Géorgie et URSS : Lavrenti Béria (1899 -1953), homme d'Etat
2013-04-02

Lavrenti Béria est né à Merkheuli, en Abkhazie, le 29 mars 1899 dans une famille d'origine mingélienne (Nord Ouest de la Géorgie).

Il fait ses études à Soukhoumi dans un lycée russe, puis rejoint Bakou en Azerbaïdjan pour y suivre une formation d'ingénieur dans un Institut privé.

Les débuts dans la police secrète, à 20 ans, en Transcaucasie



En 1917, il rejoint la fraction bolchévique du Parti social démocrate, prônant la dictature du prolétariat et le parti unique. En 1918, après la chute de la Commune bolchevique de Bakou, il reste en Azerbaîdjan : il fait ses armes contre le parti nationaliste azerbaïdjanais Moussavat dans un contexte de bouleversement permanent, occupation turque, occupation britannique, occupation turque à nouveau et entrée des armées de la Russie soviétique. Il reconnaît à la Grande-Bretagne le professionnalisme de ses services de renseignements : d'aucuns affirment même qu'il y aurait participé, d'autres lui attribuent une collaboration avec les services secrets du Moussavat.

Son premier protecteur est Sergueï Ordjonikidzé, chargé par la Russie soviétique de reconquérir la Transcaucasie : il est recruté pour l'action clandestine bolchevique en 1919.

En 1921, il rejoint la"

Tchéka

", police politique bolchevique, et est chargé de diriger les opérations secrètes en Azerbaïdjan, puis en Géorgie. En 1922, il est adjoint du responsable pour la Géorgie de la "

Guépéou

" qui a absorbé la "

Tchéka

". En 1924, après le soulèvement national géorgien contre l'occupation soviétique, la répression est terrible : tortures, exécutions sommaires (de 7 à 12 000 selon les estimations), déportations (plus de 20 000 cas recensés).

En 1926, il est nommé à la tête de la "

Guépéou

" pour la Géorgie. En 1931, il devient premier secrétaire du Parti communiste de Géorgie. En 1932, il étend son périmètre de responsabilité à la Transcaucasie (Arménie, Azerbaïdjan et Géorgie).

L'organisateur de la terreur en Union soviétique



En 1934, son nouveau protecteur, Staline, le fait nommer membre du Comité central du Parti communiste d'Union soviétique. En 1938, il devient l'adjoint du responsable du "

NKVD

", la police de l'Union soviétique qui a succédé à la "

Guépèou

", puis responsable en titre.

Il fait immédiatement arrêter, emprisonner et fusiller son prédécesseur tout comme ses prédécesseurs l'avaient fait avant lui, Nikolaï Iejov (1895-1940) avec Guenrikh Iagoda (1891-1938), ce dernier avec Viatcheslav Menjinski (1874-1934). Les purges staliniennes sont poursuivies, ainsi que les emprisonnements, les tortures, les exécutions et les déportations dans des conditions effroyables, pires que celles de la police des tsars, l'"Okrana", pourtant réputée pour sa cruauté.

Après le pacte germano - soviétique et l'annexion de la Finlande, de la Moldavie, des pays baltes et de la Pologne par l'URSS, il y planifie des déportations de masse vers les camps de Sibérie, le "

Goulag

" qu'il réorganise.

Après l'opération Barbarossa de l'Allemagne nazie contre l'URSS, il fait planifier au "

NKVD

" la déportation de plusieurs peuples du Caucase du Nord, accusés de collaboration avec l'ennemi. Il lui est également attribué le massacre de 25 000 officiers polonais, à Katyn, opération relevant du crime de guerre.

Il joue également un rôle à l'extérieur de l'URSS, tout d'abord avec ses réseaux de renseignement en Turquie et en France, puis en Espagne, en Grande-Bretagne et aux Etats-Unis, parfois initiés auprès d'émigrés politiques, parfois auprès d'idéalistes et souvent par des méthodes plus classiques. Il centralise le renseignement, en particulier sur la recherche atomique, à partir d'abord de la France, puis de la Grande-Bretagne et de l'Allemagne, et enfin des Etats-Unis.

En 1945, la coordination du projet soviétique lui est confiée : la première bombe atomique soviétique explose en 1949, la première bombe à hydrogème en 1951.

Après la guerre, il est nommé vice-président du conseil des ministres, avec la responsabilité du complexe militaro-industriel : il garde néanmoins le contrôle de ses réseaux de renseignement et représente un danger permanent pour nombre de ses pairs.

En 1952, Staline aurait monté l'affaire du "complot des blouses blanches", -médecins juifs supposés être des espions américains et britanniques, cherchant à attenter à sa vie-, afin d'éliminer Lavrenti Béria : ce dernier déjoue le piège.

La mort, encore mystérieuse



La mort du dictateur soviétique, le 5 mars 1953, le sauve un temps : il prononce son éloge funébre sur la Place rouge, avec Malenkov et Molotov à ses côtés.

Il est ensuite reconduit au poste de vice-premier ministre dans le gouvernement de Malenkov, cette fois chargé de l'Intérieur. Des positions politiques inattendues lui sont attribuées, le desserrement de l'étau refermé depuis des décennies en particulier. Les autres dirigeants soviétiques craignent trop son "pouvoir occulte". Lors d'une séance du Politburo, le 26 juin 1953, le maréchal Joukov l'aurait arrêté, pistolet au poing, sur ordre de Khroutchev : il aurait été jugé et exécuté le 23 décembre.

Selon son fils, il aurait été assassiné le 26 juin 1953 dans sa datcha : l'arrestation, le jugement et l'éxécution, organisés pour l'opinion publique internationale, n'auraient été qu'un simulacre.

L'homme



Il a épousé une Géorgienne, Nina Guéguétchkori, orpheline de père. et élevée par ses oncles Evguéni Guéguétchkori (devenu ministre des Affaires étrangères du gouvernement social-démocrate de Géorgie, de 1919 à 1921) et Sacha Guéguétchkori (devenu ministre de l'Intérieur et vice-président du gouvernement bolchevique de Géorgie, de 1921 à 1922) : ils ont eu un fils en 1924, Sergueï.

L'existence de personnalités sociales-démocrates dans la famille de sa femme, exilées en France, contribue souvent à étayer l'hypothèse qu'il ait pu faire infiltrer l'émigration politique géorgienne dans les années 30 et 40.

Façonné par son implication dans le renseignement et le contre-espionnage dès l'âge de vingt ans, doté d'une capacité de "survie" exceptionnelle dans un univers stalinien où les dénonciations étaient quotidiennes, ayant même résisté aux intentions d'élimination de la part d'un Staline vieillissant, Lavrenti Béria laisse une image attachée à la terreur bolchévique : il n'aurait pas hésité à pratiquer lui-même les interrogatoires et les exécutions sommaires, ainsi qu'â accentuer les mesures de déportation -souvent suivies de mort- de millions de personnes, si ce n'est de dizaines de millions de personnes.

Ce n'est évidemment pas l'image que souhaite en donner son fils, attribuant à son père un rôle modérateur des excès du stalinisme.

Sources multiples

dont "Beria mon père. Au coeur du pouvoir stalinien" par Sergo Beria, traduit par Françoise Thom, Edition Plon / Criterion, Paris 1999, ISBN 978-2259-19016-9
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Voir aussi

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