Liberté de la presse selon RSF : analyse pour la Biélorussie (2007)
2013-12-12

Rapport annuel Reporters Sans Frontières

La dernière dictature d'Europe, dont le président a été réélu en 2006 avec plus de 82% des suffrages lors d'un scrutin qualifié de "farce" par tous les observateurs, n'a pas connu d'amélioration de la situation de la liberté de la presse. Les pressions des autorités se sont maintenues, Internet ayant fait l'objet d'une attention renforcée.

En mai 2007, le Conseil des droits de l'homme des Nations unies a décidé de ne pas renouveler le mandat de rapporteur spécial pour la Biélorussie. Et ce alors que le pays n'avait pas été élu membre de ce Conseil en raison de son passif catastrophique en matière des droits de l'homme. La presse libre a quasiment disparu et se voit contrainte de se réfugier dans la clandestinité. La fabrication comme la distribution des journaux sont assurées par des entreprises d'Etat en situation de monopole. La poste biélorusse, Belpotcha, détient le monopole de la distribution des journaux aux abonnés et peut, quand elle le souhaite, retirer de sa liste tout titre dissident.

Les autorités refusent catégoriquement d'accéder aux demandes de la société civile, tout particulièrement quand celle-ci met en doute la légalité des décisions du pouvoir. En août, le Comité des droits de l'homme et des médias du Parlement de la Biélorussie a rejeté la demande de l'Association des journalistes de Biélorussie (BAJ) d'examiner l'article 10 de la loi sur les médias, et de vérifier qu'il est conforme aux articles 33 et 34 de la constitution. L'article 10 impose aux médias de s'enregistrer auprès des autorités locales. Depuis quelques années, ces dernières s'en servent pour bloquer l'enregistrement et donc le fonctionnement des médias dissidents.

En janvier 2007, le harcèlement dont le bi-hebdomadiare indépendant Vitebsky Kurier fait l'objet depuis plusieurs années s'est aggravé. Une procédure administrative le menaçant de fermeture a été engagée contre le titre qui doit, selon la loi, faire figurer sur sa couverture l'adresse de la rédaction. Or, depuis le mois d'octobre 2006, le bi-hebdomadiare a été expulsé à plusieurs reprises de ses locaux, de trouvant de facto en contradiction avec la législation sur les médias. Ces persécutions administratives sont maonnaie courante et l'un des plus anciens hebdomadiares du pays, Nasha Niva, a vu son cinquième contrat de location rompu sous la pression des autorités, après une visite des services secrets au propriétaire des bureaux en titre. Cette situation absurde, mais dont les conséquences peuvent être tragiques, dure depuis le mois d'avril 2006.

Les collaborateurs des médias étrangers, et tout particulièrement ceux du voisin polonais, ont été la cible des autorités. En mars, Ihar Bantsar, du mensuel de langue polonaise Magazyn Polski na uchodzstwie, a été condamné à dix jours de prison pour "injures". Le rédacteur en chef du titre, Andreï Pochobout avait été arrêté de nombreuses fois au cours des années précédentes. En juillet, le correspondant à Moscou du quotidien polonais Gazeta Wyborcza, Waclaw Radziwonowicz, a été arrêté à Brest, à la frontière entre la Biélorussie et la Pologne, alors qu'il se rendait en train en Russie. Les douaniers ont obligé le journaliste à descendre du train et l'ont retenu cinq heures avant de le renvoyer en train à Varsovie. Aucune explication n'a été fournie à l'intéressé. Ancien correspondant en Biélorussie, il serait inscrit sur une liste noire depuis 2006, lorsqu'il avait écrit des articles très critiques envers la classe dirigeante et le président Alexandre Loukachenko.

Des arrestations préventives



Le 10 septembre, des opposant du Front de la jeunesse ont été interpellés à Baranovitchi, alors qu'ils protestaient contre le procès d'un de leur membre. Des journalistes couvrant la manifestation, notamment des photographes de l'Agence France - Presse et de Reuters, ont été retenus quelques heures avant d'être remis en liberté. Un journaliste biélorusse de Nasha Niva, Arseny Pakhomaw, gardé sept heures par la police, a été inculpé de "hooliganisme". En octobre, le journaliste de la station polonaise Radio Racyja, Ivan Roman, et le rédacteur en chef du magazine Polski na uchodzstwie, ont été emprisonnés en prévision d'une manifestation du 14 octobre. Des policiers en civil ont intercepté Ivan Roman à son domicile. Il a été accusé "d'avoir tenu des propos orduriers". La presse n'a pas été autorisée à couvrir son procès qui s'est déroulé le 10 octobre.

Le 11 décembre 2007, Barys Haretski, journaliste pour Nasha Niva et Radio Racyja, a été condamné à sept jours de prison pour sa participation à une manifestation non autorisée. Plus tôt dans l'année, les journalistes Ihar Bantsar, Andrey Pochobut et Aliaksey Saley (Polski na uchodzstwie), Andrey Dynko (Nasha Niva), Andrey Pisalnik, ancien rédacteur en chef du journal Glos Znad Niemna et andrei Chantorovich, l'ancien rédacteur en chef de l'hebdomadiare Mestnaya Gazeta, ont eux aussi fait les frais de cette campagne.

Les cyberdissidents dans la ligne de mire



Déterminés à entraver toute information indépendante, les autorités biélorusses ont entrepris de mettre au pas le web. En février, le contrôle sur les cafés Internet s'est renforcé. Un décret du Conseil des ministres contraint désormais les propriétaires de cybercafés et de clubs informatiques à dénoncer les internautes qui visitent les sites illégaux. Ils doivent également enregistrer l'historique de navigation des douze derniers mois. Officiellement présentée comme une mesure pour lutter contre les crimes sur Internet, cette disposition permet de circonscrire ce dernier espace de liberté. Dans un pays où l'Etat exerce, via la compagnie de télécommunication nationale Beltelekom, un monopole sur l'accès à la Toile, les cybercafés restaient le seul lieu où les Biélorusses pouvaient publier leurs opinions sans risquer l'arrestation.

Le 2 août 2007, Alexandre Loukachenko a déclaré lors d'une visite dans les locaux du quotidien étatique, Sovietskaïa Bieloroussiya, qu'il allait "mettre un terme à l'anarchie" qui règne sur la toile. Le chef de l'Etat a poursuivi en précisant qu'il ne pouvait pas "autoriser que cette grande réussite technique de l'humanité devienne un égout à information". Quelques semaines plus tard, le vice-ministre de l'Information, Alyaksandr Slabadchuk, a annoncé la création d'un groupe de travail dont l'objectif est d'améliorer la "régulation légale de l'Internet". Le responsable a cité la Chine en exemple, pays passé maître dans la répression des cyberdissidents.

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