Lettonie : le premier tour de l'élection présidentielle se tiendra le 31 mai
2007-05-31

Le 31 mai prochain, les 100 membres de la Saiema, Chambre unique du Parlement, se réuniront pour élire le successeur de Vaira Vike-Freiberga à la Présidence de la République.

Ce scrutin présidentiel intervient dans une période politique troublée en Lettonie. En effet, le 10 mars dernier, la Présidente de la République, s'appuyant sur l'article 72 de la Constitution, a refusé de signer deux lois sur la sécurité nationale votées par le Parlement. Celles-ci, adoptées, selon elle, sans débat préalable et en toute hâte (le gouvernement prétextant de « l'urgence » de la situation), risquent de déséquilibrer les pouvoirs. Ces deux lois subordonnent la sécurité nationale au contrôle politique du Premier ministre, accroissant le droit de regard et d'intervention des hommes politiques dans les services de sécurité et d'agence de sécurité nationale, lui permettant ainsi de surveiller d'autres services spéciaux. Vaira Vike-Freiberga a clairement fait savoir que ces lois sont la porte ouverte à des « manipulations politiques » et qu'elles accroissent le risque « d'investigations qui seraient menées par des oligarques ». La Présidente de la République a répété que les agences de sécurité nationale devaient absolument être indépendantes

Selon la Constitution, le refus de la Chef de l'Etat a entraîné l'organisation d'une campagne de collecte de signatures pour appeler à l'organisation d'un référendum sur ces deux lois. Pour que celui-ci soit organisé, la pétition nationale devait être signée par au moins 10 % des inscrits sur les listes électorales lors des élections législatives du 7 octobre dernier un quart, soit environ 143 300 personnes, entre le 3 avril et le 2 mai. Environ 215 000 personnes ayant apposé leur signature, soit 15 % des inscrits, le référendum aura lieu et se déroulera, ironie du sort, le 7 juillet prochain, soit le jour même de l'expiration du mandat présidentiel de Vaira Vike-Freiberga.


Les candidats



Quatre personnalités sont à ce jour candidates à la fonction présidentielle :

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Sandra Kalniete

, 54 ans, née en Sibérie où sa famille avait été déportée par les autorités soviétiques (elle a raconté son enfance dans son livre En escarpins dans les neiges de Sibérie, éditions des Syrtes). En 1989, elle est à la tête de l'union des écrivains, l'une des personnalités les plus marquantes de la révolution lettone et du retour à l'indépendance. Diplomate, elle a d'abord été adjointe du ministre des Affaires étrangères de 1990 à 1993, puis ambassadeur de son pays auprès des Nations unies à Genève (1993-1997), en France (1997-2002) et auprès de l'UNESCO (2000-2002). En 2002, elle devient ministre des Affaires étrangères du gouvernement dirigée par Einars Repse (Nouvelle ère, JL). Personnalité très populaire et de grande ampleur, Sandra Kalniete est très connue hors des frontières de Lettonie où elle dispose d'un grand crédit. Membre de la Convention sur l'avenir de l'Europe chargée de rédiger le traité établissant une Constitution pour l'Europe, elle devient Commissaire européenne de mai à novembre 2004 dans la Commission dirigée par Romano Prodi. Députée, elle est la candidate de la principale formation d'opposition, Nouvelle ère (JL), mais paraît susceptible de rassembler plus largement.

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Dainis Ivans

, candidat du Parti social-démocrate des travailleurs (LSDSP). Actuel membre du conseil municipal de Riga, il a été en 1986 l'initiateur d'une campagne de presse pour la préservation de la vallée de la Dagauva avant d'être élu deux ans plus tard président du Front populaire (LTF).

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Maris Riekstins

, actuel conseiller du Premier ministre Aigars Kalvitis (Parti du peuple, TP), est le candidat du Parti du peuple dont il est devenu membre. Le 27 avril dernier, 68 délégués du parti ont voté en faveur de sa candidature, contre 30 qui ont soutenu le ministre du Développement régional et des Affaires municipales, Aigars Stokenbergs (TP). Maris Riekstins possède une solide expérience internationale, il a été ambassadeur aux Etats-Unis et au Mexique et a travaillé 10 ans comme secrétaire d'Etat au ministère des Affaires étrangères.

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Karina Petersone

, 53 ans, vice-présidente de la Saiema et actuelle ministre de la Culture. Ancienne directrice de la Fondation pour la Bibliothèque nationale, Karina Petersone est la candidate de Premier de Lettonie (LPP) et de Voie lettone (LC).

L'Union pour la patrie et la liberté (TB/LNNK) s'est déclarée en faveur d'un candidat désigné par la coalition gouvernementale. Si les partis ne parviennent pas à s'accorder, elle a indiqué qu'elle désignerait son candidat le 19 mai prochain. Ainars Slesers, leader de Premier de Lettonie, a également affirmé, le 12 mai dernier, être favorable à ce que les formations du gouvernement présentent à cette élection présidentielle un candidat commun qui soit au-dessus des partis. Côté opposition, Pour les droits de l'homme dans une Lettonie unie (PVTCL) ne présente pas de candidat, mais soutiendra la personnalité qu'elle jugera la plus neutre.

Les premiers tours de l'élection présidentielle sont le plus souvent l'occasion de mesurer les forces en présence et les rapports de force entre les différentes formations du Parlement. Beaucoup d'analystes politiques considèrent que les choses sérieuses ne commencent qu'après un ou deux tours de scrutin. « Cette fois-ci, l'élection présidentielle va être longue et difficile, beaucoup plus que les précédentes. La situation est difficile à cause des relations internes entre les formations politiques comme de la popularité et de la notoriété de l'actuelle Chef de l'Etat » déclaré le professeur de science politique à l'université de Lettonie, Andris Runcis, qui affirme que ce scrutin présidentiel est l'un des plus excitants depuis le retour du pays à l'indépendance. « Quand Vaira Vike-Freiberga a été élue en 1999, elle s'est imposée en fin de course, comme un compromis de dernière minute. Qui sait qui sera le candidat de la dernière minute cette fois-ci ? », indique t-il.

Le Premier ministre Aigras Kalvitis a déclaré souhaiter un Président de la République tourné vers l'international. Pour sa part, l'actuelle Chef de l'Etat Vaira Vike-Freiberga a indiqué que le Président de la République ne devait être lié à aucune formation politique.

Le mandat de Vaira Vike-Freiberga à la tête de l'Etat expire le 7 juillet prochain.

Corinne Deloy/Fondation Robert Schuman




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