politique au sommet de l'Etat. Son acceptation du poste, et sa volonté de composer un « gouvernement d'union nationale » (cf. [URL : 2372]), va précipiter le divorce au sein de l'opposition. Koulov et les siens ne rejoignent finalement pas cet appel à l'union, et se radicalisent encore un peu plus à l'approche des grandes manœuvres.

Depuis lors, Bakiev cherche à éviter la confrontation et invite Koulov à la table des négociations. Il essuie le refus de ce dernier. Le « Front uni » de l'opposition nouvelle génération aurait-il repris la main, inquiétant réellement la Présidence ? L'homme fort du Nord, Koulov, n'infléchit pas son discours : « Notre position reste claire, menace-t-il, nous demandons plus que jamais la tenue d'élections présidentielles anticipées ». Dans tous les cas, la mobilisation devrait être importante, les leaders de l'opposition s'en sont assuré : on paye 500 soms (10 €, le salaire moyen kirghize approchant de 60€) la journée aux manifestants volontaires. Et les enchères pourraient bien monter en cas d'enlisement de la crise et de contre-manifestations organisées. Au risque d'aviver le conflit.

Camille MAGNARD/Mathilde GOANEC pour Colisee.org



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