Géorgie, Allemagne, France et Suisse : Michel Kédia (1902-1952), homme politique
2013-02-13

Mikheil Kedia, dit Micha Kedia

Michel Kédia est né en 1902 à Zougdidi (Mingrélie).

Exilé en Allemagne



Après l'invasion de la Géorgie par l'armée de la Russie soviétique en 1921, il s'exile en Allemagne et poursuit des études de droit à l'Université d'Heidelberg : il acquiert la connaissance de la langue et la culture allemande. Il participe à la fondation du mouvement nationaliste géorgien "Tetri Guiorgui" (1) en 1925.

Exilé en France



Au début des années 1930, il rejoint la France et adhère au mouvement des jeunes nationaux-démocrates créé par Spiridon Kédia.

Un second exil en Allemagne



Il voit dans l'offensive allemande contre l'U.R.S.S., une opportunité qui pourrait faciliter la restauration de l'indépendance de la Géorgie. Il retourne en Allemagne et se tient dans la mouvance du Comité national géorgien (2). Il se constitue un puissant réseau de relations, le met à la fois à disposition de la "Légion géorgienne" (3) de l'armée allemande afin de recruter des soldats, et à la fois à disposition de certains de ses compatriotes juifs afin qu'ils ne se fassent pas arrêter (4).

En 1943, il fait partie de l'etat-major de liaison géorgien à Berlin. On lui a prêté postérieurement des sympathies pour un cercle d'opposants à Hitler, qui tenta un complot le 20 juillet 1944 et qui échoua.

Un dernier exil en Suisse



En avril 1944, il quitte l'Allemagne pour la Suisse, afin d'éviter un procès pour collaboration : les autorités soviétiques exigent un internement et il est assigné à résidence ä Genève. Il s'y serait suicidé, dans des conditions mal élucidées, en 1952.

Il repose dans le "carré géorgien" du cimetière communal de Leuville-sur-Orge.

Notes

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(1) [URL : 2502]

(2) Le Comité national géorgien constitue l'une des parties du Comité caucasien créé par les autorités allemandes afin de préparer la situation après la chute de l'U.R.S.S.

(3) La "Légion géorgienne" de l'armée allemande, forte de 30 000 soldats, est composée essentiellement de prisonniers géorgiens faits à l'Armée rouge et de quelques centaines d'hommes issus de l'émigration géorgienne en Europe antérieure à la IIème guerre mondiale (dont une centaine en provenance de France).

(4) Alertés par Adrien Marquet (ministre de l'Intérieur du gouvernement de Vichy, mais ancien membre de la SFIO et ancien membre de la délégation socialiste en Géorgie en 1919), le gouvernement géorgien en exil fait appel à Michel Kédia pour qu'il intervienne auprès des autorités allemandes. Les juifs géorgiens résidant en France voient leurs papiers officiels français dispensés de la mention "JUIF". Un comité délivrant des "certificats d'authenticité de nationalité géorgienne" est créé à Paris, en liaison avec la section géorgienne de l'Office des émigrés caucasiens (dirigée par Sacha Korkia et sous autorité allemande) et avec la section géorgienne du Bureau des apatrides (conseillée par Sossipatré Assathiany et sous l'autorité de Vichy) : il sauve deux cent cinquante familles juives, dont bon nombre sont originaires d'Asie centrale, des Balkans, d'Espagne et dont les noms sont "géorgianisés".

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Sources :

- archives familiales,

- "Les combats indépendantistes des Caucasiens entre U.R.S.S. et puissances occidentales. Le cas de la Géorgie (1921-1945)" de Georges Mamoulia, Editions L'Harmattan, Paris, juillet 2009,

- "Des Géorgiens pour la France" de Françoise et Révaz Nicoladzé, Editions L'Harmattan, Paris, juin 2007,

- Websites
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