Paris, AGF : texte de la conférence sur l'Abkhazie de Guiorgui Baramidzé, vice-premier ministre géorgien (2008)
2012-03-12

L'Association Géorgienne en France organisait le 9 avril 2008 une conférence de presse à Paris, au cours de laquelle Guiorgui Baramidzé, vice-premier ministre, ministre d'Etat à l'intégration européenne et euro-atlantique intervenenait.

Mesdames, Messieurs

Le règlement pacifique des conflits ainsi que le rétablissement de l'intégrité territoriale du pays sont le souci majeur du gouvernement géorgien.

Nous accordons donc une importance toute particulière au rôle de la communauté internationale dans ce processus de règlement pacifique du conflit, d'autant que cette question est l'une des priorités du Programme de Partenariat individuel avec l'OTAN ainsi que du Plan d'Action pour la politique de voisinage avec l'Union européenne.

Dès notre arrivée au pouvoir, nous avons fait de l'intégration à l'OTAN une priorité majeure. Ceci n'est pas la volonté du seul gouvernement, mais bien de toute la société géorgienne. Les principales formations politiques soutiennent d'ailleurs cette volonté, exprimée massivement par le peuple géorgien lui-même lors du référendum de janvier dernier : 77% des votants se disant favorables à l'intégration de la géorgie à l'OTAN.

Voilà déjà trois ans, qu'avec détermination nous affirmons notre volonté d'intégrer l'OTAN et aujourd'hui, après le sommet de Bucarest, nous pouvons affirmer que nous avons, sans équivoque, obtenus un résultat très concret : l'intégration de la Géorgie à l'OTAN est devenue incontournable.

De ce point de vue, le sommet de Bucarest est d'une importance historique. Les 26 membres de l'alliance ont clairement dit dans le communiqué final que la Géorgie deviendra membre de l'OTAN. Le signal politique que nous attendions sous la forme de Membership Action Plan (MAP), s'est donc avéré encore plus fort que prévu. Nous espérions une décision politique concernant l'intégration de la Géorgie, désormais cette décision est acquise. Il ne nous reste qu'à régler des questions techniques que le MAP nous aidera à résoudre.

L'élargissement de l'OTAN a toujours joué un rôle stabilisateur. Pour nous, cette marche vers l'intégration nous a aidé à mettre en oeuvre des réformes primordiales. Nous avons ainsi franchi avec succès toutes les étapes du partenariat avec l'alliance : dans le cadre du dialogue intensifié nous avons eu 13 consultations en un an et demi. Alors que les cinq évaluations du Plan d'Action Individuel de Partenariat (IPAP) confirment les progrès accomplis et que le document d'évaluation de janvier dernier souligne l'accomplissement de toutes les étapes par la Géorgie de la façon la plus aboutie depuis plusieurs années.

Pendant toute cette période, la Russie n'a pas ménagé ses efforts pour convaincre le monde entier que l'intégration de la Géorgie dans l'OTAN allait compliquer les données de la sécurité dans la région. Or, non seulement ce processus ne compliquera en rien la situation, mais bien au contraire, il sera gage de stabilité : ce sera un message adressé à tous les états de la région, prouvant que les réformes démocratiques et le partage de ces valeurs, peuvent garantir la sécurité. A l'opposé, le refus d'intégrer la Géorgie à l'OTAN aurait déstabilisé la région en créant des frontières artificielles en Europe.

Je voudrais maintenant aborder le problème de la résolution des conflits ainsi que de leur interaction avec la question de l'intégration à l'OTAN.

Quelle est, d'une part, l'influence du processus d'intégration sur le règlement pacifique des conflits ? D'autre part, l'existence de ces conflits crée-t-elle un frein à l'intégration européenne ?

Malgré les spéculations de la Russie, le processus de l'intégration à l'OTAN non seulement n'empêche pas le règlement pacifique des conflits, mais, jouera au contraire, un rôle positif, voici pourquoi :

- La Géorgie plus forte politiquement aura plus de poids pour obtenir le règlement pacifique du conflit. Ceci sera un message fort en direction des séparatistes : la Géorgie conservera son intégrité territoriale et il n'y aura pas d'alternative au règlement pacifique. Les sépartistes seront donc plus enclins à trouver un compromis acceptable pour eux.

- Le signal positif entre l'OTAN et la Géorgie augmentera l'attractivité de l'Etat géorgien aux yeux des populations séparatistes. Il sera notamment évident, que le garant de la sécurité et de l'identité des populations locales ne sera plus seulement la Géorgie, mais une trentaine d'états membres de l'alliance.

- La position de la Géorgie sera renforcée dans ses négociations avec la Russie.

Il n'est pas acceptable par ailleurs, que le règlement des conflits deviennent un préalable à l'intégration dans l'alliance, car cela deviendrait à l'évidence une motivation supplémentaire pour la Russie de provoquer des conflits non seulement en Géorgie, mais partout dans la région. Au sein de l'OTAN, on sait très bien que les conflits ne représentent pas un facteur qui empêche l'intégration. Cela a été dit maintes fois au plus haut niveau de l'OTAN. C'est ainsi que la déclaration unilatérale de la chancelière Merkel, suite à sa visite en Russie, dans laquelle elle affirmait que les pays ayant des conflits sur leur territoire ne pouvaient pas prétendre devenir membres de l'OTAN n'a pas été accueillie favorablement par l'alliance, ainsi que par le Secrétaire Général de l'OTAN.

Cette affimation a d'ailleurs été démentie par les termes du communiqué final du sommet de Bucarest, puisque l'OTAN, malgré les conflits existants sur le sol géorgien, a pris l'engagement d'intégrer la Géorgie.

Le rôle de l'Union européenne dans la résolution des conflits par des voies pacifiques est primordial. Parmi les démarches que l'Union européenne a faites pour aider à la résolution pacifique des conflits, l'une des plus importantes est sa mission d'évaluation. Elle a réuni des informations sur la protection des frontières dans les zones des conflits, sur le fonctionnement des douanes, sur le système de la protection civile ainsi que sur le développement économique. A l'issue de cette mission, des projets d'aide ont été,proposés et des recommandations ont été faites : nous tenterons, bien sûr, de les réaliser au maximum.

Nous nous réjouissons du succès de cette première démarche comme de la mise en place d'officiers de liaisons qui apportent leur aide aux missions de l'ONU et de l'OSCE déjà présentes sur place.

La Géorgie apprécie ces démarches de l'UE pour la protection des frontières, la réhabilitation économique des zones des conflits, pour le retour des personnes déplacées, ainsi que la mise en oeuvre de plusieurs projets visant à rétablir la confiance des deux côtés.

Au cours des nombreuses négociations dans le cadre de l'Organisation Mondiale du Commerce entre la Russie et la Géorgie, il est apparu possible de contrôler mutuellement les frontières, même si l'accord final n'a pas été conclu. Nous espérons que nos partenaires européens pourront influencer la Russie de manière positive.

Nous souhaitons que l'UE poste aux frontières de l'Abkhazie et de l'Ossétie du Sud des missions semblables à celles en place aux frontières entre l'Ukraine et la Moldavie, afin de surveiller et empêcher les agissements illégaux.

La collaboration économique entre la Géorgie et l'UE, y compris un possible accord sur la liberté du commerce, aura un effet positif sur les conflits, car une Géorgie économiquement stable et fortement soutenue par l'UE rapprochera les populations séparatistes de notre pays.

Malheureusement, certains sujets nous inquiètent. La Russie, en violation de toutes les lois internationales, a distribué des passeports aux habitants des régions en conflit, mais beaucoup gardent leurs passeports géorgiens. L'accord sur la simplification du régime de visa, qui a été signé entre la Russie et l'UE et qui est entré en vigueur en juillet 2007, avantage ceux qui ont des passeports russes et provoque le mécontentement des autres. Ceci complique d'avantage le processus de résolution pacifique des conflits en Géorgie.

L'UE a certes simplifié le régime des visas avec la Moldavie, l'Ukraine et la Russie. Mais il faut remarquer qu'en Géorgie la situation pour cette démarche est plus favorable que dans ces pays. Nos frontières sont bien protégées et la guerre contre la corruption a été conduite efficacement.

Nous estimons que la simplification du régime de visa entre l'UE et la Géorgie favorisera le processus de résolution des conflits par des voies pacifiques.

Merci Mesdames et Messieurs.


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