Bibliographie : "Atlas géopolitique du Caucase. Russie, Géorgie, Arménie, Azerbaïdjan : un avenir commun possible ?"
2011-03-28

Présentation de l'éditeur

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Le Caucase attire curiosité et convoitise depuis l'Antiquité.

Sa mosaïque de langues et de peuples fascinait déjà voyageurs et géographes grecs et arabes, qui dénommèrent cette châine
"la montagne des langues". La variété des cultures attira tous les envahisseurs du sud comme du nord vers ce qui est considéré aujourd'hui comme le berceau de la viticulture, la Colchide et ses fruits d'or. Pourtant, à la fin du XXème siècle, alors que l'URSS se fissurait, cette région, carrefour d'influence entre cultures européennes et proche-orientales, autrefois renommée pour son hospitalité et ses stations balnéaires, est devenue un des principaux points chauds de la planète.

La
"redécouverte" des hydrocarbures de la mer Caspienne et le rôle de corridor stratégique du Sud-Caucase entre Orient et Occident ont relancé ce singulier "Grand Jeu" qui oppose aujourd'hui Russes et Américains par leurs alliés caucasiens interposés. La guerre d'août 2008 entre Russes et Géorgiens a ramené le Caucase au coeur de l'actualité mondiale.

L'Atlas du Caucase éclaire avec brio les enjeux de cette région stratégique
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L'auteur des textes et la conception des cartes

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- [URL : 2974]

La conception des cartes

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- [URL : 2975]

- Philippe Rekacewicz, géographe et cartographe, est collaborateur du Monde diplomatique pour lequel il dirige L'Atlas du Monde diplomatique.

La réalisation des cartes

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- Manana Kourtoubadzé, géographe et cartographe, est professeur à l'université d'Etat de Tbilissi.

L'analyse de l'atlas par le site www.colisee.org


"L'Atlas géopolitique du Caucase", réédition actualisée de la version de 1996, vendu 17 euros à sa sortie, est un outil remarquable et absolument indispensable à toute personne s'intéressant au Caucase. Deux suggestions peuvent néanmoins être effectuées.

La première concerne une impression diffuse, qui se retrouve dans le texte, page après page, limitant le Sud Caucase à "l'Etranger proche" (1) de la seule Russie, influente dans cette région depuis à peine deux siècles alors que la Turquie et l'Iran y sont influentes depuis vingt siècles. Cette situation s'est consolidée à l'avantage d'Ankara et de Téhéran depuis deux décennies. L'Iran est redevenu le "grand frère religieux"de l'Azerbaïdjan, au nom de l'islamisme chiite, grâce à "l'ouverture de la frontière" de l'Azerbaïdjan iranien vers l'Azerbaïdjan azerbaïdjanais. La Turquie est devenue le principal partenaire économique de l'Azerbaïdjan et de la Géorgie : cette tendance s'accentue avec la réhabilitation des voies de communication (routières et ferrées) entre les trois pays. Dans l'hypothèse d'une réconciliation, "d'Etats" et non "des peuples", entre Ankara et Erevan, cette tendance pourrait s'étendre à l'Arménie. Dans l'hypothèse du retour de l'Iran dans la communauté internationale, certes à plusieurs décennies, comment ne pas imaginer qu'un "nouvel" Iran ne retrouve de l'influence dans le Sud Caucase ?

Cette singularité de l'atlas s'applique également au Nord Caucase, russe depuis deux siècles à peine et islamisé depuis beaucoup plus. Comment ne pas imaginer que le réveil des identités nationales tchétchènes, ingouches, voire daguestanaises, et encouragé par l'islam sunnite radical, ne trouve sympathie auprès des pays de l'islam sunnite modéré comme la Turquie ? Le regard d'Ankara reste accroché au Nord Caucase, et son influence peut difficilement être ignorée.

La deuxième suggestion consiste à pallier l'absence de cartes géographiques militaires du Sud Caucase (bases de Bakou, Gumri, Gori, Marnéouli, Satchkéré,..), du Nord Caucase (Vladicavcaz, Grozny, Makhatchkala,...), de Crimée (Sébastopol), d'Abkhazie (Goudaouta et Otchamtchire) et de Sud Ossétie (proximité de Tskhinvali, tunnel de Roki), mais aussi des territoires turcs de proximité (bases et stations d'écoute de l'OTAN) et iraniens (bases de lanceurs de missiles, pouvant frapper toutes les villes du Caucase).

Au delà de l'éternelle querelle des chiffres, toujours vrais dans certains contextes et toujours erronés dans d'autres, il semble que cet atlas du Caucase gagnerait en ignorant un peu moins la Turquie et l'Iran. Qui peut imaginer qu'un avenir commun pour les nations du Nord Caucase et les pays du Sud Caucase puisse se construire sans la bonne volonté des puissances régionales, Iran, Russie et Turquie ? Sur ce chemin, le degré d'armement, ou plutôt de désarmement, constitue le premier signal.

Note

: (1) Les termes "Etranger proche de la Russie" -qui ne se retrouvent pas dans l'atlas et qui ont longtemps fait partie du vocabulaire de la presse russe- semblent aussi impropres que les termes "Pays à souveraineté limitée" -apparus plus récemment et qui englobent outre le Sud Caucase, la Biélorussie, la Moldavie et l'Ukraine-. Les termes "Pays frontaliers" seraient plus conformes au droit international et à la charte des Nations Unies.

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"Atlas géopolitique du Caucase. Russie, Géorgie, Arménie, Azerbaïdjan : un avenir commun possible ?"

, de Jean Radvanyi et Nicolas Béroutchachvili, Editions Autrement, Paris 13/01/2010. ISBN 978-2-7467-1296-6.