Ukraine : les élections présidentielles de janvier et février 2010 donnent une revanche au candidat pro-russe Viktor Ianoukovitch
2010-02-18

Les élections présidentielles ukrainiennes 2010 appelaient au vote 36,6 millions d'électeurs

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Celles de 2005 avaient donné lieu à un bras de fer entre le candidat "pro-russe", Viktor Ianoukovitch, légitimé par le président sortant et le candidat "pro-occidental" Viktor Iouchtchenko : ce dernier l'avait finalement emporté.

La situation politique, financière et économique de l'Ukraine s'est considérablement détériorée depuis : les électeurs ont sanctionné les désillusions engendrées par la "révolution orange".

La communauté internationale, et plus particulièrement l'Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE), avait envoyé quelques centaines d'observateurs. L'une des clés de ces élections était le vote par correspondance. En novembre 2004, lors des 2 premiers tours, il avait permis aux autorités alors en place de contourner le secret du scrutin et le contrôle de l'identité des électeurs. Un 3ème tour avait du être organisé en décembre.

La Commission électorale centrale ukrainienne déclarait le 14 février 2010 que Viktor Ianoukovitch avait été élu président de l'Ukraine le 7 février, rejetant les accusations de fraude de son adversaire Ioulia Timochenko.

Les candidats du premier tour, le 17 janvier 2010


Parmi les dix-huit candidats, trois personnalités avaient occupé le devant de la scène politique depuis 2004 :

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Viktor Iouchtchenko

(1), 55 ans, figure de proue de la "révolution orange", président sortant, résolument pro-occidental, n'ayant pas réussi à s'entendre avec sa Première ministre Ioulia Timochenko, avec un bilan économique lourd (chute du PIB de l'ordre de 15% et dépréciation de la monnaie de l'ordre de 50%) et crédité par les sondages de 4% des intentions de vote, voire moins,

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Ioulia Timochenko

(2), 49 ans, ancienne alliée de Viktor Iouchtchenko, Premier ministre en exercice, issue de la "révolution orange", ayant opéré un virage tactique vis-à-vis de Moscou et créditée par les sondages de 19 et 22% des intentions de vote,

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Viktor Ianoukovitch

(3), 59 ans, ancien Premier ministre, évincé d'une "victoire" aux présidentielles de novembre 2004 par la "révolution orange", proche de Moscou et crédité par les sondages de 34 à 42% des intentions de vote.

Un quatrième candidat, qualifié de "petit" candidat, avait été en position de créer une surprise,

Sergueï Tigipko

, 49 ans, ancien ministre de l'Economie, homme d'affaires et crédité par les sondages de scores se rapprochant de ceux d'Ioulia Timochenko. Il avait su gagner en popularité par une campagne habile, utilisant les moyens traditionnels d'affichage et les moyens télévisuels, à grand renfort de millions d'euros ; il avait aussi tenu un discours renvoyant dos-à-dos un président sortant et une Première ministre sortante qui n'avient su s'entendre.

Les résultats du premier tour


Après dépouillement de 95,18% des bulletins de vote, les résultats provisoires étaient les suivants :

- Viktor Ianoukovitch 35,42%,

- Ioulia Timochenko 29,95%,

- Sergueï Tigipko 13,01%,

- Arseni Iatseniouk (ancien ministre des affaires étrangères 6,96%,

- Viktor Iouchtchenko 5,50%.

Les observateurs internationaux, OSCE, Assemblée parlementaire du Conseil de l'Europe et Assemblée parlementaire de l'OTAN, estimaient que les conditions d'organisation du 1er tour des élections présidentielles ukrainiennes marquaient un progrès notable par rapport à celles des élections précédentes.

Le deuxiéme tour du 7 février 2010


Les deux candidats arrivés en tête déclaraient vouloir se rapprocher de l'Union européenne, Ioulia Timochenko avec certainement un peu plus de conviction : l'opinion publique ukraïnienne y est favorable.

Les deux candidats arrivés en tête se déclaraient opposés à une adhésion à l'OTAN, Viktor Ianoukovitch avec certainement un peu plus de conviction : l'opinion publique ukraïnienne y est défavorable.

Malgré un écart de voix beaucoup plus favorable que celui donné par les sondages, la tâche était difficile pour Ioulia Timochenko le 7 février : elle devait rallier les suffrages portés sur une multitude de candidats, dont Sergueï Tigipko, Arseni Iatsenouk et Viktor Iouchtchenko qui ne l'ont pas ménagée au 1er tour.

Un appui potentiel à Ioulia Timochenko qui s'est dérobé



Le 27 janvier, le "troisième homme" du 1er tour, Sergueï Tigipko, déclarait qu'il ne donnerait pas de consigne de vote : il souhaitait publiquement sauvegarder ses chances de devenir Premier ministre quel que soit le président élu. Cette position n'avait certainement pas favorisé Ioulia Timochenko.

Une affaire d'espionnage avec la Russie, opportune



Le même jour, les services de sécurité ukrainiens (SBU) arrêtaient cinq agents des services de sécurité russes (FSB) dans la région d'Odessa :

"Les cinq agents qui tentaient d'obtenir illégalement, par la voie du chantage et de menaces, des secrets d'Etat ukrainiens ont été pris en flagrant délit. Au cours de l'opération, du matériel d'espionnage a été saisi, notamment une caméra vidéo dissimulée dans un stylo et un conteneur à carte mémoire camouflé en porte-clefs".

Pour les autorités russes, cette affaire était la réplique de l'arrestation d'un agent ukrainien par le FSB en octobre 2009.

Des sondages favorables à Viktor Ianoukovitch



Le 28 janvier, l'agence de presse russe RIA Novosti publiait un sondage effectué entre le 19 et le 25, donnant

- 44,9% à Viktor Ianoukovitch,

- 31,6% à Ioulia Timochenko,

- 9,2% de votes contre les deux candidats,

- 4% de votes d'abstention.

Les régions de l'Est de l'Ukraine, dont la Crimée, accordaient 62,9% des votes à Viktor Ianoukovitch et 11,9% à Ioulia Timochenko.

Un débat télévisé avorté



Le 1er février, Viktor Ianoukovitch refusait le débat contradictoire prévu à la télévision d'Etat et laissait le champ libre à Ioulia Timochenko durant 90 minutes. Elle déclarait avec sa verve habituelle :

"Ce studio est vide, mais on y sent l'odeur de la peur. Je ne voudrais pas qu'un banal poltron devienne le dirigeant de notre pays".

On ne reconnait pas de talent particulier d'orateur à Viktor Ianoukovitch.

Des résultats de 2ème tour favorables à Viktor Ianoukovitch


Si aux yeux de certains observateurs de la vie politique ukrainienne, Ioulia Timochenko, "la battante qui ne s'avoue jamais battue", pouvait créer la surprise, ne serait-ce qu'en faisant jouer le réflexe "tout, sauf le retour au passé d'avant la révolution orange", Viktor Ianoukovitch semblait le favori de la majorité d'entre eux.

En effet, le 14 février, après dépouillement des 25,5 millions de bulletins de vote (participation de l'ordre de 70%), la Commission électorale centrale ukrainienne annonçait

- 48,95% des voix à Viktor Ianoukovitch,

- 45,47% à Ioulia Timochenko,

- 4,36% contre les deux candidats.

L'investiture du nouveau président de l'Ukraine était prévue le 25 février 2010.

Malgré les contestations soulevées par un écart aussi faible (890 000 voix, soit moins que le nombre d'électeurs ayant voté contre les deux candidats comme la Constitution de l'Ukraine le permet) et la saisie probable devant les tribunaux (4), les tenants de la "révolution orange" n'ont qu'à s'en prendre à eux-mêmes et à leurs divisions : Viktor Iouchtchenko, Ioulia Timochenko et Sergueï Tigipko n'étaient-ils pas alliés en novembre 2004 ?

Reste que la cohabitation entre le nouveau président, Viktor Ianoukovitch, et le Premier ministre en poste, Ioulia Timochenko, qui a annoncé ne pas vouloir démissionner, risque d'être sportive.

Le redressement économique de l'Ukraine en serait retardé, une fois de plus.

*

Le président russe, Dmitri Medvedev, s'est empressé d'inviter à Moscou le nouveau président ukrainien, Viktor Ianoukovitch, dans une lettre rendue publique le 15 février 2010.



Notes

:

- (1) [URL : 2990]

- (2) [URL : 2991]

- (3) [URL : 2993]

- (4) Après avoir saisi la Commission centrale électorale de fraudes en faveur de Viktor Ianoukovitch, Ioulia Timochenko saisissait le 16 février 2010 la Cour administrative ukrainienne pour "fraudes systématiques et fondamentales" et remettait comme preuve neuf volumes de documents incluant des photographies et des enregistrements vidéo. Après que les observateurs internationaux, notamment l'Organisation pour la coopération et la sécurité en Europe (OSCE), aient déclaré le vote "libre et honnête", il y a peu de chance pour que la requête soit retenue.