Ioulia Timochenko, ancienne Première ministre ukrainienne
2012-05-08

Youlia Tymochenko

Elle naît Ioulia Hryhiana le 27 novembre 1960 à Dniepropetrovsk. Elle prend ensuite le nom de sa mère, Telehina, avant d'épouser Oleksander Timochenko avec qui elle a une fille.

Une carrière professionnelle diversifiée


En 1984, après l'université, elle rejoint de complexe de machines-outils de Dniepropetrovsk où elle prend en charge un secteur économique. Puis elle crée une entreprise de location de vidéos et devient directrice commerciale d'un centre de jeunes.

En 1991, elle dirige la gestion d'Ukrainian Oil Corporation, avant d'être nommée présidente d'une de ses filiales, l'United Energy Systems of Ukraine.

Une carrière politique mouvementée


Au Parlement et au gouvernement sous la présidence Koutchma



En 1996, elle est élue au Parlement et en 1998 à la présidence de la Commission budgétaire.

De 1999 à 2001, elle est vice-premier ministre chargé de l'énergie et des combustible auprès du Premier ministre Viktor Iouchtchenko : les recettes de l'électricité et de l'industrie augmentent considérablement (suppression des arrangements illégaux, suppression du troc entre industriels, chasse à la corruption ...).

Elle entre en conflit avec les dirigeants des grandes entreprises nationales et doit démissionner. Ses adversaires lui reprochent d'avoir acquis sa fortune indûment lorsqu'elle était présidente de l'UESU. Elle est arrêtée pour contrebande de gaz et falsification de documents douaniers. Elle est finalement blanchie, mais fait l'objet d'un mandat d'arrêt international de la part de la Russie (1).

Elle obtient 7% des voix aux élections parlementaires de 2002 (Bloc Ioulia Timochenko) et apporte son soutien à Viktor Iouchtchenko lors des élections présidentielles de 2004 : elle participe activement à la Révolution orange et acquiert une certaine popularité dans l'Ouest du pays.

Premier ministre sous la présidence Iouchtchenko



Elle est nommée Premier ministre en février 2005 (2) : le Parlement vote la confiance par 375 députés sur 450, c'est-à-dire bien au-delà de l'assise présidentielle (20 sièges pour le Bloc Ioulia Timochenko, 100 sièges pour l'alliance Notre Patrie de Viktor Iouchtchenko, 20 sièges pour le Parti socialiste).

Elle est "démissionnée" en septembre 2005, dans le contexte des privatisations, suite à différentes tensions et au départ de plusieurs ministres.

Dans l'opposition sous la présidence Iouchtchenko



Elle obtient 23% des voix aux élections parlementaires de mars 2006 (129 sièges pour le Bloc Ioulia Timochenko), mais ne parvient pas à s'entendre avec ses anciens alliés avec qui elle aurait été majoritaire. Elle passe à l'opposition, laissant le champ à son adversaire politique, Viktor Ianoukovitch (3).

A nouveau Premier ministre sous la présidence Iouchtchenko



Elle obtient 30% des voix aux élections parlementaires anticipées de septembre 2007 (156 sièges pour le Bloc Ioulia Timochenko). Elle est nommée Premier ministre (4) : le Parlement a besoin de deux tours pour lui voter la confiance, par 226 voix.

Très rapidement, les rivalités de personne avec le président Viktor Iouchtchenko resurgissent, l'alliance vole une nouvelle fois en éclat. Elle fait voter en septembre 2008, avec les voix de l'opposition (le Parti des Régions de Viktor Ianoukovitch), une loi constitutionnelle limitant les pouvoirs présidentiels.

Elle prend des nouvelles positions en politique étrangère (crise russo-géorgienne, Communauté des Etats indépendants,...) et engage avec son homologue russe, Vladimir Poutine, un type différent de relations, notamment lors du conflit gazier.

Elle ne peut éviter une grave crise économique à l'Ukraine, endettée et touchée par la baisse du prix des matières premières exportées.

Elle conduit la crise politique dans la perspective des présidentielles de janvier 2010, afin en particulier de conquérir des voix dans l'Est du pays, russophone, qui lui est régulièrement hostile.

Les présidentielles de 2010



Ioulia Timochenko se présente au 1er tour de ces élections, arrive en 2éme position avec 25% des voix et devance largement le président sortant Viktor Iouchtchenko, "son rival politique".

Battante, qualifiée parfois avec humour de"seul homme politique ukrainien"et parfois avec dérision de "tigrioulia", elle ne s'avoue jamais battue.

Pourtant, comme prévu par la plupart des observateurs de la vie politique ukrainienne, sa victoire au 2ème tour contre Viktor Ianoukovitch, "son adversaire politique", est loin d'être acquise : elle perd avec un score de 45,47% des voix (5).

Elle conteste le résultat devant la Commission électorale centrale, et après le rejet de sa demande, elle annonce vouloir saisir les tribunaux.

Il convient de constater que son retard de voix sur Viktor Ianoukovitch (3,48%) est inférieur au nombre d'électeurs ayant voté contre les deux candidats (4,36%). Les électeurs ont certainement sanctionné les rivalités personnelles qui ont suivi la "révolution orange", Ioulia Timochenko y occupant le premier rang, avec Viktor Iouchtchenko et Sergueï Tigipko.

Premier ministre éphémère sous la présidence Ianoukovitch



Elle déclare vouloir conserver son poste de Premier ministre, entrant ainsi dans une période de cohabitation avec "son adversaire politique" Viktor Ianoukovitch.

La cohabitation commence sportivement : dès le 3 mars, elle subit la défection d'une trentaine de députés de la coalition louchtchenko / Timochenko : son gouvernement tombe. Contrairement à la tradition, elle refuse d'assurer l'intérim en attente d'un nouveau gouvernement et d'une nouvelle majorité parlementaire.

Elle espère certainement une dissolution du Parlement qui lui permettrait de rebondir politiquement comme elle a su si souvent le faire, et pourquoi pas retrouver son poste de Premier ministre. Ce n'est pas le cas.

L'emprisonnement



Comme pour une douzaine de ses ministres, la justice ukrainienne s'intéresse à elle, sous les chefs d'accusation "d"abus de pouvoir durant l'exercice de son mandat de Premier ministre et de "détournement de fonds et fraude fiscale" à titre privè.

Elle est incarcérée en août 2011 et condamnée en octobre à 7 années de prison : il lui est reproché d'avoir signé avec la Russie un accord sur l'approvisionnement du gaz à un tarif jugé rétroactivement élevé.

Elle doit passer en jugement pour le second chef d'accusation le 21 mai 2012 : la maladie (hernies discales) et une grève de la faim (engagée le 20 avril, selon elle suite aux mauvais traitements subis, selon le pouvoir en place afin d'échapper au second procès) rendent l'issue incertaine.

Elle bénéficie du soutien de l'Union européenne, dont l'Ukraine a besoin, et qui voit dans sa disqualification l'élimination d'une opposante politique dangereuse pour le président Viktor Ianoukovitch.


Notes

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- (1) [URL : 1514]

- (2) [URL : 1804]

- (3) [URL : 2213]

- (4) [URL : 2485]

- (5) [URL : 2969]