L'armée russe, une difficile modernisation (mars 2009)
2013-12-26

Si à triompher sans mérite, l'armée russe a triomphé sans gloire durant la deuxième guerre de Tchétchénie (1) et durant la guerre russo-géorgienne d'août 2008 (2), si elle a pris sa revanche sur les humiliations des années quatre-vingt-dix, elle reste à moderniser. Les autorités russes s'emploient à dégager les moyens budgétaires nécessaires.

L'HISTOIRE


Lointaine héritière de l'armée rouge révolutionnaire formée par Liev Bronstein dit Trotski (vainqueur des armées blanches tsaristes), héritière de l'armée soviétique restructurée par Joseph Djougachvili dit Staline (vainqueur des armées allemandes et garante de l'appartenance des pays de l'Est au bloc soviétique, Hongrie en 1956 et Tchécoslovaquie en 1968), l'armée russe a subi de multiples humiliations depuis une vingtaine d'années.

Le retrait d'Afghanistan et celui d'Europe de l'Est négocié par Mikhaïl Gorbatchev et Edouard Chévardnadzé, à la fin des années 1980, reste dans la mémoire collective russe. Rien n'était prévu pour le rapatriement des troupes et des officiers: certains d'entre eux avaient dû élire domicile sous des tentes militaires durant plusieurs mois.

Sous l'ère Eltsine, faute de moyens budgétaires, l'encadrement militaire russe fait mettre à la casse des centaines d'avions de combat, de chars, de missiles, de navires et de sous-marins.

A partir de 1991 (et jusqu'en 2009), il subit les conséquences du traité international START de désactivation de têtes nucléaires, 7 000 désactivations à ce jour.

Il voit fondre ses effectifs année après année, de 4 millions à l'époque à 1 million aujourd'hui.

En 1996, il bat en retraite devant le général Aslan Mashadov et ses combattants tchétchènes.

La réputation de l'armée russe se dégrade fortement, corruption et ventes illégales d'armes, alcoolisme à tous les échelons, insoumission des appelés, bizutages violents : la durée du service militaire est raccourcie de 24 à 12 mois.

En 2000, Vladimir Poutine, et la manne financière représentée par les exportations de gaz et de pétrole, stoppent le processus.

EFFECTIFS


Les

forces armées

russes comptent 1 027 000 hommes, dont
- 360 000 pour l'armée de terre (3 divisions blindées, 16 divisions de fusiliers motorisés, six divisions d'artillerie, des troupes spéciales),
- 160 000 pour l'armée de l'air, y compris les troupes de défense aérienne depuis 1998,
- 142 000 pour la marine.

Trois structures sont commandés indépendamment des précédentes
- les forces aéroportées (35 000 hommes),
- les forces de dissuasion nucléaire (80 000 hommes),
- les forces spatiales.

S'ajoutent également les forces de commandement et de soutien (250 000 hommes).

Les

forces paramilitaires

se monteraient à 418 000 hommes (gardes frontières, forces du ministère de l'Intérieur et service de sécurité fédéral).

Les

forces spéciales

, génériquement appelées SPETSNAZ, réunissent des composants des services secrets civils FSB ( Alpha et Vimpel, anti-terrorisme), des services secrets militaires (GRU), de la police (OMON, anti-émeute), du ministère de l'Intérieur (SOBR, réaction rapide) et de la Justice (anti-banditisme).

Le nombre de

réservistes

est évalué à 20 millions d'hommes.

EQUIPEMENT


L'armée russe disposerait de 23 000 chars de combat, 2 500 avions et 1 000 hélicoptères pour l'armée de l'air et de 250 avions pour la marine.

L'équipement de l'armée de terre



Les équipements de l'armée de terre seraient relativement anciens à en croire la description détaillée fournie par les autorités géorgiennes en 2007 lors de l'évacuation des 5 000 tonnes de matériels et du millier d'engins militaires des bases russes d'Akhalkalaki (62ème armée) et de Batoumi (12ème armée) (3).

Les médias spécialisés, notamment britanniques, confirment cette analyse après la guerre russo-géorgienne d'août 2008 (58ème armée basée dans le Nord Caucase), absence de drones, absence d'appareils de vision nocturne et obsolescence des sytèmes de communication dans le camp russe.

Le char le plus récent est le T-90, lancé en production en 1994 et qui serait déployé à quelques centaines d'exemplaires.

L'équipement de l'armée de l'air



Les bombardiers stratégiques (TU-95 et TU-160), construits de 1980 à 1992, sont au nombre de 80. Dans la classe des bombardiers, se comptabilisent également une centaine d'avions à long rayon d'action (TU-22) et trois cents bombardiers tactiques (SU-34), dont le premier vol date de 1993.

Les avions d'appui au sol (SU-25) sont au nombre de 260, les chasseurs (MIG-29, MIG-31, SU-27 et SU-27SM modernisés depuis 2004, 48 pour ces derniers) au nombre de 780.

Les avions de rconnaissance (SU-24, MIG-25) sont au nombre de 140, les avions radar (A-50) au nombre de 16, les avions de transport lourd (AN-124, IL-76) au nombre de 230, les ravitailleurs (IL-78) au nombre de 20.

Les avions de transport léger et d'entraînement (L-39C) seraient au nombre de 600.

Les hélicoptères de combat (MI-24 et MI-24PN modernisés depuis 2004, 12 pour ces derniers) sont au nombre de 450, les hélicoptères de transport (MI-8, MI-26) au nombre de 500 (y compris les appareils des forces terrestres depuis 2003).

L'avion chasseur le plus récent est le SU-30, vendu à l'export.

La guerre russo-géorgienne d'août 2008 a vu l'engagement de bombardiers TU-22 et SU-24, d'avions de combat SU-25 et SU-27, ainsi que d'hélicoptères de combat MI-24 : un bombardier TU-22, un SU-24 de reconnaissance et quatre SU-25 y auraient été abattus.

L'équipement de la marine



La marine disposerait de 67 sous-marins.

IMPLANTATION


L'armée russe est implantée sur son territoire national selon six districts militaires, Extrême-Orient, Moscou, Nord Caucase, Saint-Pétersbourg, Sibérie et Volga - Oural.

Elle reste présente dans le territoire de l'ex-URSS en Arménie (base militaire, 102ème armée), en Azerbaïdjan (station radar), en Biélorussie (station radar), au Kazakhstan (cosmodrome, noeud spatial, aviation), en Kirghizie (base aérienne, centre d'essai anti sous-marin), en Ouzbékistan (base aérienne), au Tadjikistan (noeud spatial) et en Ukraine (base navale).

Des troupes russes, avec des bases militaires en construction ou achevées, ainsi que des missiles sont présents en Abkhazie (reconstruction de la base de Goudaouta, ancienne base soviétique, avec en cible 3 700 hommes), en Ossétie du Sud (construction de bases de Djaba et de Tskhinvali, avec en cible 3 700 hommes) et en Transnistrie.

La marine russe est présente en Baltique, au Nord du pays, en mer Noire et dans le Pacifique ; elle dispose d'une base navale en Syrie.

BUDGETS


Selon le SIPRI (Stockholm International Peace Research Institute) les dépenses militaires de la Russie ont varié de la manière suivante ces dernières années, 19 milliards de dollars en 2000, 31 milliards en 2006 et 35 milliards en 2007.

Selon certains médias français, elles se montent déjà à 40 milliards de dollars en 2008 et se monteront à 50 milliards en 2009 ; pour d'autres médias, elles auraient atteint 60 milliards (soit 10 fois moins que les Etats-Unis).

L'essentiel de ces augmentations va aux forces stratégiques (missiles balistiques, sous-marins nucléaires, porte-avions). Depuis deux années ont été constatés la reprise des vols de bombardiers stratégiques russes aux frontières du Nord de l'Europe et des Etats-Unis et le retour de la marine russe en Méditerranée.

Le

complexe militaro - industriel

reste à redynamiser.

Le développement des exportations d'armements vers l'Algérie, la Chine, la Corée du Sud, les Emirats Arabes Unis, la Grèce, l'Inde, l'Iran, la Malaisie, la Syrie ou le Vénézuela par exemple (une soixantaine de pays au total) n'y suffit pas : ils ont pratiquement tous été conçus à l'époque soviétique, même si depuis ils ont subi une modernisation technique.

La difficulté est encore plus forte pour les armements en gestation : l'étude et la fabrication du premier des sous-marins nucléaires de 4éme génération, le Iouri Dolgourki, mis à l'eau en novembre 2008 et devant rejoindre la flotte en 2009, a demandé 12 années d'étude et de fabrication. Il devrait être équipé de missiles balistiques à têtes multiples d'une portée de 8 000 kilomètres (Boulava), dont quatre des six tirs d'essai ont été des échecs.

PERSPECTIVES


Au second semestre 2008

, profitant de la vacance de pouvoir à Washington, Moscou engage un certain nombre d'actions tactiques.

Sous couvert de briser l'encerclement de la Russie entrepris par l'OTAN, un premier avertissement est donné à l'Occident en août avec la guerre russo-géorgienne, l'annexion de fait de l'Abkhazie et de l'Ossétie du Sud, et la constitution d'un arsenal avancé de défense.

Dans un deuxième temps, en octobre, afin de contrer le projet de bouclier antimissile élaboré par les Etats-Unis en Pologne (missiles antimissile) et en République tchèque (station radar), Dmitri Medvedev menace d'implanter des missiles Iskander et un sytème de brouillage radar dans l'enclave russe de Kaliningrad bordée par la Pologne et la Lituanie (4).

Dans un troisième temps, en novembre, des manoeuvres militaitres communes entre marine vénézuélienne et marine russe sont organisées en mer des Caraïbes : elles renouent avec les pratiques de la guerre froide des années soixante.

Il s'agit de dissuader les Etats-Unis d'intervenir dans "l'Etranger proche russe" et de lui signifier que la Russie peut aussi intervenir dans "l'Etranger proche américain" (5).

Ce retour à la logique des blocs satisfait par ailleurs l'Etat-major militaire russe.

Il permet de calmer un tant soit peu les réactions entraînées par les réductions d'effectif engagées sur quatre années par le nouveau ministre de la Défense, Anatoli Serdioukov : elles conduiront au départ de plusieurs centaines de milliers de militaires (240 000 selon certaines sources) et à la division par 2 du nombre d'officiers. Le nombre de généraux serait réduit de 1 104 à 900, le nombre de colonels serait réduit de 25 700 à 9 000, le nombre de majors de 99 500 à 25 000, le nombre de lieutenants porté de 50 à 60 000.

Il permet de justifier l'augmentation des dépenses militaires nécessaires à la modernisation de l'équipement : le chef d'Etat-Major, le général Nikolaï Makarov, prometttait le 19 novembre 2008 de faire équiper l'armée russe des touts derniers matériels à 30% d'ici 2014 et à 100% d'ici 2020.

En finalité, le 20 novembre, Vladimir Poutine cherchait lui aussi à calmer la "grogne" en décidant la poursuite du programme de logements destinés à l'encadrement militaire (principalement en Sibérie et en Extrême - Orient) et l'affectation de 1,8 milliard de dollars supplémentaires au complexe militaro - industriel, malgré les perspectives économiques assombries, malgré la baisse des cours à l'exportation de pétrole et de gaz, et malgré la fragilité des budgets nationaux russes à venir.

A court terme

, la Russie se trouve en position de force. Le président américain élu, Barack Obama, n'aura qu'une petite année pour négocier la suite du traité institutionnel START (désactivation de têtes nucléaires), traité caduque fin 2009. Il devra également reprendre les négociations du traité international SORT (réductions des arsenaux nucléaires stratégiques) qui ne comptabilise pas les têtes nucléaires stockées et ne prévoit pas de mécanisme de vérification.


A moyen terme

, la Russie porte de fortes ambitions militaires, modernisation de son armée conventionnelle, refonte de son armement stratégique, développement de ses exportations d'armes (6), nouvelles implantations à l'extérieur de son territoire national (comme la base spatiale sur l'île de Cuba), afin de consolider sa place mondiale.

Reste que les situations intérieures à la Fédération de Russie (demandes de consommation à l'occidentale des populations, instabilité chronique des républiques du Nord Caucase (7) ...), les situations à ses frontières (Abkhazie, Ossétie du Sud, pays baltes, Ukraine, Biélorussie mais surtout Asie centrale où la Chine se positionne en concurrent) et les situations "héritées" de l'ère soviétique (Transnistrie, Haut-Karabagh) viendront compliquer la donne militaire. L'utilisation des réserves financières accumulées à l'époque des hauts cours de pétrole et de gaz a ses limites. Dépasser les 4% du Produit Intérieur Brut russe pour les dépenses militaires est toujours possible, mais fragiliserait encore plus l'économie de la Russie, touchée elle-aussi par la crise mondiale. La modernisation de l'armée russe risque, une fois de plus, d'en être ralentie.

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Sources multiples SIPRI, médias russes, britanniques, français et géorgiens, Wikipédia.

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Notes

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(1) [URL : 2546]

(2) [URL : 2607]

(3) [URL : 2252]

(4) [URL : 2649]

(5) [URL : 2663]

(6) [URL : 2670]

(7) [URL : 2594]

Voir aussi

:

- [URL : 2595]