Caucase du Nord : une mosaïque de peuples
2012-04-12

Le Caucase du Nord est habité par une quarantaine de peuples aux cultures et aux langues différentes. Les uns forment un groupe unique, {la famille nord - caucasienne} : leurs présences remontent à plusieurs millénaires, bien avant l'ère chrétienne. Les autres appartiennent à {la famille altaïque}, venue d'Asie. Enfin, deux peuples, venus à l'ère chrétienne, appartiennent à {la famille indo - européenne}. Malgré la difficile conquête engagée par la Russie à la fin du XVIIIème siècle et les russifications qui s'en sont suivies, leurs identités ne se sont pas perdues.

La mosaïque des peuples du Caucase du Nord se résume, aujourd'hui, schématiquement,

A) à l'Ouest, aux peuples issus des anciens Adyghés, de la

famille nord - caucasienne

:

- les

Adyghéens

(130 000 personnes, 90 000 pour d'autres sources). Ils partagent la république d'Adyghée avec une population d''ethnie russe, auprès de laquelle ils sont minoritaires.

- les

Tcherkesses

(55 000 personnes) (1). Depuis l'époque soviétique, ils partagent la république de Karatchaevo - Tcherkessie avec des populations d'ethnies karatchaï et russe, auprès desquelles ils sont minoritaires.

- les

Kabardes

(450 000 personnes). Depuis l'époque soviétique, ils partagent la république de Kabardino - Balkarie avec des populations d'ethnies balkare et russe.

Les anciens Adyghés habitaient une région appelée Circassie durant l'Antiquité et le Moyen-Âge (partie occidentale du versant Nord du Caucase, jusqu'à la mer Noire et limitée par le Daghestan), aussi les Adyghéens sont parfois nommés Circassiens occidentaux, les Tcherkesses Circassiens, les Kabardes Circassiens orientaux.

Le mot "Tcherkesses" recouvrent souvent, par extension, les Adyghéens, les Tcherkesses et les Kabardes.

S'il reste un peu plus de 600 000 Adyghés au Caucase du Nord, leur population est évaluée à 2 millions en Fédération de Russie et à 5 millions dans le monde (Turquie, Bulgarie, Macédoine, Jordanie, Syrie, Liban, Egypte, Libye, Etats-Unis et Israël)
.

Il convient de signaler le cas particulier des

Abkhazes

, eux aussi issus de la région de Circassie, bien qu'habitant le Caucase du Sud (2).

B) à l'Ouest, aux peuples issus des anciens Kiptchaks, appelés aussi Tatars, de la

famille altaïque

:

- les

Karatchaïs

(100 000 personnes), à l'Ouest de l'Elbrouz. Depuis l'époque soviétique, ils partagent la république de Karatchaevo - Tcherkessie avec des populations d'ethnies tcherkesse et russe.

- les

Balkars

(70 000 personnes), à l'Est de l'Elbrouz. Depuis l'époque soviétique, ils partagent la république de Kabardino - Balkarie avec des populations d'ethnies kabarde et russe.

C) au centre, un peuple de la

famille indo-européenne

:

- les

Ossètes

résidant dans le Caucase du Nord depuis le début de l'ère chrétienne. Ils habitent la république d'Ossétie du Nord appartenant à la Fédération de Russie (450 000 personnes), mais aussi dans le Caucase du Sud pour moins de 10% d'entre eux (3).

Dès 1750, les Ossètes ont recherché une alliance avec la Russie : elle fut effective en 1774. Depuis cette époque, Vladikavkaz -un temps disputé aux Ingouches- sert de point d'appui russe dans le Caucase.

Les Ossètes sont de religion chrétienne orthodoxe, avec une minorité musulmane.

D) à l'Est, aux peuples issus des anciens Misdjeghi, appelés Gargares sous l'Antiquité, descendants des Vaïnakhs du début de l'ère chrétienne, de la

famille nord - caucasienne

:

- les

Ingouches

(environ 300 000 personnes), Galgaï en ingouche. Ils habitent la république d'Ingouchie et celle de Tchétchénie.

- les

Tchétchènes

(environ 1 million de personnes), Nakhtcho en tchétchène. Ils habitent non seulement la république de Tchétchénie, mais aussi celles de l'Ingouchie et du Daghestan, ainsi que le Territoire de Stavropol. Les Kists (5 000), apparentés aux Tchétchènes, habitent la Géorgie.

E) à l'Est, aux peuples du haut Daghestan, de la

famille nord - caucasienne

:

- les

Avars

(750 000 personnes) dont une partie au delà de la frontière azerbaïdjanaise,

- les

Darguins

(425 000 personnes),

- les

Lezghins

(335 000 personnes) dont une partie au delà de la frontière azerbaïdjnaise (4),

- les

Laks

(140 000 personnes) (5),

- les

Tabassarans

(110 000 personnes),

- les

Routouls

(25 000 personnes),

- les

Agouls

(25 000 personnes),

- les

Tsakhours

(10 000 personnes) dont une partie au delà de la frontière azerbaïdjanaise.

Ces peuples sont souvent composés de branches différentes, les tribus, qui ont conservé leurs différenciations au cours des âges grâce à leur isolement dans les montagnes ; ainsi pour les Avars, une quinzaine de tribus sont dénombrées.

F) à l'Est, aux peuples du haut-Daghestan, de la

famille altaïque

:

- les

Koumyks

(365 000 personnes),

- les

Azéris

(110 000 personnes),

- les

Nogaïs

(38 000 personnes) appelés aussi Tatars.

La conquête russe


La conquête du Caucase du Nord par l'Empire russe commence à la fin du XVIIIéme siècle pour se terminer à la fin du XIXème siècle, non sans résistances. Une forte émigration, volontaire ou contrainte, vers l'Empire ottoman touche les peuples musulmans.

Après la révolution de 1917, une Union des Montagnards du Caucase se constitue sur la base d'un islamisme modéré et proclame son indépendance le 11 mai 1918 avec le soutien de la Turquie.

La perte des territoires de l'ex-Empire russe ne convient ni aux Armées blanches pro-tsaristes, ni à l'Armée rouge de la Russie soviétique. Cette dernière engage la reconquête militaire du Caucase du Nord dans les années 20, des révoltes éclatent jusque dans les années 30.

L'avancée éphémère de l'Armée allemande en 1942 et la collaboration nord-caucasienne, supposée ou réelle, donnent le prétexte à Moscou de déportations de peuples entiers vers l'Asie centrale (Balkars, Karatchaïs, Ingouches et Tchétchènes). Deux décennies plus tard, les survivants effectueront le retour sur leurs terres natales.

Avec la chute de l'URSS, la réaffirmation des identités nationales resurgit. Des guerres se déclenchent, soit contre l'armée russe comme en Tchétchénie (1994 et 1999), soit entre républiques : en 1992 les milices ossètes massacrent des populations ingouches, sans que l'armée russe n'intervienne, et entraînent une exode de population vers l'Ingouchie.

Depuis, malgré un dispositif sécuritaire renforcé (forces militaires, forces spéciales et nomination centralisée des "gouverneurs"), les autorités russes contrôlent difficilement cette région. Les attentats, les attaques de militaires et de policiers, les exécutions de personnalités compromises continuent à se multiplier. L'exemplarité de la "normalisation" tchétchène ne semble pas dissuader ces mouvements qualifiés de "terrorisme" par les uns, de "combat religieux" par les autres : ils se développent sur le sentiment d'une persécution exercée depuis deux siècles, aidés en ce sens par des extrémismes extérieurs.

Les différentes phases de la conquête russe, au XIX éme siècle, voire au XXème siècle, ont été accompagnées d'implantation de populations d'ethnie russe (6), donc de la

famille indo - européenne

, dont la cohabitation avec les ethnies nord - caucasiennes ne fut pas toujours aisée.

Les religions


A l'exception des Ossètes, tous ces peuples sont généralement de religion musulmane, sunnite, plus rarement chiite. Certains d'entre eux furent christianisés, mais en réaction à la conquête russe ils se tournèrent vers l'islam.

*

Notes

:

(1) Dans différentes langues du Caucase, la "tcherkeska" désigne l'habit traditionnel porté par les hommes partant à la guerre, avec des cartouchières sur la poitrine.

(2) Le cas particulier des

Abkhazes

(moins de 100 000 personnes) est à considérer. Bien qu'habitant le Caucase du Sud, en bordure de la mer Noire, ils se sont souvent tournés vers "Les Peuples du Nord" auxquels ils sont apparentés par la langue : l'abkhaze, l'adyghé et l'oubykh appartiennent au même groupe de langues nord - caucasiennes. Les Abkhazes étaient généralement de religion musulmane. Lors de la conquête russe, ils émigrèrent, volontairement ou contraints, à 80% vers la Turquie.

(3) Entre 30 et 40 000 Ossètes habitent l'Ossétie du Sud, république sécessionniste de Géorgie.

(4) et (5) Dans différentes langues du Caucase, la "lezghinka" et le "lekouri" désignent des danses traditionnelles, l'une dansée -avec rythme- par les hommes en bottes de cuir, l'autre dansée -avec romantisme- par un homme et une femme dans une sorte de parade amoureuse.

(6) L'implantation de populations d'ethnie russe dans le Caucase du Nord fut souvent précédée de l'implantation de populations cosaques, tant à l'époque de l'Empire russe qu'à celle de l'U. R.S.S. : elles avaient pour mission la défense des frontières. L'origine ethnique des Cosaques est incertaine, de la

famille altaïque

pour certains (hordes semi-nomades qui courraient ces régions au Moyen-Âge), de la

famille indo-européenne

pour d'autres (serfs slaves échappés de leur condition).

*

Sources multiples dont
- les différents ouvrages de Georges Charachidzé sur le Caucase,
- le livre "Les Caucasiens" d'Alexandre Grigoriantz,
- les sites Internet en français dits "circassiens"
[URL : http://tcherkesse.free.fr/], [URL : http://www.nart-france.com/]


Voir aussi



- [URL : 2707]

- [URL : 2708]

- [URL : 2709]

- [URL : 2646]

- [URL : 2710]

- [URL : 2711]

- [URL : 2712]