Géorgie : un budget 2009 à priorité sociale
2012-11-05

En plein essor depuis la Révolution des Roses fin 2003, "{touchée mais non coulée}" par la guerre d'août 2008, l'économie géorgienne résistera-t-elle à la crise mondiale ? En tout cas, le gouvernement a bâti un budget 2009 à la baisse, marqué par la priorité sociale.

Il était difficile pour le ministre des Finances, Nika Guilaouri, de présenter fin 2008 devant le Parlement un budget s'inscrivant dans la continuité des précédents et privilégiant l'entreprise et la Défense nationale. Le même Nika Guilaouri ne se doutait pas que quelques semaines plus tard, il en assumerait la responsabilité au poste de Premier ministre.

Les prévisions de la Banque mondiale



La Banque mondiale prévoit pour la Géorgie en 2009 une croissance ramenée à 3,5%, une inflation à 8%, un taux de chômage atteignant 20%, un déficit budgétaire dépassant les 20% et des investissements étrangers se limitant à 1,2 milliard de dollars.

Les prévisions du gouvernement géorgien



Le gouvernement géorgien table en 2009 sur la relance de la consommation par une baisse des impôts sur les revenus de 25 à 20% et sur celle de l'économie par une baisse des impôts sur le profit des sociétés de 15 à 10%. Ces dispositions ramèneraient la croissance entre 2 et 4%, l'inflation entre 7 et 8%.

Le budget 2009



Il est basé sur des recettes en légère diminution et des dépenses en forte diminution, près d'un milliard de lari (monnaie nationale géorgienne qui vaut environ 0,47 euro et 0,58 dollar).

Les recettes, qui étaient de 5 445 millions de lari en 2008, passent à 5 230 millions. Elles sont constituées de 2 389 millions de TVA, de 1 153 millions d'impôts sur les revenus, de 601 millions d'impôts sur les sociétés, de 588 millions de contributions indirectes, de 125 millions d'aides d'organisations internationales et de 125 millions d'aide de gouvernements étrangers.

Les dépenses, qui étaient de 7 200 millions en 2008, passent à 6 272 millions :

- le ministère du Travail, de la santé et de la protection sociale voient son budget augmenter de 1 317 à 1 494 millions ( 777 à 858 pour les pensions, 215 à 256 pour la santé),

- les Finances voient leur budget diminuer de 1 899 à 1 362 millions,

- la Défense voit son budget diminuer de 1 545 à 950 millions,

- l'Intérieur (dont la police des frontières) voit son budget augmenter de 560 à 740 millions,

- l'Education et la science voient leur budget augmenter de 467 à 525 millions,

- le Développement économique voit son budget augmenter de 391 à 587 millions (dont 518 pour les infrastructures routières),

- les budgets territoriaux diminuent de 444 à 395 millions,

- le ministère des Prisons et de la probation voit son budget augmenter de 98 à 114 millions,

- l'Agriculture conserve un budget stable, 87 millions en 2009, pour 86 millions en 2008,

- la Culture, la protection du patrimoine et les sports voient leur budget augmenter de 77 à 86 millions,

- les Affaires étrangères voient leur budget augmenter de 57 à 70 millions,

- la Justice voit son budget augmenter de 49 à 58 millions,

- l'Energie voit son budget diminuer de 120 à 40 millions,

- la Protection de l'environnement conserve un budget stable, 37 millions en 2009, pour 38 millions en 2008,

- le ministère des Réfugiés et du logement voit son budget diminuer de 96 à 30 millions,

- les ministères d'Etat aux Régions, à la réintégration, à l'Intégration euro-atlantique et aux Diasporas conservent des budgets stables entre 1 et 2 millions chaque.

Les dotations évoluent de la façon suivante

- Parlement à la hausse, de 38 à 43 millions,

- Fonds présidentiels 25 millions,

- Fonds gouvernementaux 25 millions,

- Patriarcat (Eglise orthodoxe de Géorgie) à la hausse, de 9 à 25 millions,

- Télévision publique à la hausse, 20 à 25 millions,

- Administration présidentielle à la baisse, de 21 à 16 millions,

- Administration de l'Ossétie du Sud à la baisse, de 19 à 10 millions,

- Commission centrale des élections à la baisse, de 47 à 8 millions dont 4 millions d'aides aux partis politiques,

- Ombudsman, 2 millions.

Les priorités sociales



La population géorgienne vivant sous le seuil de pauvreté est estimée à 900 000 personnes par les autorités : différents mécanismes conduiront en 2009 à attribuer mensuellement 36 laris à 400 000 personnes, 24 lari à 200 000 autres et 18 lari à 300 000 personnes.

La population au chômage (prévision de l'ordre de 350 000 personnes pour une population active de 1 704 300 personnes) bénéficiera de nouvelles dispositions.

La couverture santé devrait être améliorée par un recours à des compagnies d'assurance privée et par une contribution des pouvoirs publics.

Les pensions seront agmentées, mais n'atteindront pas en 2009 le seuil psychologique des 100 lari par mois, comme il l'avait été promis lors des campagnes présidentielles et législatives de début 2008.

Analyse



Si le budget 2009 du gouvernement géorgien fait encore la part belle aux entreprises avec une diminution de l'impôt sur le bénéfice des sociétés, la composante sociale est incontestablement prise en compte. L'est-elle suffisamment ?

Les coups de semonce donné à Mikheil Saakachvili en novembre 2007 lors des manifestations de plusieurs semaines et en janvier 2008 lors de sa rééléction avec un score à minima, montrent qu'une partie de la population géorgienne est en attente. Les initiatives politiques d'opposition de ses anciens collaborateurs se multiplient chaque jour (anciens ministres, ancien Premier ministre, ancienne présidente du Parlement, ancien ambassadeur aux Nations Unies, ...).

Il n'est pas certain qu'un autre gouvernement aurait pu élaborer un budget 2009 très différent. L'équilibre entre "othodoxie budgétaire" et "réponse à la demande interne" limite la liberté de manoeuvre.

Malgré une dette extérieure conséquente de 2,69 milliards de dollars, les institutions internationales (Banque mondiale, Fonds monétaire international, Banque européenne de Reconstruction et de Développement, Banque Européenne d'Investissement, ...) continuent à faire confiance à la Géorgie, injectent des capitaux dans la plupart de ses banques et croient à des jours meilleurs pour son économie.

Il n'est pas certain que les acteurs de la Révolution des Roses de novembre 2003, qu'ils aient été jeunes diplômés d'universités américaines ou Géorgiens de Kakhétie, imaginaient un chemin aussi long avant d'en toucher les dividendes.