Géorgie : Ilia Tchavtchavadzé (1837-1907), écrivain
2011-12-06

Ilia Tchavtchavadzé est né le 27 octobre 1837 à Kvaréli en Kakhétie, dans la vallée de l'Alazani. La branche aînée de la famille, à laquelle il appartient, est princière (thavadebi) depuis le XVIème siècle, époque à laquelle le roi de Kakhétie lui avait confié la défense du territoire Sud-Est de la Géorgie (1). En 1755, son grand-père Bespaz avait remporté une victoire militaire contre les Persans.

Il fut d'abord instruit par ses parents et par le diacre du village. En 1848, année de la mort de sa mère, il rejoint une école privée de Tiflis, l'Ecole Raevski et Hacke. En 1851, il entre au Lycée réservé aux enfants de la noblesse géorgienne. En 1852, il perd son père et bientôt son frère Constantiné lors d'une attaque daghestanaise sur la Kakhétie. Sa tante, Makriné, le prend en charge.

En 1857, il entre à la Faculté de Droit de l'Université de Saint Pétersbourg : il en sort en 1861 pou "cause politique". Un intérêt pour le mouvement national italien et pour la cause de Garibaldi lui est attribué.

L'homme politique



A Tiflis, Ilia Tchavtchavadzé milite pour la renaissance de la langue géorgienne, le développement de la littérature géorgienne et pour une Eglise géorgienne autocéphale comme elle l'était avant l'annexion russe. Dans les années soixante, il anime avec Jacob Goguébachvili (1840-1912) (2) et Akaki Tsérétéli (1840-1915) un groupe de réflexion "Pirvéli Dassi", "Le Premier Groupe".

En 1864, il est nommé secrétaire du gouverneur de Koutaïssi, puis juge de paix du district de Douchétie. En 1868, il prend la responsabilité du bureau de justice de paix du même district.

En 1874, après que la noblesse géorgienne ait reçu des dédommagements de la part de l'Empire russe pour la suppression du servage, Ilia Tchavtchavadzé crée une "Banque de la Noblesse" alimentée par une partie de ces fonds et destinée à proposer des crédits : les profits seront utilisés pour financer l'éducation et la culture de la jeunesse. Le périmètre des bénéficiaires est élargi de la jeunesse noble à la jeunesse rurale.

En 1877, il est élu vice-président de la Chambre impériale d'agriculture, en 1881 président de la Société d'art dramatique, en 1886 président de la Société de diffusion de la littérature auprès de la population géorgienne.

Il est aussi membre de sociétés russes, dans les domaines de la géographie, l'ethnographie et l'anthropologie, l'orientalisme.

En 1906 et 1907, il est membre du Conseil d'Etat russe : il s'y déclare opposé à la peine de mort.

En 1907, la "Banque de la Noblesse", qui après avoir remboursé 240 000 roubles à ses prêteurs initiaux possède encore un capital de 340 000 roubles, aide le Comité pour l'assistance aux élèves nécessiteux -dont Ilia Tchavtchavadzé est membre- à ouvrir un pensionnat et une école d'agriculture.

Le journaliste, le poète et l'écrivain



Il fonde les revues "Le messager de Géorgie", "Sakartvelos Moambé" (1863-1877) et "Ivéria" (1877-1905), qui impulsent le mouvement national géorgien.

Toute sa vie il écrira des poèmes : peuvent être cités "L'ermite", "La mère et le fils", "La Vision", "Dimitri le serf sacrifié", "Episodes de la vie d'un brigand".

Ses contes sont d'abord publiés dans les revues, "Est-ce un homme ?" (1863), "L'histoire d'un mendiant" (1863), "Lettres d'un voyageur" (1864), "Scènes d'émancipation des paysans" (1865), "La veuve de la maison d'Otar" (1888) ou "Une étrange histoire", "Une histoire de Noël", "Les quatre gibets", "L'histoire d'un sportif".

Certaines de ses oeuvres sont traduites, en russe, en polonais, en allemand, en italien, en anglais ("L'ermite", "Notes d'un voyage entre Vladikavkaz et Tiflis", "Est-ce un homme ?") ou en français ("L'ermite").

L'assassinat



Le 28 août 1907, durant un voyage de Tiflis à Sougaroumo avec son épouse Olga (née Gouramichvili), Ilia Tchavtchavadzé est assassiné à Tsitsamouri près de Mtskhéta. La responsabilité en est controversée. Pour les uns, l'assassinat fut perpétré par des sociaux-démocrates, bolchéviques et menchéviques : Ilia Tchavtchavadzé jouissait d'une grande popularité et sa condamnation de la voie révolutionnaire les gênaient. Pour les autres, l'Okhrana, la police secrète du tsar Nicolas II était impliquée : les Géorgiens avaient été particulièrement actifs lors des troubles dans l'Empire russe "dits de 1905" et il convenait de réagir. Pour certains descendants de la famille Tchavtchavadzé, l'instigateur en fut Pelipé Makharadzé, l'un des chefs de file bolchéviques qui deviendra en 1921 et 1922, Président du Comité Révolutionnaire géorgien (équivalent de chef d'Etat à l'époque soviétique).

Sa femme Olga (née Gouramichvili) échappe à la mort : "elle plaide la cause des assassins, disant que son mari, en bon chrétien qu'il était, aurait sûrement souhaité leur pardonner".

Des funérailles grandioses sont organisées à Tiflis.

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L'Eglise orthodoxe géorgienne le canonise en 1987, "Saint Elie le Juste".

L'une des principales universités d'Etat, à Tbilissi, porte son nom. Les billets de banque de 20 lari portent son effigie.

Le 10 décembre 2007, la Présidente de la République de Géorgie par intérim, Nino Bourdjnadzé, inaugure le Musée rénové "Ilia Tchavtchavadzé" à Sagouramo.

Notes

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(1) Certains historiens considèrent que le titre princier fut attribué à la branche aînée de la famille Tchavatchvadzé en 1726 par le roi Constantiné Ier, après qu'elle eut quitté sa terre d'origine, la Pchav-Khevsourétie pour la vallée de l'Alazani.

(2) Jacob Goguébachvili fut l'inventeur du livre d'alphabétisation en langue géorgienne "Deda Ena", qui dans une version dèrivée est toujours utilisé.

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Sources multiples :

- [URL : 2468]

- famille Tchavtchavadzé, Archiprêtre Zacharie Matchitadzé, Nominis, Wikipedia
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Voir aussi

[URL : 2502]