Visite controversée du président du Tadjikistan à Paris (avril 2003)
2011-10-27

Visite controversée du président du Tadjikistan à Paris



Emomali Rakhmonov

a longtemps représenté le type même du dictateur corrompu d'Asie centrale pour les chancelleries occidentales. Mais depuis le 11 septembre 2001, le président tadjik est subitement devenu "l'artisan de la paix" conclue en 1997 avec son opposition armée islamiste, après une guerre civile de cinq ans.

La France a été la première à concrétiser cette rédemption, en l'invitant, du 3 au 8 décembre, à titre de "reconnaissance pour la qualité de l'accueil réservé aux soldats français" déployés dans la capitale tadjike (Douchanbé).

Le fond du problème des relations entre la communauté internationale et le Tadjikistan reste le trafic de l'héroïne d'Afghanistan, dont il est une des grandes voies de transit. L'armée russe, toujours chargée de "garder" la frontière tadjike avec l'Afghanistan, exerce en l'espèce une lourde responsabilité.

À cet égard, le dirigeant tadjik a invité l'Occident à concrétiser "des promesses d'aides de 1 milliard de dollars" à son pays, ravagé par la guerre, le chômage et la corruption, "sous peine d'avoir à faire face à un développement du terrorisme et du trafic de drogue". Si certains chefs de guerre islamistes, accessoirement barons de la drogue, ont bien été intégrés au pouvoir, d'autres acteurs de poids, membres d'une ancienne "élite" soviétique soutenue notamment par l'Ouzbékistan voisin, ont été ignorés.

Ce qui renforce les risques de déstabilisation d'un pays où des centaines de membres d'un parti islamiste régional clandestin, le Hizb-ul-Tahrir, ont été emprisonnés ces trois dernières années. Leur courant est porté par l'absence de perspective dans la lutte contre la corruption, comme par l'attente frustrée d'une ouverture démocratique réelle. "Le fait que ce soit la France qui légitime ainsi le régime Rakhmonov est ressenti dans le pays comme une trahison", assure le journaliste tadjik Dodojon Atovouliaev, réfugié en Allemagne et récemment "amnistié" par M. Rakhmonov, alors qu'aucune poursuite légale n'a été engagée contre lui.


(D'après Sophie Sihab, Le Monde, 03.12.02)