Bulgarie : un nouveau parti, l'ENP, veut ressusciter la droite démocratique (2008)
2012-02-07

Une nouvelle formation fait son apparition sur l'échiquier politique bulgare en plein renouvellement depuis les élections européennes de 2007. Fondé et dirigé par la députée indépendante Maria Cappone, le Parti populaire uni (ENP)) entend reprendre à son compte les valeurs de la droite européenne représentée à Bruxelles par le Parti populaire européen (PPE). Un an avant les élections législatives et européennes, l'ENP pourrait ainsi dynamiser la reconstruction de la droite bulgare.

Le Congrès de fondation de l'ENP



Le 1er janvier 2008, la Bulgarie a fêté dans la discrétion le premier anniversaire de son adhésion à l'Union européenne (UE). Il est vrai que la Commission a sévèrement évalué l'action des autorités politiques actuelles dans plusieurs domaines qu'elle considère comme essentiels. Saisissant l'occasion de la principale critique formulée par l'UE, l'opposition parlementaire a déposé, fin février, une motion de censure et une grande manifestation « contre la corruption » s'est déroulée à Sofia.
L'événement politique majeur de ces derniers mois reste pourtant les élections locales qui ont eu lieu les 28 octobre et 4 novembre 2007. Celles-ci ont confirmé les principaux pronostics qu'avançaient les instituts de sondage.

Après sa percée aux élections européennes, le GERB, le nouveau mouvement de « centre droit » créé par le maire de Sofia, a démontré son implantation locale et a consolidé sa place dans l'opinion. C'est désormais, en suffrages exprimés, la première force politique bulgare. Mais n'ayant pas participé aux élections législatives de 2005, il n'est pas représenté au Parlement.

Pour la coalition de « centre gauche » au pouvoir, formée par le parti socialiste (BSP), le mouvement dirigé par l'ancien premier ministre libéral, Siméon de Saxe-Cobourg (NDSV ) et le Mouvement des droits et des libertés (DPS ), les résultats sont plus contrastés. Si le BSP a globalement résisté, il n'en va pas de même pour le NDSV déjà très affaibli politiquement et électoralement. Une partie de ses députés vient d'ailleurs de faire scission ce qui peut faire craindre la disparition de cette tendance de la scène parlementaire si ce n'est de la scène politique nationale lors des prochaines élections législatives de 2009. Quant au DPS, il a confirmé son implantation régionale traditionnelle et la forte mobilisation de ses électeurs.

Les prochaines élections doivent avoir lieu en 2009 (législatives et européennes). Si les législatives se tenaient en ce début d'année 2008, tous les instituts de sondage indiquent que quatre partis seulement entreraient au parlement : le GERB, le BSP, le DPS et le mouvement extrémiste « anti tout », Ataka.

Sauf à ce que le GERB obtienne une majorité absolue en sièges de manière à pouvoir gouverner seul, les observateurs imaginent mal le type d'alliance parlementaire susceptible de se mettre en place entre ces quatre partis antagonistes pour former une coalition gouvernementale viable. Ces projections - pour ce qu'elles valent évidemment - ne sont pas de bon augure pour la stabilité politique future de la Bulgarie.

La création le 16 février 2008 à Sofia du Parti populaire unifié (ENP), par la députée Maria Cappone, peut être analysée comme une tentative intéressante de « reconstruction » au sein de l'espace, pris au sens large, de la droite bulgare. Le programme de l'ENP reprend les grands principes défendus par les partis appartenant au groupe du Parti populaire européen (PPE).

Environ un millier de délégués venant de tout le pays se sont réunis pour adopter des statuts du nouveau parti et une « Charte des valeurs ». La direction élue à l'occasion de ce congrès fondateur se compose de onze personnes. Outre la présidente, Maria Cappone, on notera à ses côtés la présence des personnalités suivantes : Eleonora Nikolova, Vladimir Zinoviev, Yavov Nedev, Nadia Mironova, Ilia Petrov, Radoslav Taskov, Boriana Manolova, Petar Iamanov, Vasil Vasiliev et Ventselav Ivanov.

Maria Cappone siège actuellement au Parlement bulgare comme députée indépendante de Plovdiv (deuxième ville du pays, située au centre de la Bulgarie). Cette jeune femme intelligente, dynamique, polyglotte et ardemment européenne, affirme que le Parti populaire unifié qu'elle vient de créer peut proposer aux Bulgares une alternative politique crédible. Elle dispose d'un certain capital de confiance sur le plan intérieur où sa qualité d'élue lui donne la possibilité d'affirmer des positions souvent reprises par la presse.

Son rôle dans la campagne de sensibilisation - nationale et surtout internationale - en faveur des infirmières emprisonnées en Libye a été essentiel pour accélérer les synergies. Elle est également appréciée à l'étranger, tout particulièrement en Europe, dans la mesure où elle a pu œuvrer plusieurs années comme représentante de la Bulgarie au Parlement européen. Une personnalité comme la Chancelière allemande, Angela Merkel, lui a d'ailleurs adressé un message de soutien lors du congrès de l'ENP.

De nombreux atouts



Plusieurs éléments jouent en faveur du Parti populaire unifié. Tous les observateurs de la vie politique soulignent que l'espace de la « droite » en Bulgarie est en jachère - voire en déshérence - depuis plusieurs années. Après des échecs cinglants aux élections législatives (2005), présidentielles (2006) et européennes (2007), les deux formations qui remplissaient cet espace de la droite (et du centre) - c'est-à-dire principalement l'Union des forces démocratiques (SDS-ODS) et les Démocrates pour une Bulgarie forte (DSB) - sont dans une situation de déliquescence politique telle que les sondages ne leur accordent que peu de chances de franchir la barre des 4 % des suffrages exprimés exigés par la loi pour entrer au Parlement lors des prochaines élections législatives de 2009.

Depuis plusieurs années, la « droite » bulgare n'a pas su se renouveler suffisamment, tant sur le plan de son programme que sur celui de ses dirigeants. Le discrédit que les anciens partis (et leurs dirigeants) rencontrent dans l'opinion ouvre donc des opportunités aux nouveaux visages et aux nouvelles idées. C'est ce contexte qui a d'ailleurs permis l'émergence du GERB il y a quelques mois. Toutefois, il semble que ce mouvement politique ait atteint ses limites d'expansion (il tourne déjà autour de 25 % d'intentions de vote). La figure charismatique de son leader, le maire de Sofia, est loin de faire l'unanimité au sein de certaines catégories de l'électorat plutôt attirées par la droite. Le Parti populaire unifié a certainement une carte à jouer sur plusieurs « segments » politiques, même si la compétition sera rude entre les compétiteurs anciens et nouveaux.

Autre élément à prendre en considération, le taux de participation en Bulgarie, qui n'a cessé de chuter depuis plusieurs années (il était de 66,6 % et de 53,8 % aux élections législatives de 2001 et de 2005 et de 29,2 % aux élections européennes de 2007). Il y a là un réservoir considérable de ressource politique. Encore faut-il évidemment avoir la volonté et la capacité de remobiliser cet électorat réfugié dans l'abstention en lui donnant de bonnes raisons de s'intéresser de nouveau à la chose publique et surtout d'aller voter pour le programme et les candidats de l'ENP. Le principal défi de l'ENP est là. La conquête d'un électorat est difficile, surtout dans le contexte de dégoût de la politique qu'ont suscité les multiples dérives du postcommunisme bulgare (criminalité, corruption, impunité des « gagnants », déficience du système judiciaire, pauvreté, etc.).

L'ENP se heurtera évidemment aux stratégies des acteurs politiques actuels car sa présence sur l'échiquier politique - si elle se matérialise évidemment dans les sondages - va susciter des réactions de contournement et de rejet. Selon le schéma classique « droite-gauche », son principal adversaire devrait être la « gauche » bulgare, c'est-à-dire le BSP. Dans la mesure où ce dernier est le seul à occuper cet espace, il n'a aucune capacité d'alliance sur sa gauche. Il ne peut désormais prétendre rester au pouvoir qu'en s'alliant avec des partis se positionnant sur sa droite, c'est-à-dire se revendiquant politiquement au « centre ».

Le centre, un espace encombré



Cette réalité politique fait que l'espace du « centre » en Bulgarie est actuellement très encombré... Pas moins de trois partis se situent ainsi sur ce segment relativement étroit : le NDSV et le DPS, d'une part et le GERB, d'autre part. Si l'on en croit les sondages, le NDSV semble désormais hors jeu. Le DPS, que l'on peut considérer sur le plan politique comme plus opportuniste que centriste, pourrait continuer de s'allier au BSP. Son apport en sièges risque pourtant de ne pas être suffisant pour former une coalition en 2009. Quant au GERB, il affirme - à qui veut l'entendre - qu'il ne collaborera jamais avec le BSP dans une coalition.
Si une telle configuration politique se réalisait en 2009, le BSP serait dans une impasse pour conserver le pouvoir. Pour se donner plus de marge de manœuvre, le BSP doit avant tout empêcher le GERB d'obtenir une majorité absolue en sièges. Il pourrait alors considérer l'ENP comme un vecteur potentiel d'affaiblissement électoral du GERB susceptible d'empêcher ce dernier d'obtenir cette majorité lors des prochaines élections. Le BSP pourrait donc ne pas être l'ennemi le plus farouche de l'ENP.

L'avenir de ce dernier va également dépendre de l'attitude des autres partis de « la droite » à son égard. Même s'il se revendique « au centre », le GERB appartient par bien des côtés (notamment sur le plan de son programme économique) à l'espace de la droite. Son attitude à l'égard de l'ENP dépendra de la perception qu'il s'en fait : un parti qui vient « chasser sur ses terres » ou un allié potentiel qu'il faut ménager pour parvenir au pouvoir ? Le GERB pourrait avoir tout intérêt à disposer à côté de lui d'une « capacité d'alliance » lui permettant d'échapper en 2009, soit à l'alternative « contre nature » de devoir former une coalition avec le BSP ou le DPS (voire même le cas échéant avec quelques députés d'Ataka), soit à la responsabilité de provoquer une crise politique qui mènerait à de nouvelles élections. Il semble que pour l'instant, le leader informel du GERB, le maire de Sofia, fier de lui et dominateur après ses deux victoires électorales consécutives, traite ce nouveau parti par l'indifférence et le mépris.

Vis-à-vis des deux autres acteurs de la droite bulgare (le SDS et le DSB) - moribonds à bien des égards - la concurrence pourrait être plus rude. A défaut d'avoir la capacité de participer à la reconstruction de cet espace à droite, ces partis disposent d'une capacité de nuisance électorale certaine. Le SDS pourrait considérer l'ENP comme un concurrent direct. Privé pourtant d'un leader charismatique, sa nouvelle direction est entrée depuis plusieurs mois dans une phase délicate de reconstruction interne. Même si l'on ne doit pas négliger ses potentialités de redressement, il est difficile de prédire actuellement ce que le SDS représentera à la veille des élections de 2009. On peut toutefois imaginer que, le moment venu, ce mouvement accepte de présenter des candidatures communes avec l'ENP aux élections. Certains des cadres de l'ENP viennent du SDS.
Quant au DSB, il est enfermé dans les certitudes et la rigidité de son leader, l'ancien Premier ministre Ivan Kostov ; on voit mal comment ce dernier pourrait faciliter une action de rénovation qui montrerait aux yeux des Bulgares son incapacité personnelle à rassembler.

La question qui se pose désormais est de savoir si le Parti populaire unifié est en mesure de développer dans l'opinion une dynamique de mobilisation, de reconquête et de réussite. Au fil des mois, les sondages devraient donner quelques indications. Il reste 500 jours environ à l'ENP pour convaincre les Bulgares.
François Frison-Roche,chargé de recherche (CNRS), Université Paris II (CERSA)

Entretien avec Maria Cappone, présidente du Parti populaire unifié



Le Courrier des Balkans (CdB) : Pour quelles raisons avez-vous décidé de créer un nouveau parti en Bulgarie ?



Maria Cappone (MC)

: La création du Parti populaire unifié (ENP) est l'aboutissement d'un processus naturel qui répond à l'attente des gens. La durée et l'évolution de la transition en Bulgarie ont totalement épuisé les idées qui avaient servies d'assises aux anciens partis politiques voulant se situer à droite de l'ancien Parti communiste bulgare. Aujourd'hui, de nombreux électeurs de droite ne voient plus de perspectives politiques réelles. Nous avons décidé de créer le Parti populaire parce que nous avons pris en considération les nouveaux objectifs des Bulgares, leurs nouvelles attentes et les problèmes auxquels ils se heurtent désormais. C'est aux politiques de prendre en compte ces objectifs, ces attentes, ces problèmes et de proposer des solutions. Nous sommes convaincus de la nécessité de la modernisation de la vie politique en Bulgarie et nous proposons donc une alternative aux électeurs de droite.

CdB : Comment situez-vous politiquement le Parti populaire unifié sur l'échiquier politique bulgare ? En quoi se différencie-t-il des partis déjà existants comme le GERB, le SDS ou le DSB ?



MC

: Le parti Populaire Unifié se situe plutôt au centre droit. A mon avis, les conditions nécessaires à l'émergence d'un parti de droite viennent à peine d'apparaître en Bulgarie. Un vrai parti populaire, c'est-à-dire comparable aux autres membres de la famille de la droite européenne, ne peut se développer qu'à partir de catégories socio-professionnelles établies. Ce n'était pas le cas il y a seulement deux ou trois ans et encore moins, évidemment, après la chute du communisme. Le processus de privatisation s'est terminé en Bulgarie il y a quatre ans à peine. On a cru - à tort selon moi - que tous ceux qui s'étaient opposés au communisme étaient des gens de « droite ». Ce n'était évidemment pas le cas ! Concernant la seconde partie de votre question, je vous répondrais simplement que l'ENP n'est pas créé autour d'un « chef ». La direction de l'ENP réunit des personnes qui ont, au contraire, la volonté de rendre le pouvoir aux citoyens par le biais d'un dialogue mutuel et d'efforts communs. C'est la raison pour laquelle nous avons décidé la création d'une direction collégiale. Nous ne voulons pas que notre projet politique tourne uniquement autour de la domination et de la « force » d'un « leader charismatique ». Nous avons décidé de fonder notre projet politique et de réunir les gens sur une communauté de valeurs et d'objectifs partagés. Notre parti aura d'ailleurs une structure plus horizontale que verticale. Des représentants de toutes les régions du pays participeront au sein de l'instance de délibération de l'ENP. Notre conseil exécutif comprendra les représentants des structures militantes de l'ENP. Nous allons également mettre en place un « comité de campagne » permanent. La présence même de ces structures nous différencie des autres partis politiques. J'ajoute, enfin, que notre principale différence se trouvera dans notre façon de travailler : moins de « promesses », moins de discours mais un travail quotidien au service des gens.

CDB : Quelles sont les principales orientations du programme politique du Parti populaire unifié ?



MC

: Notre politique s'appuiera sur trois piliers : la croissance économique, la solidarité et l'identité. Notre ambition est de construire une société prospère sur le plan économique dans laquelle une majorité de citoyens seront certainement inégaux devant la richesse mais ne seront plus seulement, comme aujourd'hui, égaux dans la misère. Nous insistons sur la solidarité parce qu'elle est une condition sine qua non d'une société plus unie. La formation, la sauvegarde et l'affirmation d'un sentiment de fierté nationale nous apparaît également comme un élément indispensable. L'esprit national bulgare est une base fondamentale de la stabilité de notre pays. Sans notre histoire, notre langue et nos traditions nous perdrons notre identité. Dans une économie mondialisée, nous devons être membre à part entière de la communauté des nations. Refuser ces processus globaux reviendrait à nous marginaliser.

CdB : Et sur le plan économique ?



MC : Parmi plusieurs priorités, nous avons placé la croissance du pouvoir d'achat des Bulgares avant tout. Le marché bulgare doit être vraiment libre et compétitif pour empêcher les structures oligarchiques actuelles de bénéficier de situation de monopole. Nous devons également veiller à renforcer la capacité de notre administration nationale et locale. Les projets de rénovation des infrastructures terrestres, soutenus par les fonds de l'Union européenne, doivent être menés à terme. Ils seront pour la Bulgarie une source de modernisation et de richesse dans la mesure où ils faciliteront le commerce régional et international. Enfin, nous insistons particulièrement sur la lutte contre la corruption. Nous devons adopter une législation précise en ce sens dans les secteurs clés et établir enfin, sur le plan commercial, de véritables conditions de concurrence.

CdB : Pourquoi avoir fait adopter une « charte des Valeurs » par le congrès fondateur ? Que propose cette Charte ?



MC : Ce document est très important pour nous. Cette charte a d'ailleurs été adoptée à l'unanimité par nos délégués au cours de notre congrès constitutif. Nous avons décliné dans cette charte certaine valeurs fondamentales comme la liberté, la responsabilité, la solidarité, notre volonté de vivre ensemble, de partager une histoire, une culture et une spiritualité commune. Il est très important de rappeler de telles valeurs aujourd'hui. La société bulgare a besoin d'idées fortes et d'une cause qui la rassemble. Nous avons besoin d'une alternative politique. Notre parti veut rassembler les gens qui ont le regard tourné vers l'avenir et des gens unis dans leur diversité.

CdB : Quels sont vos objectifs politiques à terme ?



MC

: Notre objectif n'est pas seulement électoral. Nous voulons rendre le pouvoir aux citoyens de ce pays qui est actuellement dirigé par une dizaine de groupes oligarchiques. Nos compatriotes ont enduré quarante cinq ans de communisme et, depuis sa chute, la faillite de l'État. Ils ont supporté le lourd fardeau du processus de la transition. Que voient-ils aujourd'hui ? Les bénéfices de la démocratie confisqués par quelques groupes de prédateurs qui ont infiltré le pouvoir. Les gens sont désespérés et croient que leurs efforts ont été vains. Ils sont dégoûtés de la politique. Ils sont résignés. Notre objectif est de les convaincre que le changement politique est possible. La tâche sera difficile, c'est certain, mais nous avons la volonté d'y arriver. Nous voulons laisser à nos enfants un pays plus prospère, plus ordonné que celui dont nous avons hérité. Nous voulons améliorer notre système de retraite, notre système de santé, notre système d'éducation. Notre justice doit être plus efficace. Notre pays doit donner à chacun une chance de mener une vie meilleure.

CdB : Comment l'ENP est-il organisé dans le pays ?



MC : Des structures sont mises en place dans tout le pays. Nous avons déjà des représentants dans trente-six villes. Notre organisation est horizontale et repose sur trois structures différentes : l'organisation des militants bénévoles sur le terrain, les structures politiques du parti et une « administration » politique professionnelle. Nous avons mis en place une équipe de juristes et une équipe d'économistes pour alimenter nos réflexions. Nous avons parmi nos sympathisants un potentiel d'expertise remarquable. Au sein de la direction de l'ENP, des personnes d'expérience représentent la plupart des grandes villes de Bulgarie. Ils y exercent leurs activités professionnelles et connaissent bien le terrain.

CdB : Quels sont les organisations, les personnalités et les partis politiques en Europe qui soutiennent l'ENP ?



MC

: Pour notre congrès constitutif, nous avons reçu les encouragements et le soutien de nombreuses personnalités et organisations politiques appartenant à la famille des partis populaires en Europe. La chancelière d'Allemagne, Angela Merkel, nous a adressé un message ainsi que l'Union chrétienne démocrate, le député français Pierre Lequillier de l'UMP, Lorenzo Cesa de l'Union chrétienne démocrate italienne, de Marian Jean-Marinescu, vice-président du Groupe PPE-DE, du Professeur Verner Münch, ancien Premier ministre du land de Saxe-Anhalt, de Luc Van de Putte, secrétaire général adjoint du Parti Populaire européen, d'Otmar Karas, vice-président du groupe PPE-DE au Parlement européen, de Luc Van den Brande, président du groupe PPE-DE au Conseil de l'Europe, de Sorin Frunzaverde, membre du groupe PPE-DE, de Nelu Neakso, représentant de l'Union patronale nationale de Roumanie à Bruxelles, de Pavol Hrusovski, président du Mouvement chrétien-démocrate en Slovaquie, de Patrick Foller, secrétaire général de l'Union de PME auprès du PPE, de Jorge Moragas, secrétaire international du Parti populaire espagnol. De Bulgarie, nous avons reçu les félicitations de Mme Mozer du parti agrarien (BZNS-NS), du SDS et du GERB.

CdB : Pouvez-vous expliquer les raisons pour lesquelles le slogan de l'ENP a été choisi (« Nié Idvamé ! On arrive ! ») ?



MC

: Une vraie droite arrive enfin en Bulgarie. Une droite populaire et solidaire. Nous allons travailler dur pour l'émergence d'une nouvelle Bulgarie, moderne et dynamique. Il est grand temps qu'on arrive.

CdB : Aux élections législatives de 2001, la participation électorale a été de 66,6 %. Aux législatives de 2005 cette participation est tombée à 53,8 %. Aux premières élections pour désigner les représentants bulgares au parlement européens, en mai 2007, la participation n'a été que de 29,22 %. Pourquoi, selon vous, les électeurs bulgares participent de moins en moins aux élections ?



MC

: On doit constater que plus d'un million d'électeurs de droite au sens large ne se sont pas rendus aux urnes. Pourquoi ? Parce qu'ils n'ont certainement pas trouvé ce qu'ils cherchent. C'est la raison de leur abstention. La maturité des électeurs est supérieure à celle des hommes politiques. Quand ceux-ci ne proposent pas de solutions crédibles, les électeurs renoncent à exercer leur droit de vote. Les hommes politiques doivent aller au contact des électeurs, sortir des studios de télévision et descendre pour voir la vie telle qu'elle est dans la rue. C'est la raison pour laquelle le Parti populaire unifié se présente comme une alternative politique. Nous voulons représenter et défendre les intérêts des électeurs.

CdB : Dans un récent rapport, l'Union européenne a encore critiqué l'actuel gouvernement de centre gauche pour un manque de résultats en matière de lutte contre la criminalité et la corruption en Bulgarie. Comment expliquez-vous cette situation ?



MC

: De telles critiques étaient présentes dans les rapports précédents et c'est la raison pour laquelle la Bulgarie fait l'objet désormais d'un mécanisme de coopération et de vérification de la part de la Commission européenne. Il est tout à fait justifié que Bruxelles applique cette approche exigeante vis-à-vis de la Bulgarie dans la mesure où l'Union européenne est comptable de la bonne utilisation des fonds distribués qui représentent l'argent des contribuables européens. La pauvreté engendre des vices et favorise la corruption. Une droite moderne doit, au-delà de la mise en place de mesures sévères à l'égard des personnes corrompues, améliorer le niveau de vie des Bulgares.

CdB : Quelles mesures préconisez-vous dans ce domaine ?



MC

: Nous proposons de prendre des mesures ciblées pour résoudre ce problème. Il faut également mobiliser tous les citoyens dans la lutte contre la corruption pour susciter chez eux une intolérance envers cette méthode vicieuse de réussir. Il faut imposer, par exemple, des appels d'offre transparents et il faut que la justice prononce des condamnations dissuasives.

CdB : Quelle est la position de l'ENP sur l'indépendance du Kosovo ?



MC

: La situation est très délicate. Le Kosovo se trouve quasiment à la frontière de la Bulgarie et c'est une épreuve politique très sérieuse pour notre pays. La reconnaissance immédiate de son indépendance, conjointement avec l'ensemble des autres pays européens, est la seule solution politique appropriée dans ce cas. Son indépendance constitue désormais un précédent politique dans la région mais qui trouve une justification dans la politique aberrante menée par S. Milošević. La reconnaissance de l'indépendance du Kosovo ne doit pas être interprétée comme une politique anti-serbe. La Serbie est notre voisin et notre partenaire avec qui nous entretenons de bons rapports. L'acceptation des nouvelles réalités dans la région ne doit pas modifier nos relations. En notre qualité de membre de l'Union européenne, nous devons œuvrer pour l'intégration rapide de la Serbie au sein de l'UE. Il ne faut surtout pas isoler ce pays et exacerber les tensions dans la région. Cette attitude responsable de la Bulgarie a un coût politique pour nos responsables politiques dans la mesure où elle pose à la fois la question de la garantie du respect des droits des minorités ethniques et de la création de « mini Etats » formés sur des bases ethniques et religieuses.

CdB : Peut-on craindre selon vous des implications politiques néfastes dans la région des Balkans ?



MC

: Si l'on abandonne la politique aux extrémistes de tous bords, alors les conséquences peuvent être très graves. L'indépendance du Kosovo doit être le point final du processus de désintégration de l'ex-Yougoslavie. L'Europe occidentale doit être vigilante quand des fédérations artificiellement créées comme la Yougoslavie sont créées. Évidemment il y a le risque que Belgrade transforme la Serbie en « tête de pont » des intérêts russes en Europe. A l'heure actuelle, le pays ne voit pas d'autre alternative pour défendre sa dignité nationale. Les nouveaux États membres de l'UE sont largement dépendants des ressources énergétiques de la Russie. D'autre part, l'exemple du Kosovo pourrait être imité par la Transnistrie, l'Ossétie ou l'Abkhazie et transformer les régions des Balkans, de la mer Noire et du Caucase en zones de tensions. Pour nous, ce risque est clair et je ne pense pas que la Grèce, la Bulgarie et la Roumanie avaient besoin de cette épreuve.