Viktor Ianoukovitch, président ukrainien
2012-05-08

Viktor Yanoukovytch

Viktor Ianoukovitch est né le 9 juillet 1950 à Ienakievo, en Ukraine

Premier ministre sous la présidence Koutchma



Après avoir été gouverneur de la province de Donetsk, une région minière de l'Est de l'Ukraine, frontalière avec la Russie, il est nommé Premier ministre par le président Léonid Koutchma le 21 novembre 2002.

Candidat à la présidence



Il se présente aux élections présidentielles de novembre 2004, comme candidat de la continuité et des relations étroites avec la Russie : il est proclamé élu au 2ème tour (1).

Des fraudes électorales sont dénoncées par l'opinion publique, des manifestations pacifiques et une grève générale sont déclenchées à Kiev. "La révolution orange" obtient l'annulation du scrutin.

Le "troisième tour" de décembre 2004, en présence d'une dizaine de milliers d'observateurs internationaux, donne vainqueur "son adversaire politique" Viktor Iouchtchenko (2).

Il démissionne de son poste de Premier ministre le 31 décembre 2004, et entre dans l'opposition.

Premier ministre sous la présidence Iouchtchenko



Lors des élections législatives de mars 2006, son parti, "le Parti des Régions" obtient 33% des voix et devient le premier parti du Parlement.

Suite à une mésentente au sein de la majorité présidentielle, querelle de personnes entre Viktor Iouchtchenko et Ioulia Timochenko, Viktor Ianoukovitch est nommé Premier ministre le 4 août 2006 (3).

Un accord politique entre le président et le nouveau Premier ministre stipule que l'Ukraine continuera ses négociations en vue d'adhérer à l'OTAN et à l'Union européenne.

Il reste à ce poste jusqu'au 27 décembre 2007.

Retour à l'opposition



Après les élections législatives anticipées de septembre 2007, il redevient chef de l'opposition, une majorité s'étant reformée autour de Viktor Iouchtchenko et Ioulia Timochenko.

A nouveau candidat à la présidence



Il se présente aux élections présidentielles du 17 janvier 2010, se déclarant favorable à un resserrement de liens avec la Russie, opposé à toute adhésion à l'OTAN et enclin à un certain rapprochement avec l'Union européenne.

Outre ses positions pro-russes et son peu d'implantation électorale dans l'Ouest du pays (dont Kiev), ses adversaires lui reprochent son peu de charisme et ses piètres talents d'orateur.

Il arrive en tête du premier tour avec 35 % des voix et est favori pour bon nombre d'observateurs.

Elu à la présidence



A l'issue du deuxième tour du 7 février, la Commission centrale électorale ukrainienne le proclame élu avec 48,95% des voix : son adversaire politique Ioulia Timochenko recueille 45,47% et 4,36% des électeurs s'expriment contre les deux candidats (particularité de la Constitution ukrainienne).

Viktor Ianoukovitch a bénéficié de la division des partisans de la "révolution orange" et des rivalités entre ses dirigeants.

Une présidence annoncée difficile



La tâche sera tout aussi difficile pour le nouveau président (investi le 25 février), qu'elle l'a été pour son prédécesseur.

Il n'est pas certain que Viktor Ianoukovitch puisse trouver aisément au Parlement une majorité pour défaire son adversaire politique, Ioulia Timochenko, de son poste de Premier ministre et pour "faire" un nouveau gouvernement de compromis. Auquel cas la dissolution serait la seule solution, avec une issue aléatoire.

Si le secrétaire général de l'OTAN, le président du Conseil européen, la présidence américaine, la présidence russe ont déjà félicité le vainqueur (cette dernière l'a même invité à effectuer sa première visite à l'étranger à Moscou), le Fonds monétaire international ne débloquera pas la quatrième tranche de prêts alloués à l'Ukraine tant qu'un gouvernement stable n'aura pas pris les mesures attendues.

Le FMI exige que le déficit budgétaire ukrainien, prévu à 8% du produit intérieur brut en 2010, soit ramené à la moitié, disposition incompatible avec les promesses électorales de Viktor Ianoukovitch d'augmentation des retraites et du salaire minimum de 20%.

Au-delà des risques financiers présentés par la dette publique ukrainienne, l'économie ukrainienne fait l'objet d'analyses critiques structurelles,

- trop peu de diversification (40% des exportations sont représentés par l'acier),

- dépendance énergétique vis-à-vis de la Russie (GAZPROM souhaiterait augmenter les tarifs du gaz livré à l'Ukraine, Viktor Ianoukovitch annonce l'ouverture de négociations pour des tarifs à la baisse),

- empêchement des investissements étrangers (rôle politique des oligarques ukrainiens dont Viktor Ianoukovitch a besoin pour constituer une majorité parlementaire, attente des millieux d'affaires russes pour entrer au capital des entreprises ukrainiennes),

- corruption et bureaucratie non seulement développées dans l'Est du Pays (partie du pays traditionnellement favorable au "Parti des Régions" de Viktor Ianoukovitch, mais encore omniprésentes dans la partie ouest du pays, notamment à Kiev.

L'homme



Fils d'une infirmière et d'un ouvrier, orphelin à 2 ans, mécanicien de formation, condamné et emprisonné pour vols et violences à l'époque soviétique, il se révèle ensuite au sein d'une grande exploitation minière de Donetsk, à l'Est de l'Ukraine. Ses détracteurs l'affilie "au clan de Donetsk", dirigé par l'oligarque ukrainien Rinat Akhmetov et représenté au Parlement.

Il parle mieux la langue russe que la langue ukrainienne, et a refusé tout débat télévisé avec Ioulia Timochenko : il a la réputation d'être peu à l'aise auprès des médias, emprunté et auteur de bourdes. Durant la campagne électorale, il s'est gardé de toute improvisation et s'est limité aux phrases-clés concoctées par les consultants américains appelés autour de lui par le "clan de Donetsk".

Jusqu'où ira sa dépendance vis-à-vis de ses tuteurs ? Il a démontré qu'il savait gouverner : il fut deux fois Premier ministre. Il a surtout démontré qu'il savait rebondir. Saura-t-il éviter que les intérêts privés des vainqueurs viennent accentuer le marasme économique de l'Ukraine ?

Notes

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- (2) [URL : 1626]

- (3) [URL : 2213]

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