L'Empire russe et les Géorgiens (1801 - 1917)
2009-07-01

Le décret d'annexion de la Géorgie signé le 22 décembre 1800 par le tsar Paul Ier ne signifie pas la conquête du pays par la Russie. Les différentes provinces et principautés résistent : la Kakhétie, la Kartlie et l'Imérétie jusqu'en 1813 (traité de Gvilistan avec l'Empire iranien), la Gourie jusqu'en 1829 (traité d'Andrinople avec l'Empire ottoman), la Samtskhé Djavakhétie jusqu'en 1834 (traité de Berlin en 1878), la Mingrélie et la Svanétie jusqu'en 1857, l'Abkhazie jusqu'en 1864

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En 1832 une conjuration prend naissance au sein de la noblesse géorgienne, elle a pour but de chasser les Russes de Géorgie : elle est éventée en décembre, ses membres sont exécutés ou déportés.

A partir des années 1860, les mouvements de pensée européens atteignent la Géorgie, principalement le réveil des nationalités et l'émancipation sociale. Ilia Tchavtchavadzé, Niko Nikoladzé et Egnaté Ninochvili les cristallisent dans leurs groupes de réflexion, "Pirvéli, Méoré et Messamé Dassi".

En 1861, le tsar Alexandre II décrète la libération des serfs. La noblesse géorgienne est divisée. Les uns, comme les princes Bagration - Moukhransky, Djambakouriani - Orbeliani, Eristavi, Tarkhani - Mouravi proposent d'accorder la liberté personnelle aux serfs et de faire dédommager les propriétaires terriens par des terres de la Couronne ou de l'Eglise. K. Mamatsachvili va même jusqu'à suggérer que les paysans deviennent propriétaires de leurs terres afin d'éviter la constitution d'un prolétariat. Les autres y sont franchement hostiles. La loi est promulguée le 8 novembre 1864 : la noblesse géorgienne reçoit un dédommagement financier pour chaque serf libéré et reste propriétaire de ses terres, les serfs libérés peuvent acquérir des terres grâce à un prêt de l'administration tsariste remboursable en 50 ans.

En 1865, les corporations (vivandiers, artisans, négociants) protestent contre la hausse des impôts et soulèvent Tiflis, capitale du Caucase forte de 70 000 habitants. Des morts et des blessés sont à déplorer, le maire de la ville est changé et les impôts incriminés révisés.

Les idées insuflées par les "Pirvéli, Méoré, Messamé Dassi" font leur chemin. La "connaissance", "ganatleba" est devenue la clé du progrès. Si les universités russes accueillaient 3 659 étudiants géorgiens en 1855, elles en accueillent 16 357 en 1900. L'alphabétisation en langue géorgienne est entreprise, en particulier grâce au "Deda Ena" d'Iakob Goguébachvili, manuel d'apprentissage destiné aux écoliers, Sous le couvert d'une presse littéraire, les premiéres feuilles politiques en langue géorgienne apparaissent en Géorgie (2) : Samson Pirtskhalava est l'un des nombreux journalistes qui s'y essaient.

En 1905, le mécontentement populaire est présent dans tout l'Empire russe, et plus particulièrement en Géorgie : les anciens serfs devenus paysans peinent à dépasser le stade de la subsistance, un prolétariat s'est peu à peu formé à partir de l'exode rural et est sensible aux discours des jeunes contestateurs, artistocrates ou non, souvent formés dans les universités russes. La révolte éclate dans l'ouest du pays, puis à Tiflis. La répression est sanglante dans toute la Russie. Le tsar Nicolas II est contraint de promettre l'élection d'une assemblée parlementaire siégeant à Saint Pétersbourg, la "Douma". La Géorgie élit ses représentants au même titre que les autre provinces.

Les Géorgiens dans les différentes Douma


A Saint Pétersbourg, les sociaux-démocrates géorgiens tentent d'animer une opposition parlementaire de type réformiste. Mal leur en prend, Noé Jordania, élu à la Ière Douma en 1906, doit fuir pour échapper à l'arrestation. Irakli Tsérétéli, élu à la 2ème Douma en 1907, connaît la déportation en Sibérie. Nicolas Cheïdzé, élu à la 3ème Douma également en 1907 et à la 4ème Douma en 1912, y échappe de peu.

L'opposition géorgienne au pouvoir tsariste à l'étranger


En 1914, naît à Berlin un Comité pour l'indépendance de la Géorgie : il avait été précédé, en 1910 à Genève et en 1908 à Constantinople, de comités semblables animés par des étudiants géorgiens. Mikheïl Tsérétéli (professeur associé à l'Université de Berlin) et les frères Kéressélidzé en sont les leaders. Ils préconisent l'indépendance de la Géorgie, avec l'aide de l'Empire allemand et de l'Empire ottoman : ils fondent une Légion géorgienne qui se bat aux côtés de l'armée ottomane ("ligne politique dite germanophile" selon certains observateurs de l'époque).

Les Géorgiens et la révolution de février 1918


En février 1917, Nicolas Cheïdzé est élu à la présidence du soviet de Petrograd (nouveau nom de Saint Pétersbourg depuis 1914), Irakli Tsérétéli à celle du soviet d'Irkoutsk (en Sibérie) et Noé Jordania à celle du soviet de Tiflis. Ils préconisent une Russie parlementaire, dans laquelle les nationalités s'exprimeraient et la justice sociale s'établirait ("ligne politique dite russophile").

Les Géorgiens et la révolution d'octobre 1918 à Petrograd


En octobre 1917, les bolcheviks Lénine et Trotski prennent le pouvoir. En janvier 1918, ils dissolvent l'Assemblée constituante fraîchement élue : la majorité ne leur était pas favorable. Nicolas Cheïdzé et Irakli Tsérétéli (revenu entre temps à Pétrograd pour occuper un poste de ministre dans le gouvernement provisoire) doivent fuir et gagnent leur Transcaucasie natale (2). Joseph Djougachvili, dit Staline, sera nommé Commissaire aux nationalités auprès de Lénine, entraînant dans son sillage Sergo Ordjonikidzé.

Notes

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(1) "Tsnobis Pourtskheli", la "Feuille d'Avis", est l'un des premiers journaux patriotiques en langue géorgienne apparu au début du XXème siècle.

(2) [URL : 2850]

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Sources multiples :

- [URL : 2468]

- "Tiflis entre Orient et modernité, le temps des ruptures" par Charles Urjewicz

- Internet dont David Marshall Lang, Levan Urushadze, Marxists, Wikipedia
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Voir aussi

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- [URL : 2502]

- [URL : 2084]

- [URL : 2083]

- [URL : 2843]

- [URL : 2851]

- [URL : 2512]

- [URL : 2504]

- [URL : 2506]

- [URL : 2087]

- [URL : 2844]