Le russe GAZPROM est-il un fournisseur fiable pour les pays de l'Union européenne ? (janvier 2009)
2011-10-12

Investisseur paracimonieux dans la recherche et le développement, attardé technologiquement, imprégné de la culture du monopole commercial, géant incontrôlable de 400 000 employés, pompe à finance vers le budget russe (14 milliards d'euros de bénéfice au 1er semestre 2008), outil stratégique entre les mains de l'Etat russe permettant de "punir" les pays récalcitrants, GAZPROM est-il un fournisseur fiable pour les pays de l'Union européenne ?

Les coupures de livraison enregistrées en 2006 et 2009, en plein hiver, suite à des différends avec l'Ukraine tendent à prouver le contraire.

Le gaz fourni par GAZPROM aux pays de l'Union européenne transite aujourd'hui à 80% par l'Ukraine et à 20% par la Biélorussie.

Fin 2008, un accord tarifaire est trouvé pour les livraisons de gaz à la Biélorussie, pays "frère" de la Russie : les gazoducs alimentant l'Union européenne ne sont donc pas perturbés.

Différends entre GAZPROM et la compagnie ukrainienne NAFTOGAZ



L'accord tarifaire ne peut être trouvé avec la compagnie ukrainienne NAFTOGAZ et des perturbations apparaissent dans la livraison de gaz à l'Europe. Les représentants de GAZPROM et de NAFTOGAZ entament séparément une tournée des capitales européennes afin d'expliquer leurs positions respectives. Les uns accusant les autres de "voler" le gaz destiné à l'Europe, les autres accusant les uns de "couper" volontairement l'approvisionnement destiné à l'Europe.

Le différend commercial entre la compagnie russe et sa consoeur ukrainienne, apparu une première fois et résolu en 2006, est ainsi renouvelé en janvier 2009. Il tient à plusieurs facteurs

- l'alignement souhaité par GAZPROM du prix de livraison du gaz aux cours mondiaux, puisque l'Ukraine n'est plus un pays "frère" pour la Russie (1),

- la difficulté que rencontre l'Ukraine a bouclé son budget, le remboursement de la dette pesant et la hausse des coûts aggravant la situation.

Différend politique entre la Russie et l'Ukraine



Il est par ailleurs troublant de constater que ces différends commerciaux sont apparus en 2006 et 2008 en période électorale ukrainienne (2), comme pour donner un avertissement aux partisans ukrainiens de l'intégration à l'OTAN et à l'Union européenne.

Les dirigeants et l'opinion publique russes semblent continuer à penser que l'Ukraine fait partie de son "Etranger proche" et que rien ne peut y être décidé sans l'aval du Kremlin (3).

Les pays de l'Union européenne pris en otage



Le conflit russo-ukrainien touche différemment les pays de l'Union européenne. Certains pays dépendent à 100% du gaz russe comme la Lettonie, la Slovaquie, la Finlande et la Bulgarie, d'autres à plus de 80% comme la Lituanie et la République tchèque, d'autres à plus de 50% comme la Grèce, l'Autriche, la Hongrie et la Pologne, enfin les derniers sont dans une situation plus favorable Allemagne (40%), Italie (30%), Roumanie et France (un peu plus de 20%). Certains pays disposent de réserves pour quelques jours, d'autres pour plusieurs mois.

Des pressions multiples sont exercées sur les pays de l'Union européenne, avec des arrières pensées politiques :

- pour les uns, "vous voyez bien que l'Ukraine n'est pas un Etat viable et qu'il ne peut honorer ses engagements", d'où la nécessité de construire avec la Russie de nouveaux gazoducs contournant les pays à difficultés,

- pour les autres, "vous voyez bien que le fournisseur GAZPROM n'est pas fiable et est au service des intérêts politiques russes", d'où la nécessité de diversifier les sources d'approvisionnement en gaz et de contourner la Russie.

Absence de stratégie énergétique pour l'Union européenne



Les pays de l'Union européenne paient leurs divisions dans ce domaine comme dans d'autres.

Au début des années 2000, Vladimir Poutine a réussi à convaincre Gerhard Schröder et Silvio Berlusconi de traiter unilatéralement avec lui des questions de livraison de gaz. Ainsi, au nord de l'Europe, vers l'Allemagne, le contournement des pays baltes et de la Pologne s'effectuera en 2011 par la mer Baltique (gazoduc

Nord Stream

). Au sud de l'Europe, vers l'Italie, le contournement du Caucase du Sud et de l'Ukraine, s'effectuera en 2013 par le Caucase du Nord, la mer Noire, la Bulgarie et la Serbie (gazoduc

South Stream

).

Il a rendu difficile l'avancée de toute stratégie énergétique européenne et retardé la diversification des sources d'approvisionnement de gaz, souhaitée par les pays les plus à l'Est de l'Union européenne, et qui aurait mis la Russie en concurrence frontale.

Le gazoduc européen,

Nabucco

, alimenté par le gaz de la mer Caspienne, transitant par le Caucase du Sud et la Turquie, reste encore hypothétique et sa date de mise en service n'est pas connue.

*

Qu'il soit ou non un fournisseur fiable, que la chute des cours s'accentue avec la crise économique mondiale, que ses réserves de gaz naturel s'épuisent plus vite que prévu, il reste néanmoins de belles années à GAZPROM pour faire la pluie et le beau temps dans le domaine de l'approvisionnement de l'Europe orientale, de l'Europe centrale et de l'Europe occidentale.

GAZPROM reste un bel outil stratégique à la disposition de l'Etat russe.

Notes

:

(1) GAZPROM accordait à l'ukrainien NAFTOGAZ un tarif préférentiel de 179,50 dollars les 1 000 m3. En décembre 2008, il propose un prix de vente de 235 dollars, prix accepté par NAFTOGAZ à la condition que la redevance de transit par l'Ukraine du gaz européen soit relevée : la transaction est refusée par la partie russe. GAZPROM annonce unilatéralement que les 1 000 m3 de gaz seront vendus à NAFTOGAZ à 418 dollars.

(2) Dans son numéro du 23 décembre 2008, le journal officiel du gouvernement russe, Rossïskaïa Gazeta, est allé jusqu'à encourager une ethnie ukrainienne, les Ruthènes, à demander leur indépendance et à prendre possesion des gazoducs.

(3) Il convient également de ne pas sous-estimer les intérêts privés qui se cachent derrière ces opérations et qui bénéficient du monopole des transactions gazières entre la Russie et l'Ukraine. Selon le journal Le Monde du 9 janvier, ils seraient regroupés dans "une structure suisse composée à 50% de représentants de GAZPROM (elle même appartenant à 49,9% à des oligarques russes proches du pouvoir de Moscou) et à 50% d'oligarques ukrainiens proches du pouvoir de Kiev, les bénéfices échappant à toute imposition. Ils détiennent une partie de la solution : entre le prix initialement proposé par GAZPROM et refusé par NAFTOGAZ, 235 dollars pour 1 000 m3, et le prix "définitif" arrêté par GAZPROM, 418 dollars, les marges qui leur reviendraient doubleraient presque !

Voir aussi

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