Géorgie et France : Noé Ramichvili (1881-1930), président du 1er gouvernement de la Ière République
2013-04-02

Ramishvili Noe

Premier Président du Conseil des ministres de la Ière République de Géorgie (République Démocratique Géorgienne), Noé Ramichvili laisse dans l'histoire de ce pays l'image d'un homme d'action, en charge de la Défense nationale : la jeune armée géorgienne ne pouvait rien contre les forces conjuguées des armées bolcheviques russes (Armée rouge) et des armées ottomanes (déjà sous le contrôle d'Ataturk), sans oublier celles des armées blanches qui voyaient dans le Caucase un sanctuaire pour reconquérir la Russie.

Noé Ramichvili est né en 1881 en Géorgie.

Ministre de la Transcaucasie



En 1902, il rejoint le Parti social démocrate. En mars 1905, à Batoumi, il défend les thèses mencheviques au sein du Comité Central de Transcaucasie et met en minorité Joseph Djougachvili (Staline), partisan des thèses bolcheviques.

Le 22 avril 1918, il est nommé ministre de l'Intérieur dans l'Exécutif de la Fédération de Transcaucasie regroupant les territoires de l'Arménie, l'Azerbaïdjan, la Géorgie et des territoires annexés plus tard par l'Empire ottoman.

Président du 1er gouvernement, puis ministre de la Géorgie



Le 26 mai 1918, la Géorgie proclame son retour à l'indépendance. Noé Ramichvili est élu président du gouvernement par l'Assemblée parlementaire provisoire géorgienne. Selon la terminologie en vigueur en France à l'époque, la dénomination de "président du Conseil des ministres" pourrait également convenir. Il constitue un gouvernement d'union nationale, avec des représentants des Partis social démocrate, social fédéraliste et national démocrate géorgiens (1).

Le 24 juillet 1918, il est remplacé par Noé Jordania et devient ministre de l'Intérieur.

A partir de mars 1919, il cumule les responsabilités de ministre de l'Intérieur, de ministre de la Défense et de ministre de l'Education nationale dans un gouvernement social-démocrate homogène.

L'armée géorgienne (dont le pouvoir social démocrate se méfie un peu) et la Garde nationale (sous contrôle de l'Assemblée constituante) se battent au Sud contre les armées ottomanes (Akhalkalaki, Akhaltsikhé, Borjomi, Bortchalo) et au Nord contre les armées bolchéviques russes (col du Darial). Les armées blanches du russe Dénékine ne sont pas bientôt en reste, à l'Ouest.

Des troubles sécessionnistes, attribués aux bolcheviques russes, éclatent en Ossétie du Sud : Noé Ramichvili fait donner l'armée géorgienne, l'Assemblée Constituante fait donner la Garde nationale, peu préparée à ces missions. Des exactions sont commises de part et d'autre.

En juin 1919, Noé Ramichvili participe aux négociations avec l'Azerbaïdjan et co-signe avec Evguéni Guéguétchkori, ministre des Affaires étrangères, un traité de défense mutuelle.

En octobre 1919, des troubles, également attribués aux bolcheviques russes, éclatent à Batoumi : Noé Ramichvili fait à nouveau donner l'armée géorgienne. La Garde Nationale intervient.

Après la signature du traité de paix entre la Russie bolchévique et la Ière République de Géorgie, le 7 mai 1920 à Moscou, les bolcheviques géorgiens emprisonnés à Tiflis pour tentative de coup d'Etat sont libérés. Ils se restructurent en Parti communiste géorgien et avec l'appui de l'ambassade russe (forte de 700 hommes), ils entreprennent à nouveau des actions contre le gouvernement social démocrate : Noé Ramichvili n'hésite pas à les faire arrêter.

En mars 1921, l'Armée rouge envahit la Géorgie : l'armée géorgienne, déjà plus faible en effectif, ne bénéficie pas des renforts d'armement et de munition promis par la Grande - Bretagne et par la France. Noé Ramichvili émigre en France avec la classe politique géorgienne.

L'exil



Il participe, à distance, à la préparation de l'insurrection nationale géorgienne d'août 1924.

En novembre 1924, Il fonde avec Akaki Tchenkéli et Spiridon Kédia pour la Géorgie, ainsi qu'avec des représentants azerbaïdjanais et Nord caucasiens en exil, le comité parisien du Mouvement Prométhée (2), soutenu par la Pologne. L'objectif est la constitution d'une Confédération d'Etats indépendants (Azerbaïdjan, Géorgie, Nord Caucase dans un 1er temps), dotée d'une unité militaire et douanière, au détriment de l'URSS. Des militaires géorgiens sont accueillis dans l'armée polonaise (3) ; un projet de constitution pour la Confédération est élaboré ; des missions clandestines de renseignement et d'activation de cellules de résistance sont envoyées en territoire soviétique.

En 1927, Noé Ramichvili est l'un des sept membres initiaux de la Société Civile Immobilière propriétaire de la résidence d'exil en France de la Ière République de Géorgie, aux côtés de représentants sociaux démocrates, nationaux démocrates, sociaux fédéralistes (4).

Le 7 décembre 1930, il est assassiné à Paris par un exilé social démocrate géorgien, Parmen Tchanoukvadzé : la justice française verra en l'assassin un déséquilibré et il sera libéré quelques mois après (5). La plupart des témoins de l'époque estime que Parmen Tchanoukvadzé a été manipulé par la police secrète soviétique, l'OGPU.

L'homme



Marié avec Maro Goguiachvili (1888-1972), il a eu plusieurs enfants, Béno (1907-1989), Akaki (1916-1999) (6), Nina (1920-2011) et Thamar (1926-1949).

Noé Ramichvili est souvent décrit par ses contemporains comme un homme d'action, orateur tant en langue géorgienne qu'en langue russe, peu enclin aux contacts et aux compromis avec les bolchéviks, et qui a présenté un réel danger pour le pouvoir soviétique.

Il est inhumé dans le "carré géorgien" du cimetière communal de Leuville-sur-Orge.


Mirian Méloua.


Notes



(1) De facto, trois hommes politiques ont exercé certains pouvoirs de chef d'Etat durant la Ière République de Géorgie (mai 1918 - mars 1921), Noé Ramichvili (président du Ier gouvernement), Nicolas Cheidzé (président du Conseil national, de l'Assemblée provisoire, de l'Assemblée constituante et du Parlement) à la Conférence de la Paix de Paris en 1919 et Noé Jordania (porte parole du Conseil national, président des 2ème et 3ème gouvernements). De jure, aucun des trois ne fut ni président de la République, ni chef d'Etat.

(2)

[URL : 3217]



(3) En 1921, un millier de militaires géorgiens rejoint l'armée polonaise. Après formation dans les académies, certains y deviendront officiers supérieurs comme les généraux Alexander Chkheidzé, Ivané Kazbegui, Alexander Koniachvili, Kirilé Koutéladzé, Alexander Zakariadzé : durant la Seconde Guerre mondiale, ils combattront, et souvent périront, sur le front allemand ou sur le front soviétique.

(4)

[URL : 1756]



(5) Selon le témoignage de Mme T.P. , une Géorgienne ayant vécu en exil en Pologne, puis en France : "Parmen Tchanoukvadzé a quitté la France peu après sa libération, a entrepris des études de médecine et est devenu professeur à l'Université".

(6) Dans les années quatre-vingt, Akaki Ramichvili -après avoir mené une carrière de médecin en Grande-Bretagne-, est président du Foyer géorgien de Leuville-sur-Orge, association de gestion de la résidence d'exil de la Ière République de Géorgie.

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Sources multiples :

- Archives familiales

- Archives de l'Office des réfugiés géorgiens en france

-

[URL : 2468]

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- Internet dont David Marshall Lang, Levan Urushadze, Marxists, Wikipedia
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Voir aussi:

- [URL : 2502]

- [URL : 2495]

- [URL : 1720]



- photographie de Noé Ramichvili aux obsèques de Nicolas Cheïdzé en 1926 à Paris [URL : http://www.samchoblo.org/agf_gouvernement.htm]

-

[URL : 1646]