Liberté de la presse selon RSF : analyse pour le Tadjikistan (2007)
2013-12-12

Rapport annuel Reporters Sans Frontières

Au début de l'année 2007, les professionnels des médias étaient optimistes. Douze mois plus tard, le président de la République Imomali Rahman menait toujours une politique hostile à la liberté d'expression. De nouvelles réglementations ont été introduites ajoutant des obstacles à la diffusion d'informations, et la législation a été amendée dans un sens défavorable à la liberté de la presse.

En toute fin d'année 2007, l'Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE) a publié un rapport sur la situation économique de la presse en Tadjikistan : 97% des journaux ne sont pas rentables, ce qui nuit à leur autonomie. Les prix élevés du papier et des services d'imprimerie associés à de faibles rentrées financières expliquent cette situation. Officiellement, il existe plus de 200 journaux au Tadjikistan. Plusieurs d'entre eux appartiennent à l'Etat, qui détient également d'importantes participations, directes ou indirectes, dans les médias audiovisuels émettant sur l'ensemble du territoire. L'influence des autorités sur la presse s'exerce également à travers le contrôle des moyens d'impression et de diffusion.

Le 23 août 2007, Imomali Rahman, le président de la République, a promulgué les modifications adoptées par le Parlement, un mois auparavant, qui étendent aux publications sur Internet les dispositions concernant la diffamation. Les articles 135 et 136 du code pénal du Tadjikistan rendent désormais passibles de peines de prison les textes diffamatoires publiés sur des sites web, en plus de ceux parus dans la presse écrite ou diffusés dans les médias audiovisuels. Les pénalités vont d'une amende pouvant atteindre mille fois le salaire minimum mensuel, à deux ans de prison ou 500 heures de travail forcé. Selon le ministère de la Culture, ces amendements seraient nécessaires pour responsabiliser les journalistes en ligne et les blogueurs. Internet est de plus en plus utilisé pour critiquer les dirigeants du pays. Depuis 1990, date de la ratification de la loi sur la presse, celle-ci a été modifiée à quatre reprises, et chaque fois pour réduire la liberté d'expression.

En fin d'année, sur l'ordre de la commission d'autorisation des médias audiovisuels, les activités de quatre chaînes câblées ont été interdites au Tadjikistan. Selon Talab Kaleve, l'un des responsables de la Commission, "ces chaînes n'avaient pas d'autorisation de diffusion. C'est pour cette raison que nous avons arrêté leurs activités". Asskar Nyazove, le directeur de l'un des médias visés, TV Ensan, dit aavoir créé sa société en 2005 et avoir fait sa demande d'autorisation. Mais il n'a jamais obtenu de réponse hormis un courrier faisant allusion à une étude de sa demande par la Commission. Il ajoute que les documents nécessaires ont été envoyés. Cinq autres chaînes privées sont menacées de fermeture pour les mêmes raisons.

Å la même époque, un groupe de travail composé de journalistes a déclaré dans une conférence de presse avoir présenté 80 propositions aux autorités pour améliorer la situation de la liberté d'expression et de la presse dans le pays. Parmi celles-ci figure la suppression des articles "digne" et "crédible" qui doivent précéder le nom du président de la République, avançant que "d'après la Constitution tous les citoyens sont égaux". Ce groupe de travail a été créé après le rejet par le parlement d'une proposition de loi rédigée par le bureau local de l'OSCE en 2002, au motif qu'elle était "présentée par une organisation étrangère".

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