Election présidentielle en République tchèque le 8 février 2008
2012-02-07

Le Parlement tchèque, composé de la Chambre des députés et du Sénat, se réunira le 8 février prochain pour élire le nouveau Président de la République.

A ce jour, 2 personnes sont candidates : l'actuel chef de l'Etat, Vaclav Klaus, candidat à sa réélection, soutenu par le Parti démocrate civique (ODS) et Jan Svejnar, professeur d'économie et de politique publique à l'université du Michigan (USA), soutenu par les forces de l'opposition de gauche.

Comme lors de chaque élection présidentielle, la question du mode de scrutin a resurgi dans le débat public. L'Union chrétienne-démocrate-Parti du peuple (KDU-CSL) et les Verts (SZ) se sont déclarés favorables à un scrutin au suffrage universel, une mesure qui, selon toutes les enquêtes d'opinion, recueillerait l'assentiment de la majorité des Tchèques. Le Parti social-démocrate (CSSD) a proposé une réforme du mode de scrutin actuel alliée à une modification des compétences présidentielles, envisageant un scrutin à 2 tours et la possibilité pour la Chambre des députés de poursuivre le Président devant la Cour constitutionnelle. Son leader, Jiri Paroubek, a affirmé qu'il était favorable à la fin du vote à bulletins secrets, déclarant "un vote public serait transparent et clair et serait une bonne chose pour le pays".

L'actuel mandat de Vaclav Klaus s'achèvera officiellement le 7 mars prochain.

La fonction présidentielle en République tchèque



Le Président de la République tchèque est élu au scrutin secret par les membres des 2 Chambres du Parlement qui, à l'occasion de cette élection, se réunissent ensemble dans la Salle espagnole du Château de Prague, siège officiel de la Présidence, construite sous l'Empereur Rodolphe II au XVIIe siècle. Le Président tchèque, dont la fonction est essentiellement honorifique, est élu pour 5 ans. Son mandat est renouvelable une fois. Tout candidat doit présenter au moins 10 signatures de parlementaires pour pouvoir se présenter.

Pour être élu dès le 1er tour, un candidat doit recueillir la majorité absolue des voix au sein de chacune des 2 Chambres (la Chambre des députés compte 200 membres et le Sénat 81). Si aucun des candidats n'atteint ce résultat, les 2 candidats ayant obtenu le plus grand nombre de suffrages sont autorisés à se présenter au 2e tour de scrutin. Un parti politique peut toutefois changer de candidat entre les deux tours. La majorité absolue est de nouveau requise. Dans le cas où aucun des candidats ne l'obtient, un 3e tour est organisé dans les 14 jours suivants. Pour l'emporter, un candidat doit alors réunir la majorité simple des suffrages des députés et sénateurs présents, soit 141 en cas d'une participation des 281 parlementaires. Si aucun candidat n'est élu lors de ce 3e tour, une nouvelle élection présidentielle doit être organisée.

L'actuelle coalition gouvernementale rassemble le Parti démocrate civique (ODS), l'Union chrétienne-démocrate-Parti du peuple (KDU-CSL) et les Verts. La Chambre des députés compte 81 membres de l'ODS, 72 sociaux-démocrates, 26 membres du Parti communiste de Bohème et Moravie (KSCM), 13 membres du KDU-CSL, 6 Verts et 2 députés sans étiquette. Le Sénat comprend 41 membres de l'ODS, 13 sociaux-démocrates, 11 membres du KDU-CSL, 7 du Club de la démocratie ouverte (KOD), 6 de l'Association des indépendants-Démocrates européens (SNK-ED) et 3 du KSCM.
L'ODS compte 122 parlementaires, ce qui signifie que, si l'élection va jusqu'au 3e tour, il manquerait alors à Vaclav Klaus 19 voix pour être réélu.


L'inconnu(e) Jan Svejnar



Le 14 décembre dernier, Jan Svejnar annonçait officiellement sa candidature à l'élection présidentielle. Il a recueilli 10 signatures de sénateurs issus de l'ensemble des partis politiques à l'exception de l'ODS et du KSCM. Pour ce parti, Jan Svejnar cumule deux défauts majeurs : il est, à la fois, un libéral et un émigrant. Il lui a d'ailleurs demandé d'abandonner sa nationalité américaine. Certains membres, comme Jiri Dolejs leader du groupe à la Chambre des députés, ont toutefois déclarés qu'ils voteraient pour Jan Svejnar.

Né en 1952, Jan Svejnar quitte, en 1969 avec ses parents, la Tchécoslovaquie communiste pour les Etats-Unis. Diplômé des universités de Cornell (New York) et Princeton (New Jersey), il devient professeur d'économie à l'université de Pittsburgh (Pennsylvanie) et de Cornell avant de rejoindre l'université du Michigan où il enseigne encore l'économie et la politique publique. Il revient en Tchécoslovaquie, en 1990 après la chute du communisme, où il mène alors une mission pour la Banque Mondiale. Il est conseiller économique du Président tchèque Vaclav Havel de 1994 à 2003, mais également du Premier ministre Vladimir Spilda (CSSD) entre 2002 et 2004, des ministres de l'Economie Martin Jahn (2004-2005) et Karel Dyba (1990-1996) et du ministre des Finances Bohuslav Sobotka (2002-2005). En 1997, il a été pressenti pour devenir Premier ministre après la chute du gouvernement de Vaclav Klaus, une possibilité vite oubliée, car il n'avait pas encore récupéré la nationalité tchèque. Enfin, il est le fondateur de CERGE-EI, un programme d'enseignement en économie fondé sur le modèle des universités américaines basé à Prague. Il possède désormais la double nationalité tchèque et américaine.

Jan Svejnar est soutenu par les Verts, membre de la coalition gouvernementale, l'Association des indépendants-Démocrates européens et le Club de la démocratie ouverte dirigé par Sona Paukertova. Il a également reçu le soutien de 130 membres du comité central exécutif du Parti social-démocrate le 15 décembre dernier, quatre personnes s'étant abstenues. "C'est un soutien que je n'espérais pas", a-t-il alors déclaré. Critiqué par l'ODS pour son emploi à la Banque de commerce tchèque (CSOB), le candidat s'est engagé à quitter ses fonctions dans cette banque en cas de victoire.

Jan Svejnar se veut le défenseur des intérêts nationaux et assure que s'il est élu, il respectera tous les partis politiques sans distinction. "Je suis fier de notre pays et je ferai tout ce que je peux pour que les Tchèques soient fiers de leur Président", a-t-il déclaré. Il veut que les Tchèques retrouvent la confiance, améliorent leur niveau de vie et voient le prestige du pays se développer à l'étranger. "Il est temps de tourner la page d'une vision du monde en noir et blanc", déclare celui qui se veut un Président "moderne, dynamique et plus efficace".

Jan Svejnar s'affirme volontiers pro-européen, s'opposant en cela à l'euroscepticisme du Président actuel. De même, alors que Vaclav Klaus s'oppose aux environnementalistes qui ont le tort de tenir l'humanité pour responsable du réchauffement de la planète, Jan Svejnar veut faire du réchauffement climatique l'une des priorités de la présidence tchèque de l'Union européenne au 1er semestre 2009.

Jan Svejnar s'est entouré d'une équipe composée du professeur de science politique Michael Kraus, du manager Karel Matousek, du conseiller Lukas Macek (qui a participé à la campagne de Josef Zieleniec - SNK-ED - pour les élections européennes de 2004) et de Klara Pospisil, conseillère en communication, qui a été, un temps, la porte-parole de Vaclav Klaus.

Rassembler au-delà de son propre camp, une nécessité absolue



Le Président sortant, candidat à sa réélection, a été désigné officiellement par les 122 députés et sénateurs de l'ODS le 28 novembre dernier. "Vaclav Klaus est soutenu par le plus important des partis politiques qui peut offrir beaucoup de choses aux parlementaires, ce qui n'est pas le cas du principal parti d'opposition", souligne l'analyste politique Tomas Lebeda, voyant dans ce soutien un atout important du Président sortant.

Si Jan Svejnar affirme qu'il veut être "un Président qui unit", Vaclav Klaus s'affirme comme "le Président de tous les citoyens", mettant en avant sa popularité, y compris parmi les proches de l'opposition de gauche. Il a refusé de participer à un débat télévisé avec son adversaire comme celui-ci l'invitait à le faire, déclarant ne pas avoir besoin de publicité. Jiri Paroubek a qualifié de "lâche" cette attitude. "Parce qu'il ne vit pas dans notre pays, il n'a pas participé à la vie politique et ses positions, ses vues et ses actions sont inconnues de la plupart des Tchèques", a déclaré le Président sortant, qui a suggéré au leader du Parti social-démocrate de présenter Jan Svejnar aux Tchèques sur une chaîne de télévision.

Soutenus par leurs propres camps, quoique de façon plus incertaine pour Jan Svejnar - le député Zdenek Skromach (CSSD), a même proposé de revenir à la candidature de l'ancien ministre des Affaires étrangères, Jiri Dienstbier, qui avait exprimé son désir de se présenter à l'élection présidentielle -, les deux candidats se battent pour le soutien du KDU-CSL membre de l'actuelle coalition gouvernementale et du KSCM. Si la majorité des parlementaires du KDU-CSL semblent privilégier la réélection du Président sortant - le ministre des Finances, Miroslav Kalousek, et le président de la Chambre des députés, Jan Kasal, se sont prononcés pour Vaclav Klaus - certains, positionnés plus à gauche sur l'échiquier politique, soutiennent Jan Svejnar comme Michaela Sojdrova, leader du groupe à la Chambre des députés, ou encore le député Ludvik Hovorka et le sénateur Petr Pithart.

Les deux candidats rivalisent d'attentions envers le Parti communiste de Bohème et Moravie, l'une des partis les plus staliniens d'Europe centrale et orientale. Vaclav Klaus s'est félicité de ne pas avoir interdit le parti. Il a souligné que ceux qui combattent les communistes l'amusaient, indiquant qu'ils "auraient dû mener leur combat 20 ou 30 ans auparavant". De son côté, Jan Svejnar affirme que le parti est "différent de ce qu'il était autrefois" et déclare qu'il est prêt à l'aider dans sa refondation.

Le Parti communiste de Bohème et Moravie a édicté cinq conditions à remplir par tout candidat souhaitant obtenir son soutien. Ces conditions sont, entre autres, un traitement égal de tous les partis politiques, l'opposition à l'implantation d'un radar de l'armée américaine en République tchèque et à la réforme des finances publiques souhaitée par le gouvernement. "Aucun des deux candidats ne remplit nos conditions même si Vaclav Klaus se rapproche de certaines et Jan Svejnar d'autres", a souligné son leader Vojtech Filip.

Si Vaclav Klaus doit rassembler au-delà de son propre camp, Jan Svejnar doit parvenir à se constituer un véritable camp. "Les soutiens à Jan Svejnar sont incertains. Personnellement, je ne le vois pas réussir", affirme le politologue Petr Just. "Le Parti social-démocrate qui, dans cette élection, n'a pas de candidat à lui est le point faible de Jan Svejnar", souligne l'analyste politique Bohumil Pecinka. "Je trouve picaresque que le Parti social-démocrate n'ait pas investi un candidat représentant ses valeurs de gauche", a indiqué le Premier ministre Mirek Topolanek (ODS). Le leader social-démocrate, Jiri Paroubek, n'hésite pas à dire que son parti n'est pas d'accord avec Jan Svejnar sur plusieurs choses. "Il n'est ni socialiste ni social-démocrate. Comme il est libéral, nous ne nous attendons pas à être d'accord sur tout", a-t-il déclaré. Après ces propos étonnants, le leader social-démocrate met en avant le fait que "seul Jan Svejnar possède une chance de battre Vaclav Klaus".

A un mois du scrutin, Jan Svejnar reste encore peu connu des Tchèques, même s'il commence à rattraper son retard sur son adversaire. Selon une enquête d'opinion réalisée par l'institut Median pour le journal Mlada fronta Dnes et publiée le 10 décembre dernier, 47 % des Tchèques ne connaissent pas le candidat de l'opposition. 75 % des personnes interrogées lui reprochaient également de ne pas vivre de façon permanente en République tchèque. Enfin, les deux tiers des Tchèques se disaient convaincus que Vaclav Klaus serait réélu. Si Jan Svejnar a vu sa notoriété augmenter et a gagné en popularité durant ces dernières semaines et si, selon un sondage réalisé par l'institut STEM, 34 % des Tchèques pensent qu'il ferait un bon Chef d'Etat, ce sont aux membres du Parlement d'élire le prochain Président tchèque.

Résultats de la dernière élection présidentielle



- Vaclav Klaus : 109 suffrages à la Chambre des députés et 33 au Sénat. Total : 142
- Jan Sokol : 78 suffrages à la Chambre des députés et 46 au Sénat. Total : 124

Corinne Deloy/Fondation Schuman