Kirghistan : un hebdomadaire privé harcelé par les autorités
2003-07-03

Un hebdomadaire privé harcelé par les autorités



Dans une lettre adressée au président de la République du Kirghizistan, Askar Atrayevich Akayev, Reporters sans frontières (RSF) a protesté contre le harcèlement de l'hebdomadaire privé

Delo No

et les membres de sa rédaction.

"Il s'agit d'un nouvel acte de pression visant à faire taire la presse non gouvernementale", a déclaré Robert Ménard, secrétaire général de l'organisation. RSF a également dénoncé le "caractère infondé des accusations portées contre le journal et son journaliste, Vadim Nochevkin, ainsi que les conditions humiliantes de l'interrogatoire subi par sa rédactrice en chef adjointe, Svetlana Krasilnikov".

D'après les informations recueillies par RSF, Svetlana Krasilnikov, Vadim Nochevkin et Viktor Zapolski, rédacteur en chef de l'hebdomadaire privé Delo No, ont été convoqués, le 16 août 2000, au ministère national pour la sécurité (MNS, services de sécurité du Kirghizistan). Le rédacteur en chef et le journaliste ont été retenus pendant cinq heures, Svetlana Krasilnikov pendant huit heures. Ils n'ont pas été autorisés à consulter un avocat, ce qui constitue une violation du Code de procédure criminelle de la République. Svetlana Krasilnikov est restée enfermée sans recevoir ni eau ni nourriture. À la suite de son interrogatoire, elle a été admise à l'hôpital national de Bishkek pour des troubles cardiaques.

Vadim Nochevkin avait écrit un article pour Delo No, paru le 26 juillet 2000, relatant le déroulement du procès de Félix Kulov, leader du Parti d'opposition Ar-Namys (Dignité). M. Kulov avait été acquitté le 9 août 2000. Le même jour, M. Nochevkin avait été convoqué au MNS et sommé de révéler ses sources. Il a été accusé de "diffusion de secrets d'État". Or ces mêmes informations concernant le procès avaient déjà été publiées dans la presse pro-gouvernementale et évoquées par le ministre adjoint à la Sécurité, Boris Poluektov, lors d'une interview.
Delo No dénonce régulièrement les violations des droits de l'homme dans le pays.

L'hebdomadaire s'est vu infliger deux condamnations à des amendes depuis le mois de janvier 2000, pour un montant total de plus de 35.000 euros.

(Reporters sans frontières - novembre 2000)