Arménie, Azerbaïdjan, Biélorussie, Géorgie, Moldavie, Ukraine et Union européenne (mai 2009)
2013-12-01

Le 7 mai 2009, à Prague, la présidence de l'Union européenne convie six pays de l'ex-bloc communiste, l'Arménie, l'Azerbaïdjan, la Biélorussie, la Géorgie, la Moldavie et l'Ukraine, afin d'engager une démarche de "partenariat oriental".

(1)

Initiée par la Pologne et la Suède en 2008, présentée par la Commission européenne devant le Parlement européen en décembre 2008 et validée par le Conseil européen en mars 2009, cette démarche s'inscrit dans le cadre de la "Politique européenne de voisinage" décidée au début des années 2000.

Les interrogations internes à l'Union européenne



Après le rejet du projet de Constitution européenne par la France et les Pays-Bas, après les difficultés rencontrées pour la ratification du traité de Lisbonne par certains pays membres (en particulier l'Irlande et la République tchèque) et devant l'impopularité des institutions européennes soulignée par de récents sondages, toute disposition qui ressemblerait de près ou de loin à une approche d'élargissement compromettrait la participation aux élections parlementaires européennes de juin 2009.

Les milliards d'euros (ou leur équivalent) engagés dans les années 1990 par l'Union européenne auprès des pays de l'Est (1 milliard d'euros de 1992 à 2002 pour le seul Caucase du Sud) (2), les centaines de millions d'euros engagés après 1999 dans le cadre "des Accords de Partenariat et de Coopération" avec ces mêmes pays et ceux engagés après 2007 dans le cadre de la "Politique européenne de voisinage" peuvent poser question.

Ces financements auraient pu trouver une partie de leur justification dans le cadre d'une stratégie européenne énergétique, les pays concernés produisant du pétrole ou du gaz, ou servant de transit. Pourtant l'Allemagne et l'Italie ont préféré traiter directement avec la Russie pour leur approvisionnement en gaz. L'Allemagne a également traité directement avec la Russie dans le domaine du nucléaire, après que la France eut confirmé qu'elle jouait cavalier seul.

Ils auraient pu servir à fixer les populations par le développement et à limiter les flux migratoires économiques. Pourtant la France est redevenue en 2008 le premier pays européen en termes de demandes d'asile, avec une augmentation très sensible en provenance de l'Est européen.

Ils auraient pu servir à développer la démocratie et une meilleure gouvernance. Pourtant, hormis les pays déjà intégrés à l'Union européenne, seule la Géorgie a pu être classée sur la liste des pays d'origine de demandeurs d'asile sûrs : Arménie, Azerbaïdjan, Biélorussie, Moldavie et Ukraine en ont été exclus.

Ils auraient pu servir à renforcer la stabilité aux frontières de l'Union européenne. Pourtant la guerre russo-géorgienne d'août 2008 a démontré le contraire.

Reste la question de la sécurité : à défaut de défense européenne, l'Union n'a-t-elle pas intérêt à attirer les "Etats tampons" qui la séparent de la Fédération de Russie ?

Les pays concernés



L'

Arménie

, enclavée entre Azerbaïdjan avec lequel elle est toujours officiellement en guerre, l'Iran imprévisible, la Turquie ennemi héréditaire depuis le génocide de 1915 et la Géorgie, vit du support de la Russie et des diasporas arméniennes dans le monde. Les dernières élections présidentielles -contestées- ont donné lieu à la proclamation de l'état d'urgence et à la mort de manifestants. La démocratie y progresse difficilement.

L'

Azerbaïdjan

, qui a perdu sa province du Haut Karabagh au profit de l'Arménie, bénéficie de vastes réserves d'hydrocarbures en mer Caspienne : elles intéressent la Russie, les Etats-Unis et l'Union européenne. La Géorgie et la Turquie, pays de transit des oléoducs et des gazoducs, constituent des alliés privilégiés. La Constitution azerbaïdjanaise a récemment été modifiée afin de permettre au président de briguer un troisième mandat : il a succédé à son père, qui avait lui-même rempli deux mandats. La démocratie n'y progresse pas.

La

Biélorussie

vit du support de la Russie, avec laquelle elle a des accords économiques et militaires. Le pouvoir en place est particulièrement autoritaire ; l'opposition politique est pourchassée et enfermée ; la liberté de la presse n'existe pas. L'Union européenne a frappé de sanctions les hauts dignitaires biélorusses. La démocratie n'y progresse pas.

La

Moldavie

s'est tournée tour à tour vers Moscou et vers Bruxelles : le Parti communiste, récemment réélu au pouvoir, n'a pas échappé à cette évolution. Enclavés entre la Roumanie, dont ils disent redouter les vélléités d'annexion, et l'Ukraine, dont ils sont séparés par leur province russophone de Transnistrie -occupée par l'armée russe-, les Moldaves souhaiteraient bénéficier de l'apport de l'Union européenne sur le plan économique et du retrait russe. La Moldavie est certainement l'un des pays les plus pauvres d'Europe. La démocratie y progresse difficilement.

La

Géorgie

a perdu -un peu plus- ses provinces d'Abkhazie et d'Ossétie du Sud, qui se sont placées sous protectorat russe en août 2008. Si la situation économique des Géorgiens s'est améliorée en 5 ans, les attentes suscitées par la Révolution des Roses étaient fortes. Le pouvoir politique en place n'est pas exempt de critiques : la liberté de la presse a régressé fin 2007 après une embellie de 3 ans. Il n'en reste pas moins vrai que la démocratie y a progressé, que la Géorgie est le seul des 6 pays concernés à afficher la recherche d'un modèle de démocratie à l'occidentale, majorité et oppositions confondues.

L'

Ukraine

est en proie à une série de fractures, alliance rivale d'un Président et d'une premier ministre, Ouest du pays pro-occidental / Est du pays russophile, économie libéralisée / dépendance russe, aspiration des dirigeants à rejoindre l'OTAN / prudence des Ukrainiens. Si la situation économique s'est améliorée ces dernières années, les attentes suscitées par la Révolution Orange étaient fortes. La situation du pays, financière, économique et politique, reste instable. Il n'en reste pas moins vrai que la démocratie y a progressé.

Qu'attendre du partenariat oriental ?



Face à ses contradictions internes, l'Union européenne est dans une position ambigüe. Elle affiche ne pas vouloir encercler la Russie, et à défaut de politique européenne de défense, la plupart de ses membres remettent leur sécurité entre les mains de l'OTAN.

Les Etats-Unis ne sont pas très loin : ils encouragent avec le partenariat oriental, une évolution de l'Union européenne vers une vaste zone de libre échange, de l'Atlantique à la frontière russe, qui susciterait de nouvelles demandes d'adhésion à l'OTAN.

La réponse de la Russie est connue : elle ne décourage pas les aides et les accords économiques de l'Union européenne à ses frontières. Par contre, elle ne tolérera pas le moindre élargissement supplémentaire de l'OTAN.

L'Arménie cherche à se désenclaver. Elle cherche également à obtenir une plus grande liberté de circulation de ses citoyens en Europe, où résident d'importantes diasporas arméniennes.

L'Azerbaïdjan a besoin de clients acheteurs d'hydrocarbures : ils sont à l'Ouest.

La Biélorussie cherche une autre image sur la scène internationale.

La Géorgie entrevoit une possibilité d'accélérer le processus d'adhésion à l'Union européenne, et à l'OTAN.

La Moldavie a un besoin pressant d'aide économique : l'implantation de diasporas moldaves dans les pays européens lui fournirait un apport en devises.

L'Ukraine a besoin d'aide politique pour contenir les forces centripètes qui la traversent : elle entrevoit elle aussi une possibilité d'accélérer le processus d'adhésion à l'Union européenne, et à l'OTAN.

*

Six cent millions d'euros devraient être consacrés par l'Union européenne, sur quatre années, au partenariat oriental. Après la République tchèque, la Suède souhaite en faire l'action prioritaire de sa présidence européenne.

Curieusement, la Russie ne serait pas concernée. A moins que le partenariat oriental ne concerne que la seule Russie, dans "son Etranger proche pour lequel rien ne se décide sans l'avis de Moscou" (3).

Notes

:

- (1) [URL : 2834]

- (2) [URL : 2271]

- (3) Propos d'Hervé Morin, ministre français de la Défense, en 2008, concernant l'adhésion de la Géorgie et de l'Ukraine à l'OTAN.