Géorgie : élections législatives à risques pour la majorité sortante (21 mai 2008)
2013-12-08

Les élections législatives du 21 mai 2008 présentent des risques pour la majorité sortante. L'espérance soulevée par la Révolution des Roses, l'alliance formée par Mikheil Saakachvili, Zourab Jvania (1) et Nino Bourdjanadzé (2) et le code électoral fixant le seuil de représentattivité à 7%, lui avaient permis de remporter un très grand nombre de sièges en mars 2004. Quatre années plus tard, l'exclusion d'une partie de la population des progrès économiques et l'usure de l'exercice du pouvoir pourraient aboutir à un Parlement nettement différent.

Le code électoral a subi un sérieux toilettage, puisque aux 75 députés élus au scrutin uninominal s'ajouteront 75 députés élus au scrutin de listes, partis ou blocs de partis ayant obtenus plus de 5% des voix (et non 7% comme en 2004, seuil qui avait conduit à exclure des partis d'opposition).

Cet abaissement de seuil avait d'ailleurs été fortement recommandé par l'OSCE à l'époque.

Les forces politiques en présence


Les 3 473 190 électeurs inscrits au 1er février 2008 (les listes peuvent encore être modifiées) auront à choisir entre les vingt-quatre partis qui ont réuni les conditions nécessaires à la présentation de candidats et de listes, soit avoir été représentés au Parlement sortant ou soit avoir recueilli 30 000 signatures.

Certains de ces partis se sont alliés au sein de blocs électoraux afin d'augmenter leurs chances de succès (3 blocs constitués), d'autres font cavalier seul (9 d'entre eux).

1-Le bloc électoral Conseil National - Opposition Unie - Nouvelles Droites



Il fait suite à l'alliance présidentielle qui avait porté à la candidature Lévan Gatchétchiladzé en janvier 2008, mais s'est modifié dans sa composition puisque le Parti Républicain en est sorti et le Parti des Nouvelles Droites y est entré.

Il comprend
- le Parti des Nouvelles Droites (Davit Gamkrélidzé, député sortant, ancien candidat à la présidentielle),
- le Parti Conservateur (Kakha Koulkava et Zviad Dzidzigouri, députés sortants),
- La Voie de la Géorgie (Salomé Zourabichvili, ex-ministre des Affaires étrangères),
- le Parti de la Liberté (Konstantiné Gamsakhourdia, fils de l'ancien président),
- Par Nous Mêmes (Paata Davitaia, réunissant des personnes déplacées d'Abkhazie),
- le Parti du Peuple (Koba Davitachvili),
- le Mouvement de la Géorgie Unifiée (Irakli Okrouachvili, ex-ministre de la Défense),
- le Groupe Géorgien (Jondi Bagatouria),
- le Forum National (Kakha Chartava).

Il rassemble aussi des personnalités comme Lévan Gatchétchiladzé (député sortant), Guiorgui Khaïndrava (ex-ministre de la Résolution des conflits) et les députés sortants Guia Tortladzé et Guia Tsagareichvili.

2-Le bloc électoral Traditionalistes



Il comprend
- le Parti des Traditionalistes (Akaki Assatiani, chef de file historique),
- Notre Géorgie (Gotcha Djodjoua, député, ancien soutien à Badri Patarkatsichvili),
- le Parti des Femmes (Gougouli Magradzé, député venue de la majorité sortante).

3-Le bloc électoral Alliance des Droites



Il comprend
- le Parti des Industrialistes (Gogui Topadzé),
- Le Parti National Démocrate,
- Unité (Jumber Patiachvili).

4- Neuf partis se présentants individuellement



Ce sont
- le Parti du Mouvement National (majorité sortante),
- le Parti Républicain (David Ousoupachvili),
- le Parti Travailliste (Chalva Natélachvili),
- le Parti Chrétien Démocrate (Guiorgui Targamadzé, ancien journaliste d'Imedi TV),
- l'Alliance Chrétienne démocrate (Guiorgui Maïssachvili ancien candidat à la présidentielle, Temour Chachiachvili ancien gouverneur d'Imérétie, Guiorgui Kobakhidzé),
- Politiques Géorgiennes (Gotcha Pipia),
- Notre Pays (Tamaz Gougounichvili),
- le Mouvement National des Démocrates Radicaux (Chalva Kouprachvili),
- l'Union des Sportifs Géorgiens (Valéry Guiorgobiani).

Les premières tendances


Une enquête d'opinion effectuée téléphoniquement le 21 avril pour le quotidien géorgien Rezonanci, auprès de 800 personnes, a donné
- 32,3% d'indécis,
- 21,3 pour le Mouvement National,
- 17% pour le Conseil National - Opposition unie - Nouvelles Droites,
- 8,8% de refus de répondre,
- 6,1% pour le Parti Républicain,
- 4,6% pour le Parti Travailliste,
- 4,3% pour le Parti Chrétien Démocrate,
- 1,1% d'abstention.

La pluralité des listes favorise l'émiettemnent des voix. Les voix portées sur les listes de parti recueillant moins de 5% sont "perdues" : les partis, ou de blocs de partis, à forte audience s'en trouvent favorisés. Le Mouvement National pourrait bénéficier de cet aspect "mécanique" pour l'élection des 75 députés au scrutin de liste.

Pour l'élection des 75 autres députés, au scrutin uninominal, la règle déclare vainqueur tout candidat arrivé en tête et ayant recueilli au moins 30% des voix au premier tour. Les candidats bien implantés dans leurs circonscriptions éviteront ainsi un deuxième tour : le Mouvement National pourrait bénéficier ici aussi d'un aspect "mécanique". Il pourrait aussi bénéficier des conditions locales (Tbilissi, l'opposante, n'aura que dix députés), de l'image donnée des candidats par les chaînes de télévision (pratiquement toutes sous influence) et du traditionnel clientélisme pratiqué par le pouvoir en place quel qu'il soit.

Pourtant rien n'est sûr, les alliances et les retraits de dernière minute, même s'ils ne sont pas officialisés, joueront leur rôle, surtout si le bloc électoral "Conseil National - Opposition Unie - Nouvelles droites" réussit sa campagne électorale.

Pour le Mouvement National, dans le meilleur des cas, il devrait retrouver une courte majorité au Parlement, avec une opposition nombreuse mais divisée (3).

Dans le pire des cas, il devrait se retrouver minoritaire au Parlement, à la recherche d'alliés tactiques ou plus stratégiques sur la durée de la législature.

Notes

:

(1) Le décès du Premier ministre Zourab Jvania, s'il a conduit l'équipe rapprochée de Mikheïl Saakachvili à prendre un peu plus les commandes de l'Etat géorgien, a certainement diminué l'assise électorale du Mouvement National, constitué de trois tendances, le Mouvement National initial de Mikheïl Saakachvili, l'Union des Démocrates de Zourab Jvania et les Démocrates de Nino Bourdjanadzé.

(2) Les tensions apparues en avril pour la constitution de la liste du Mouvement National ne s'expliquent pas seulement par la diminution du nombre de députés au Parlement : l'équilibre entre les trois tendances du Mouvement National a semblé de plus en plus difficile à trouver, au point que Nino Bourdjanadzé a renoncé à se représenter à la députation et à briguer une troisième présidence de Parlement.

(3) La récente évolution de la situation en Abkhazie (renforcement de la présence militaire russe par 500 parachutistes - ce qui porte les "forces de paix" russes à 2500 hommes-, drones géorgiens abattus) et ses développements internationaux (réunion d'urgence du Conseil de Sécurité des Nations Unies, vote d'une résolution en faveur du retour des 300 000 réfugiés géorgiens, condamnation de la Russie par les Etats-Unis et l'Union européenne) jouent d'une certaine manière en faveur de la majorité sortante.



Voir aussi

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