Géorgie et Ukraine : coopération approfondie avec l'OTAN (décembre 2008)
2012-04-02

Les pays membres de l'OTAN ont décidé le 2 décembre 2008 à Bruxelles de renforcer la coopération avec la Géorgie et l'Ukraine, pays qui souhaitent rejoindre l'alliance militaire.

En avril 2008, lors du dernier sommet à Bucarest, l'Allemagne et la France avaient exprimé leurs réserves quant à la candidature officielle (MAP) de Kiev et de Tbilissi, tout en se ralliant à l'idée de "leur légitime adhésion à long terme".

L'Allemagne a renouvelé sa position en décembre, étayée par ses doutes sur l'origine de la responsabilité de la guerre russo-géorgienne d'août 2008 et influencée par sa situation politique intérieure.

Elle est actuellement gouvernée par une coalition composée du parti chrétien-démocrate et du parti social-démocrate ; les élections prévues pour 2009 verront s'affronter la chancelière actuelle Angela Merkel et le ministre actuel des Affaires étrangères Frank - Walter Steinmeir. Ils sont tous deux sensibles à la position de la Russie hostile à l'adhésion de l'Ukraine et de la Géorgie à l'OTAN, mais d'une manière différente. Angela Merkel, forte de son parcours en république est allemande, comprend les inquiétudes des pays de l'ex-bloc soviétique. Frank - Walter Steimeir (qui fit partie de l'entourage de l'ancien chancelier allemand Gerhard Schröder, aujourd'hui dirigeant d'une filiale du conglomérat de l'Etat russe GAZPROM) doit ménager une partie de son électorat potentiel.

La France, après les déclarations publiques du printemps 2008 du Premier ministre François Fillon et du ministre de la Défense Hervé Morin (plus que réservés sur la candidature à l'OTAN de ces deux pays), a essayé de se positionner en décembre sur une voie moyenne entre la position de la "vieille Europe" emmenée par l'Allemagne et recommandant toujours la plus grande prudence afin de ne pas heurter la Russie, et la position des "nouveaux pays de l'Europe" emmenés par les Etats-Unis et recommandant une adhésion rapide court-circuitant le processus de candidature (MAP), sans véritable succès.

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Afin de ne pas déplaire à la Russie, le sommet a décidé de ré-activer les Conseils OTAN - Russie, gelés en "représailles" à la guerre russo-géorgienne d'août 2008 et à la reconnaissance de l'indépendance de l'Abkhazie et de l'Ossétie du Sud par Moscou.

Afin de ne pas déplaire à la Géorgie, le sommet a décidé de tenir le premier Conseil OTAN-Géorgie au niveau ministériel à Bruxelles le 3 décembre 2008.

Analyse



La position officielle de l'OTAN n'est pas sans rappeler celle de deux autres organismes multilatéraux durant la dernière décennie, OSCE en Ossétie du Sud et Nations Unies en Abkhazie : entravés par les pesanteurs de leurs divisions, ils n'avaient pu dégager de solutions à ces conflits gelés, laissant ainsi la possibilité aux forces armées de créer une situation de fait irréversible.

Il est symptomatique de constater qu'afin de déterminer la responsabilité initiale de la guerre russo-géorgienne d'août 2008, les parties concernées et les organismes multilatéraux (UE, OSCE, Nations Unies) ont accepté de voir cette mission confiée à Mme Heidi Tagliavini, diplomate suisse, représentante des Nations Unies en Géorgie de 2002 à 2006, en charge des conflits gelés.

Sans préjuger des conclusions, il est probable qu'elles ménageront sur le fond les deux parties concernées et ne changeront rien à la situation de fait créée. Les récents propos du président russe, Dmitri Medvedev, n'en seraient que plus justifiés : "La question de l'Abkhazie et celle de l'Ossétie du Sud sont maintenant closes".