Slovaquie : l'Art plastique moderne slovaque s'affiche à Paris
2007-06-04

Novembre 2006

, à la Galerie Lehalle, l'exposition intitulée Art contemporain slovaque dévoile une création foisonnante, débridée, enfin libre d s'exprimer, marquée par la vitalité et les multiples facettes de la diversité. Des œuvres d'artistes de différentes générations sont montrées ; des artistes qui ont un trait commun car ils mettent en scène l'homme et l'univers. Le Port, bronze d'Oto Bachorik (né en 1959), soit un casque métallique, posé sur un socle, surmonté d'une enclume, semble condenser le feu auquel se lient l'eau, l'air et la terre. A la frontière, bronze et granit de Jozef Jankovic (1937) suggère ce qui fut une triste réalité : quatre hommes perchés expriment leur inquiétude, sont à l'affût de savoir s'ils vont pouvoir franchir cette frontière clandestinement ; leur situation grotesque est à la fois réaliste, s'ils s'en sortent, et métaphysique comme celle de Vladimir et d'Estragon d'En attendant Godot de Samuel Beckett car ces personnages sont accrochés au bord du vide et peuvent aussi basculer dans le néant. Le tableau Dialogue de Stanislav Balko (1943) s'apparente à la fameuse technique d'Albin Brunovsky (1935 - 1997) que l'on a pu admirer à la Galerie du Pont Neuf en 2005, une technique combinée peinture, dessins, graphique qui est une oscillation infinie entre la réalité et la fantasmagorie. Dessin parisien de Marek Ormandik (1968) est le portrait d'un homme assis dans le coin d'une pièce, dont le peintre donne à voir l'intériorité, mais aussi d'un homme en mutation car il est prostré sous un plafond violet, couleur chthonienne par excellence. Maria Rudavska (1941) renforce le métallique de son bronze La Porte avec le défenseur qui semble inspiré d'une légende nordique car son chevalier aux multiples bras armés semble se détacher de la plaque. Spectateur de Peter Brunovsky 1974, sphère dont les lamelles en acier soudé sont fixées sur un magma, est une métaphore des différentes perceptions que le spectateur reçoit de la scène et de la salle, mais mieux encore de tous les liens qui le rattachent au monde réel, apparent et cosmique. Le bronze Journal lunaire de Marian Polonsky 1943, avec ses nombreux instruments sculptés, est une véritable ode à l'art : son allégorie tient dans ses mains une écuelle qu'observe un alchimiste à la barbe fleurie ; une allégorie cernée par maints détails qui se relient pour former de nouvelles associations ; ainsi, le manche d'une spatule devient tête de ptérodactyle-dragon et sur la palette de cette même spatule figurent trois grâces.

Mars-mai 2007

, Salons de l'Ambassade slovaque, pour Plumes de Paris les peintres Andrej (1964) et Martin (1968) Augustin qui ont participé à la précédente exposition, rendent un vénérable hommage à leur mère (1934 - 2005), plasticienne, dont on peut voir une œuvre majeure La Madone Zagorska ou le Giron de l'abondance, une madone à la fois spiritualisée et matricielle, dédoublée, qui se transforme pour donner naissance, à la coiffe blanche dont la robe est rouge devant et bleue au dos. Martin, dans ses Courriers silencieux de Paris, dessine sur du papier troué de gracieuses femmes qu'il pare de détails exubérants tels des fleurs et des plumes d'oiseaux et qu'il nimbe dans des touches de peinture ou de dessins aériens auxquels il ajoute des fragments d'anciennes cartes postales. Pour Les Jardins de Fontainebleau, ses silhouettes se fondent dans des partitions musicales superposées. Le foisonnement de ses détails fait penser à Arcimboldo, notons son Rêve rose avec fleurs, papier encollé sur bois, encore plus son diptyque Votre bonheur est aussi le mien figurant un modèle dans une abondance de ramures et de fleurs. On a l'impression qu'émergent du bout de ses doigts des créatures et des structures vaporeuses susceptibles d'être emportées, transportées, par une brise légère, par un zéphire. Les tableaux géométrisés d'Andrej le montre davantage appuyé à la Terre-Mère tout en étant relié au Ciel. Son pastel Près de la Mer Noire, allégorie d'un phare, représente une femme-diable ailé à la queue bleue, à la chevelure rouge jusqu'au genou dont la cape jaune se perd dans le vert de la mer, tenant une lanterne avec une bougie allumée, une lanterne qui en génère d'autres scintillant sur les flots. Inspiré par le bouddhisme, comme le prouvent ses nombreux mandalas tels Le Serpent, La Roue, La Mandragore, il joue à multiplier, renforcer et agrandir démesurément les membres : Mille mains, mille pieds sont contenus par une flamme rouge ; Le 11 Septembre est incarné par une divinité maléfique, une sorte d'antéchrist, orangé et violacé, aux coudes renforcés comme les terminaisons des colonnes doriques et aux jambes en fer à cheval.

3 mai - 1er juin 2007

, Galerie du Pont Neuf, Milan Lukac (1962), qui a largement contribué à la première exposition, offre les visions de son Monde botanique et Bestiaire en compagnie du Tchèque Miroslav Snajdr qui , dans sa série Couleurs de saison nous invite à rêver devant un arbre magnifique formé par une abondance de touches multicolores faites au pinceau, à la brosse et à la palette sur une toile blanche, s'apparentant à une estampe japonaise moderne. Les bronzes comme Herbes n° 1 et n° 2, l'un tel un métronome avec ses trois branches soudées en leur milieu battant la mesure de l'air et l'autre qui se laisse bercer, semblent capturer aussi les fils invisibles qui nous relient au cosmos et qui nous lient les uns aux autres selon la théorie de Mircea Eliade (voir Cordes et marionnettesin Méphistophélès et l'androgyne) posent M. Lukac en chamane. Cela se concrétise dans ses autres sculptures comme Le Grand Duc, en fer monté avec des objets récupérés, des tenailles pour le bec, des boulons et des écrous pour les yeux, des crochets et des ciseaux pour les pattes, comme Poisson riche qui arbore une poignée de porte dorée en guise d'œil, des écailles-pièces de monnaie autrichiennes et jette en l'air sa caudale majestueuse, comme Hibou et Chouette. Mais il sait se montrer fragile et énigmatique à la fois car son eau forte colorée Toutes mes mouches révèle un visage criblé d'insectes, entouré d'une écriture à l'envers.

Nous souhaitons vivement que d'autres expositions en France continuent à nous faire découvrir les richesses de l'art plastique moderne slovaque. Pour ceux qui se rendent en Slovaquie, le nouveau Musée Dubiana de Bratislava lui est réservé ainsi que de nombreuses galeries privées.

Danièle Monmarte/COLISEE