Russie : développement continu des exportations d'armes (novembre 2008)
2011-10-12

Finie l'époque durant laquelle l'encadrement militaire russe se livrait à un trafic personnel d'armes à partir de ses bases extérieures en Asie centrale, au Sud Caucase (Akhalkalaki, Batoumi, Goudaouta, Gumri, Vaziani) et en Europe plus centrale (Sebastopol, Transnitrie) ou à partir de ses bases périphériques (Vladicavkaz) quitte à approvisionner les "terroristes" qu'ils étaient censés combattre, finie l'époque durant laquelle le complexe militaro-industriel russe se livrait à un trafic international plus structuré avec quelques pays amis et détournait des avions cargos entiers d'armement pour son seul profit, Vladimir Poutine créait en 2001 une société d'Etat, {Rosoboronexport}, spécialisée dans les exportations d'armes et qui allait placer la Russie au deuxième rang mondial dans le domaine, derrière les Etats-Unis et devant les Européens.

Rosoboronexport


Cette société d'Etat est active aujourd'hui dans plus de 60 pays d'Afrique, d'Amérique centrale, d'Amérique du Sud, d'Asie du Sud-Est et du Moyen-Orient ; elle y compte 35 représentations permanentes.

Elle propose
- des solutions totales de défense telles que la création de systèmes nationaux de défense de l'espace aérien et maritime,
- l'organisation de la production sous licence d'armes russes,
- la création de coentreprises axées sur la production de matériel militaire, civil et à double usage,
- la mise en place et la mise à niveau d'installations de fabrication et de réparation de produits russes et étrangers,
- l'infomation et la technologie spatiale, y compris les systèmes de navigation et de communications spatiales, la mise en orbite de la charge utile des clients par des véhicules de lancement russes, la cartographie et l'imagerie spatiales,
- et plus prosaïquement la livraison d'armements conventionnels (armes individuelles, artillerie, chars, avions et navires), la formation à leur usage et à leur entretien.

L'équipe de Rosoboronexport se consacre à l'innovation en matière de coopération militaro-technique avec les pays étrangers, à la percée sur des marchés prometteurs et à la consolidation du prestige international de l'armement russe afin d'assurer une croissance durable des exportations militaires et à double usage de la Russie et de consolider le potentiel de l'industrie de la défense russe.

Son chiffre d'affaires aurait dépassé les 7 milliards de dollars en 2007 (contre 3 milliards en 2000), c'est à dire presque la moitié des exportations d'armes américaines.

Son portefeuille de commandes serait de l'ordre de 25 milliards de dollars.

La clientèle russe


L'armement aéronautique représente la part la plus importante des exportations russes, plus de 50%. Les avions de combat SU-30MK (1) ont été achetés par de nombreux pays, 100 par la Chine (ainsi que 100 lots d'assemblage supplémentaires), 50 par l'Inde (ainsi que 50 lots d'assemblage supplémentaires), 28 par l'Algérie, 25 par le Vénézuela, 18 par la Malaisie.

La Chine reste le premier client de la Russie, outre des avions, elle a importé des lanceurs de fusée (S-300), des sous-marins et des hélicoptères.

L'Inde vient ensuite, essentiellement avec des armements aéronautiques : des projets d'achat d'armement naval sont en cours.

A l'Algérie, l'Iran et la Syrie, clients traditionnels de la Russie, s'est joint récemment le Vénézuela.

L'Algérie est engagée avec la Russie dans un plan à quatre années qui prévoit modernisations et achats. 36 avions MIG-29 légers, 500 chars T-72, 2 sous-marins diesels 877-EKM et 2 corvettes seraient modernisés. Seraient achetés 36 MIG-29 légers, 16 avions d'entraînement et de combat YAK-130, 8 systèmes de missiles sol-air S-300, 30 systèmes de missiles sol-air Toungouska, plusieurs dizaines de chars T-90, des missiles antichars, des armes d'infanterie et de troupes spéciales. Le personnel algérien serait formé à l'utilisation et à l'entretien. Des équipements d'aérodrome seraient également implantés (estimation 7 milliards de dollars).

L'Iran a bénéficié de l'importation 29 lanceurs de missiles sol-air guidés par radar (TOR-M1), afin en particulier de protéger sa centrale nucléaire de Bushehr (estimation 1 milliard de dollars).

La Syrie est équipée d'avions et de chars de combats russes.

Outre les avions de combat SU-30, le Vénézuela a récemment pris livraison de 50 hélicoptères de combat MIG, 100 000 fusils Kalachnikov, 5 000 fusils de haute précision Dragunov (4,4 milliards d'armenent sur quatre années).

Le Vénézuela constitue une force d'entraînement pour certains pays de la région, Argentine (projet d'achat d'hélicoptèpres), Brésil (projet d'achat d'hélicoptères), Cuba (projet d'implantation de centre spatial russe), Mexique (10 chasseur - bombardiers SU-27) et Nicaragua.

L'Indonésie et la Malaisie sont désormais également des clients russes.

D'autres pays sont des clients plus ponctuels, Afrique du Sud (modernisation d'avion de combat français Mirage F-1), Corée du Sud (systèmes de radar), pays de l'ex-Pacte de Varsovie (modernisation de chars de combat t-72), et Turquie (personnalisation de l'hélicoptère de combat Kamov-50).

Les faibleses de l'offre russe


Compte-tenu de l'accroissement continu du carnet de commandes, le complexe militaro-industriel russe aurait besoin de financements supplémentaires afin d' accroitre ses capacités de production et ses capacités de recherche. La plupart des produits exportés ayant été conçus à l'époque soviétique, la difficulté consiste à mener parallélement modernisation technique et études pour les remplacer.

Sur le plan intérieur, l'armée russe est mal équipée et les arbitrages de livraison ne sont pas toujours aisés (2).

Sur le plan extérieur, la Russie est commercialement talonnée par la France et la Grande - Bretagne : ces pays exportent des armements récents vers les pays développés, la Russie exporte souvent des armements anciens (mais modernisés) vers des pays émergents. A terme, la Russie pourrait glisser vers les segments les plus bas du marché mondial de l'armement.

Il n'en reste pas moins vrai que pour plusieurs années encore un fort soutien au complexe militaro - industriel est à l'ordre du jour au Kremlin et que Rosoboronexport a de beaux jours devant elle.

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Note

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(1) La plus récente version du chasseur-bombardier Sukhoi-30MKI , équipée d'une avionique française et israélienne, se vend 39 millions d'euros, envirin 30% de moins que son équivalent américain F-16.

(2) [URL : 2666]

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Sources multiples : documents Rosoboronexport, médias britanniques, français, russes

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Mirian Méloua