L'échec de l'Union européenne en Géorgie présage-t-il d'autres échecs face à la Russie ? par Nicolas LEVILIDANE (décembre 2008)
2011-08-26

par Nicolas Lévilidane

Contrairement au protocole d'accord signé en août 2008 entre le président de l'Union européenne et le président de la Russie, cette dernière n'a pas respecté sa parole sur trois points, "{donner libre accès à l'aide humanitaire}", "{mettre en oeuvre des mesures additionnelles de sécurité dans l'attente de mécanisme international}", "{retirer les forces militaires russes sur les lignes antérieures au déclenchement des hostilités}". La crise géorgienne a certes été un succès médiatique pour la présidence de l'Union européenne, mais elle reste un échec sur le terrain.

Rapidité de décision, rapidité de négociation, caméras et micros, rien n'a manqué à la présidence française pour faire de la crise géorgienne un succès de l'Union européenne.

Politique du fait accompli, négociation pour avancer encore le pion abkhaze et le pion ossète sur son échiquier, rien n'a manqué à la présidence russe pour annexer un peu plus deux territoires appartenant à un Etat voisin, et souverain.

Le film des évènements



D'abord un cessez-le-feu est annoncé unilatéralement par la Russie, avant toute négociation avec l'Union européenne, afin de garder le bénéfice de la décision.

Ensuite, le protocole d'accord n'est pas respecté, afin de discréditer "l'arbitre" et privilégier la politique du fait accompli.

- Primo, l'aide humanitaire n'a pu secourir les populations géorgiennes habitant en Ossétie du Sud et en Abkhazie, ni durant la guerre, ni après le cessez-le-feu (Amnesty international, Human Rights).

- Secondo, la sécurité des populations sur le territoire occupé par l'armée russe, en Ossétie du Sud mais aussi dans la région de Gori, n'a pas été assurée. Les forces ossètes ont fait fuir la population géorgienne, pillé les biens ensuite vendus sur les marchés de Vadikavkaz -comme l'ont montré les médias russes- et détruit les habitations afin d'empêcher tout retour.

- Tercio, les forces militaires russes ne se sont pas retirées sur les lignes antérieures au déclenchement des hostilités : elles continuent non seulement à occuper les territoires antérieurement séparatistes, mais elles les ont agrandi avec les gorges de Kodori pour l'Abkhazie, la ville d'Akhalgori et une dizaine de villages géorgiens autour de Tskhinvali pour l'Ossétie du Sud.

Enfin, la Russie reconnaît officiellement l'indépendance des régions séparatistes d'Abkhazie et d'Ossétie du Sud, contrairement à toutes ses déclarations antérieures, et recherche leur reconnaissance implicite auprès de la communauté internationale.

Les deux cent vingt-cinq observateurs de l'Union européenne envoyés en Géorgie restent interdits d'accès en territoire abkhaze et ossète par les Russes, surveillant ainsi le côté "géorgien" et oeuvrant à l'existence d'une nouvelle frontière internationale.

Elle exige de faire participer les autorités indépendantistes abkhaze et ossète "aux discussions internationales sur les modalités de sécurité et de stabilité en Abkhazie et en Ossétie du Sud", ce qui constituerait une reconnaissance internationale implicite supplémentaire.

George Bush avait-il raison de conseiller à Nicolas Sarkozy de ne pas y aller et de condamner diplomatiquement ? L'armée russe serait-elle vraiment entrée dans Tbilissi et Vladimir Poutine aurait-il vraiment pendu Mikheil Saakachvili par "les couilles"?

Les gazoducs SOUTH STREAM et NABUCCO



Culture, environnement, économie, voire démocratie et défense, les thèmes de coopération sont potentiellement nombreux entre l'Union européenne et la Russie. Quelle chance ont-ils d'aboutir sur le terrain ?

Le projet de gazoduc SOUTH STREAM, à l'initiative de la Russie et de l'Italie -pays fondateur de la Communauté européenne- a emporté l'adhésion de l'Autriche, de la Bulgarie, de la Grèce et de la Hongrie -tous membres de l'Union européenne. Le projet du gazoduc NABUCCO, à l'initiave de l'Union européenne, qui offrirait un approvisionnement alternatif, ou complémentaire selon, au gaz russe n'en est que plus fragilisé.

*

Les "vieilles" nations européennes ne sont pas prêtes à abandonner une partie de leur souveraineté à Bruxelles. La Russie, grâce à ses matières premières, retrouve une place centrale : elle est ravie de voir les pays de l'Union européenne se présenter un par un à sa porte.

La crise économique mondiale changera peut-être le cours des choses. En attendant, Bruxelles risque d'essuyer d'autres échecs avec Moscou. L'Arménie et la Biélorussie sans aucun doute, mais surtout l'Azerbaidjan, la Moldavie et l'Ukraine ne rejoindront pas de sitôt le camp des démocraties "à l'occidentale". A l'heure de la "Realpolitik", où les droits de l'homme ne font pas bon ménage avec les affaires étrangères, quel Européen irait "se battre" pour ces pays ?

Nicolas LEVILIDANE



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Note

:

Depuis le 14 décembre 2008,
- les observateurs de l'Union européenne sont toujours interdits d'accès dans la zone de conflit en Ossétie du Sud,
- les autorités de cette région séparatiste n'ont pas permis le retour dans leurs villages des populations d'ethnie géorgienne (25 000 personnes environ),
- la Fédération de Russie a annoncé l'implantattion de deux bases militaires russes en Abkhazie et en Ossétie du Sud, et celle de garde-frontières russes entre ces deux régions séparatistes et la Géorgie.

Il convient de noter par ailleurs que l'OTAN a maintenu, malgré l'opposition diplomatique de la Fédération de Russie, des exercices militaires planifiés en mai 2009 sur le territoire géorgien (NDLR).