Ukraine : la percée du Bloc Ioulia Timochenko aux élections législatives rend probable l'accession de la « dame de fer » ukrainienne au poste de Premier ministre (octobre 2007)
2013-12-08

Le Bloc Ioulia Timochenko a créé la surprise en arrivant en tête des élections législatives anticipées qui se sont déroulées le 30 septembre en Ukraine. La formation de l'égérie de la révolution orange réalise une véritable percée et recueille, selon des résultats encore partiels, 33,31 % des suffrages (+11 points par rapport aux dernières élections législatives du 26 mars 2006).

Elle est suivie par le Parti des régions du Premier ministre sortant Viktor Ianoukovitch qui obtient 30,31 % des voix (-2,13 points). La coalition Notre Ukraine-Autodéfense (Samoobrona) du Président de la République, Viktor Iouchtchenko, recueille 15,56 % des suffrages (+1,61 point). Le Parti communiste, dirigé par Petro Simonenko, obtient 5,08 % des suffrages (+1,42 point), le Bloc Volodimir Litvine, 4,17 % (+1,73 point) et, enfin, le Parti socialiste, emmené par l'ancien président du Parlement Oleksandr Moroz, recueille 3,19 % des voix (-2,5 points).

Six formations politiques seront donc représentées à la Verkhovna Rada, Chambre unique du Parlement. Les trois "petits" partis joueront un rôle primordial lors des négociations pour la formation du prochain gouvernement. Le Parti communiste, comme le Parti socialiste, devraient se rapprocher du Parti des régions du Viktor Ianoukovitch. L'ancien président du Parlement, et proche de l'ancien Président de la République (1994-2004) Leonid Koutchma, Vladimir Litvine, pourrait également rejoindre le camp du Premier ministre sortant. "Le parti de Volodimir Litvine peut aller dans l'une ou l'autre des directions car il a bâti à l'origine sa campagne sur une critique de l'opposition et de la coalition au pouvoir. Mais les premières initiatives de son leader se feront en direction des forces orange", affirme l'analyste politique Oleksandre Litvinenko.

Les forces de la révolution orange - les partis de Viktor Iouchtchenko et Ioulia Timochenko - obtiennent ensemble 48,87 % des suffrages (contre 42,75 % pour le Parti des régions, le Parti communiste, le Bloc Volodimir Litvine et le Parti socialiste, quatre formations qui n'ont cependant conclu aucun accord préélectoral) et pourraient donc être en mesure de former une majorité au Parlement.

La participation s'est élevée à 62,51 %, (-7,49 points par rapport à celle enregistrée lors des élections législatives de mars 2006).

"Je crois qu'aujourd'hui, personne ne peut nier ou diminuer la victoire que l'Ukraine a remportée", a déclaré Ioulia Timochenko à l'annonce des premiers résultats le 30 septembre, ajoutant "Nous sommes la seule force politique à avoir amélioré notre résultat de manière nette et significative". L'égérie de la révolution orange a déclaré qu'elle rencontrerait le Président de la République, Viktor Iouchtchenko, dans la journée du 1er octobre pour parler de leur alliance. "Dans un ou deux jours, nous annoncerons la coalition gouvernementale", a t-elle affirmé.

"Ioulia Timochenko doit devenir Premier ministre. Les forces démocratiques ont de bonnes chances d'obtenir une majorité et de former un nouveau gouvernement", a déclaré Viatcheslav Kirilenko, l'un des leaders de la formation présidentielle Notre Ukraine. De son côté, Iouri Loutsenko, leader d'Autodéfense, a annoncé que son parti était prêt à soutenir Ioulia Timochenko pour qu'elle devienne Premier ministre une fois la coalition formée. Notre Ukraine-Autodéfense et le Bloc Ioulia Timochenko se sont, en effet, engagés, avant les élections législatives à gouverner ensemble. Le Président Viktor Ioutchenko a, plusieurs fois, assuré "qu'aucune autre coalition que celle avec Ioulia Timochenko ne verrait le jour en cas de victoire de leurs partis", ajoutant : "Nous n'avons qu'une option, c'est de former une coalition démocratique. Un point, c'est tout. Aucune autre coalition ne verra le jour".

Ioulia Timochenko a toujours rejeté de faire alliance avec la formation du Premier ministre sortant, Viktor Ianoukovitch. Elle s'est engagée, dès l'annonce des premiers résultats, à rapprocher encore l'Ukraine de l'Union européenne et de faire rapidement adhérer son pays à l'Organisation mondiale du commerce (OMC). Elle a souligné qu'elle tenait à ce que l'Ukraine ait de bonnes relations avec la Russie et discuterait des importations de gaz russe avec Moscou : "Nous garantirons une relation équilibrée et harmonieuse avec la Russie". De leur côté, les autorités russes ont déclaré, par la voix de leur ambassadeur à Kiev, Viktor Tchernomyrdine, qu'elles étaient prêtes à coopérer avec tout gouvernement ukrainien.

Agée de 47 ans, Ioulia Timochenko a fait des études d'économie à l'université de Dniepropetrovsk. En 1995, elle prend la tête de la compagnie énergétique l'United energy systems of Ukraine (UESU). Elle est élue à la Verkhovna Rada en 1996 et sera réélue en 1998 avant de devenir, en 1999 et jusqu'en 2001, vice-Premier ministre du gouvernement dirigé par Viktor Iouchtchenko. Accusée de corruption, elle sera emprisonnée durant plus d'un mois en 2001. Après la "révolution orange" de novembre-décembre 2004, elle prendra la tête du premier gouvernement formé par le nouveau Chef de l'Etat, Viktor Iouchtchenko. Les relations entre les deux têtes de l'exécutif devenant de plus en plus tendues au cours du temps, le Président de la République la destituera le 8 septembre 2005. Lors des élections législatives du 26 mars 2006, le Bloc Ioulia Timochenko était devenu le 2e parti au Parlement en recueillant 22,29 % des suffrages, devançant la formation du Président, Notre Ukraine.

"Le soutien important du peuple ukrainien donne carte blanche au Parti des régions pour former un nouveau gouvernement performant", a déclaré le Premier ministre sortant Viktor Ianoukovitch alors que les premiers résultats donnaient le Parti des régions en tête. "Nous devons unir les forces pragmatiques capables de faire de l'Ukraine un pays uni", a t-il affirmé le 1er octobre.

Si, en vertu des accords préélectoraux, une coalition rassemblant les "forces orange" est très probable, elle ne constitue pas la seule option. En effet, certains experts politiques, qui se souviennent que les élections législatives de 2006 avaient donné lieu à 4 mois de négociations avant la formation d'une coalition gouvernementale, n'excluent pas que Viktor Iouchtchenko, préfère en fin de compte s'allier avec son adversaire Viktor Ianoukovitch, en optant pour une grande coalition regroupant Notre Ukraine et le Parti des régions, afin de barrer la route à Ioulia Timochenko. "Ioulia Timochenko est ambitieuse, elle veut le poste de Premier ministre comme un tremplin vers la Présidence de la République. Il n'y a pas actuellement de front orange avec des objectifs communs", analyse Ivan Presniakov, chercheur au Centre international pour les études politiques de Kiev qui reconnaît toutefois que "les chances d'une coalition orange et la nomination de Ioulia Timochenko au poste de Premier ministre sont très élevées".

"Il est plus facile de gagner que de garder la victoire et d'en tirer profit" déclarait Ioulia Timochenko, la semaine passée à l'hebdomadaire Korrespondent. Une phrase dont elle pourrait prendre toute la mesure dans les jours à venir.

Corinne Deloy/Fondation Robert Schuman

Résultats des élections législatives ukrainiennes du 30 septembre
2007



Participation : 62,51 %

Bloc Ioulia Timenchenko : 33,31 %
Parti des régions : 30,31 %
Notre Ukraine - Autodéfense : 15,56 %
Bloc Volodimir Litvine : 4,17 %
Parti socialiste : 3,19 %

Source : Agence France Presse