Paris, CEREM et IPSE : conférence sur l'OTAN de Guiorgui Baramidzé, vice-premier ministre géorgien (avril 2008)
2013-12-08

Le Centre d'Etudes et de Recherche de l'Ecole Militaire (1) et l'Institut Prospective et Sécurité en Europe (2) accueillaient le 10 avril 2008 Guiorgui Baramidzé (3), vice-premier ministre géorgien, ministre d'Etat à l'intégration européenne et euro-atlantique, ancien ministre de la Défense. Deux thèmes étaient abordés, l'intégration de la Géorgie à l'OTAN et la Politique européenne de Voisinage.

Intégration à l'OTAN



Le sommet des 26 pays membres de l'OTAN, le 3 avril à Bucarest, a pris position positivement sur le principe de l'adhésion de la Géorgie (et de l'Ukraine) à l'alliance. Les autorités géorgiennes espèrent que le mécanisme de candidature (MAP) pourra être lancé lors de la prochaine réunion des ministres des Affaires étrangères des pays membres en décembre 2008.

Plusieurs éléments pourraient contribuer à retarder la prise en compte officielle de cette candidature : une hypothétique dégradation de la démocratie en Géorgie, la position de certains pays membres à l'OTAN, les pressions exercées par la Russie.

Le prochain rendez-vous démocratique se tiendra en mai 2008, lors des élections législatives. Le vice-premier ministre annonce que d'ores et déjà 16 partis d'opposition souhaitent présenter des candidats, que les organismes nationaux et internationaux de contrôle (type OSCE) seront présents, et qu'ils concluront certainement au bon déroulement des opérations et au respect des standards internationaux.

Certains pays membres de l'alliance portent particulièrement la candidature de l'Ukraine et de la Géorgie, comme le Canada, le Danemark, l'Islande ; les anciens pays de l'Est, après les Etats-Unis, lui sont favorables (3). Certains pays comme l'Allemagne (4) étaient sceptiques : le sommet de Bucarest n'a pas entériné cette dernière position.

Toujours selon Guiorgui Baramidzé, admettre que les pressions russes pourraient empêcher l'Ukraine et la Géorgie de rejoindre l'OTAN, ce serait donner à la Russie un droit de veto extérieur sur les décisions de l'OTAN et ce serait l'encourager à attiser certaines situations critiques comme en Abkhazie ou en Ossétie du Sud. C'est bien d'ailleurs ce que tente de faire la Russie en distribuant des passeports russes aux habitants de l'Abkhazie (dont à peine 50 000 d'ethnie abkhaze) et à ceux de l'Ossétie du Sud (dont à peine 40 000 d'ethnie ossète), en levant unilatéralement les sanctions économiques vis-à-vis de l'Abkhazie (sanctions qui avaient été décidées par la Communauté des Etats Indépendants). Reprenant l'expression utilisée au Quai d'Orsay par l'Ambassadeur de Géorgie en France, le vice-premier ministre géorgien estime que "Moscou a besoin d'une thérapie de choc pour comprendre que l'Ukraine et la Géorgie ce n'est plus la Russie". D'ailleurs la crainte russe de voir l'OTAN à ses frontières, exprimée ici ou là, n'est plus justifiée : l'OTAN est déjà aux frontières russes, en particulier du côté balte.

Concernant l'état de préparation de l'armée géorgienne en vue d'intégrer l'OTAN, Guiorgui Baramidzé, premier civil à avoir été ministre géorgien de la Défense, estime qu'il est bon : des instructeurs militaires des pays membres de l'OTAN forment les bataillons géorgiens (dont les Chasseurs alpins français pour les troupes géorgiennes de montagne) et les contrôles sont positifs. Aujourd'hui forte de 25 000 professionnels, elle est présente au Kosovo, en Irak et se propose en Afghanistan (200 hommes sous commandement français, 100 hommes sous commandement allemand et 50 hommes des forces spéciales sous commandement américain).

Pour le vice-premier ministre géorgien, l'intégration de la Géorgie à l'OTAN est une question de temps : le principe en a été décidé à Bucarest le 3 avril 2008, c'est l'essentiel.

Politique européenne de Voisinage



La démocratisation, la lutte contre la corruption, la mise en place d'une économie libérale, la réforme du système judiciaire sont des avancées que la Géorgie a accomplies depuis la Révolution des Roses et qui ont le soutien de l'Union européenne.

La volonté géorgienne de voir les conflits gelés en Abkhazie et en Ossétie du Sud se résoudre pacifiquement est manifeste et a le soutien de l'Union européenne (5).

La volonté géorgienne de ne pas vouloir envenimer les relations avec la Russie, comme par exemple en quittant la Communauté des Etats Indépendants, a le soutien de l'Union européenne.

La Politique européenne de Voisinage s'inscrit dans un cadre plus étroit de collaboration entre l'Union européenne et la Géorgie : "Un jour la Géorgie intégrera peut-être l'Union européenne. Qui sait ? En tout cas, aujourd'hui, la Géorgie n'est pas prête, l'Union européenne non plus".

Notes

:

(1) [URL : http://www.cerems.defense.gouv.fr]

(2) [URL : http://www.ipse-eu.org]

(3) [URL : 2199]

(4) Angela Merkel avait affirmé publiquement que les pays en conflit ne pouvaient intégrer l'OTAN : position qui n'a pas été retenue à Bucarest.

(5) Guiorgui Baramidzé rappelle d'ailleurs, que malgré la propagande anti-géorgienne, il est opportun de comparer la taille des armées caucasiennes (25 000 pour la Géorgie, 100 000 pour l'Arménie, 150 000 pour l'Azerbaïdjan) et russes.