Les rapports entre la diaspora géorgienne et l'Eglise de Géorgie, histoire et "controverse" actuelle (février 2010)
2012-02-13

Ekatériné Mégrélishvili et Sophie Gujabidzé, étudiantes au CERCEC (EHESS), présentaient le 19 février 2010, dans le cadre du séminaire "Le fait religieux dans l'espace post-soviétique" animé par Kathy Rousselet et Silvia Serrano, leurs conclusions provisoires sur le thème "{Les rapports entre la diaspora géorgienne et l'Eglise de Géorgie, histoire et controverse actuelle}".

La Paroisse orthodoxe géorgienne Sainte-Nino de Paris


Ekatériné Mégrélishvili brosse un rapide historique de la Paroisse orthodoxe géorgienne Sainte-Nino de Paris, créée en 1929 par les émigrés politiques géorgiens, selon trois actes fondateurs (Epitre du Patriarcat oecuménique le 29 avril, déclaration des statuts au journal Officiel français le 23 août, ratification des statuts par l'Exarque du Patriarcat oecuménique le 17 septembre), sans oublier de citer l'action de ses principales figures, Ilamaz Dadéchkéliani, Grigol Péradzé, Nicolas Zabakhidzé et Elie Mélia.

Elle rappelle ensuite l'achat en 1973, sous l'impulsion de Lévan Zourabichvili, d'un local, aménagé en chapelle par l'architecte Alexis Kobakhidzé.

Elle rappelle enfin le rattachement de la Paroisse Sainte-Nino de Paris au Patriarcat oecuménique de Constantinople par l'intermédiaire d'un Evêque orthodoxe en Grande-Bretagne jusqu'en 1976 et ensuite par celui d'un Evêque grec de l'Assemblée des Evêques orthodoxes de France.

Elle précise que la liturgie y est célébrée, aujourd'hui encore, selon le rite byzantin en langue géorgienne et en langue française.

Elle souligne que le Père Artchil Davrichachvili, recteur de la paroisse Sainte-Nino, lors d'un récent entretien, avait récusé le terme de "controverse" avec l'Eglise orthodoxe apostolique de Géorgie.

Ekatériné Mégrélishvili donne enfin lecture du document

[URL : 2841]

, qui pose questions à l'Eglise orthodoxe apostolique de Géorgie en terme d'écarts par rapport

- au droit canonique,

- aux usages entre églises orthodoxes soeurs,

- aux efforts de concertation faits par l'ensemble de l'Eglise orthodoxe,

- à la considération que mérite la Paroisse Sainte-Nino pour avoir témoigné depuis 80 années.

La Paroisse géorgienne Sainte-Thamar de Villeneuve-Saint-Georges


Sophie Gujabidzé situe d'abord la création récente de la Paroisse Sainte-Thamar (1) de Villeneuve-Saint-Georges (et de son église), dans la banlieue parisienne (2), consacrée par le Cathalicos - Métropolite de l'Eglise orthodoxe apostolique de Géorgie, Ilia II, accompagné d'une importante délégation et devant une nombreuse assistance (3).

Elle confirme que la Paroisse Sainte-Thamar est rattachée à l'Eglise orthodoxe apostolique de Géorgie, par l'intermédiaire de l'une de ses 37 Eparchies, l'Eparchie d'Europe occidentale (4).

Elle précise ensuite que l'Ecole géorgienne accueillant les enfants des émigrés en France, financée par l'Eparchie d'Europe occidentale, initialement ouverte à la Paroisse Sainte-Thamar, a été transférée à "La Maison géorgienne" à Paris : elle accueille aujourd'hui 60 enfants.

Les questions du financement de l'église Sainte-Thamar, ainsi que celle de sa propriété sont soulevées, sans que les réponses ne soient connues officiellement (5).

Sophie Gujabidzé souligne enfin que le Père Anton Kandélaki, 29 ans, recteur de la paroisse Sainte-Thamar ne vit pas, lui non plus , la situation comme une "controverse".

Elle conclut sur un sondage personnel, non représentatif car réalisé par courriel, mais indicatif. Sur 40 personnes interrogées, 31 ont bien voulu répondre : 6 se rendent régulièrement à la Paroisse Sainte-Nino, 16 à la Paroisse Sainte-Thamar, 5 à d'autres paroisses (russe, serbe ou "Paroisse du Père Georges") et 4 à aucune.

Compléments d'information apportés en séance


- Le marguillier de la Paroisse Sainte-Nino fournit le document fondateur de la Paroisse Sainte-Nino reprenant le droit canon de l'Eglise orthodoxe, et implicitement non respecté lors de la création de la Paroisse Sainte-Thamar.

- Un participant remarque que l'affaiblissement du Patriarcat oecuménique de Constantinople, au vu de l'environnement en Turquie, incite les Patriarcats des Eglises autocéphales à transgresser certaines règles.

- Plusieurs participants soulignent le paralléle de la situation avec la situation d'autres Eglises hors-frontières, arméniennes et russes en particulier.

- Silvia Serrano précise l'état des lieux en terme de séparation entre l'Eglise et l'Etat. L'Accord constitutionnel, programmatique, qui régit les rapports de l'Etat géorgien avec la seule Eglise orthodoxe apostolique de Géorgie -à qui il est reconnu un rôle privilégié- devait être suivi de Commissions afin de répondre à de nombreuses questions. Aucune de ces Commissions ne s'est réunie. L'inventaire des biens ecclésiastiques n'est pas engagé ; les restitutions des biens aux différentes autres églises non plus. Le financement de l'Eglise orthodoxe apostolique de Géorgie reste opaque, car au budget alloué par l'Etat, il convient d'ajouter les montants provenant des fonds présidentiels.

Notes


- (1) Un participant remarque que la reine géorgienne Thamar fut canonisée par un Saint Synode russe au XIXème siècle, et non par un Saint Synode géorgien. Cette canonisation s'impose, par règle, à toutes les églises soeurs.

- (2) A la question de savoir pourquoi l'église Sainte-Thamar s'est implantée à Villeneuve-Saint-Georges, la réponse n'est pas connue et la proximité du RER n'explique pas tout. Pourtant, un participant précise que les promoteurs de l'église Sainte-Thamar avaient précedemment envisagé une implantation dans le village de Leuville-sur-Orge (berceau historique de l'émigration géorgienne en France dans les années 1920), à proximité du "carré géorgien" du cimetière communal. Cette tentative n'a pas abouti. Un autre participant ajoute que, vraisemblablement, ces autorités n'ont pas souhaité créer "de point de frottement" avec l'ancienne émigration géorgienne.

- (3) Un participant souligne que, le jour de la consécration de l'église Sainte-Thamar, l'assistance avait été estimée à 3 000 personnes, ce qui paraît plausible en regard des estimations quantitatives aujourd'hui avancées concernant l'émigration géorgienne en France (de 5 à 10 000 personnes).

- (4) L'Eparchie d'Europe occidentale de l'Eglise orthodoxe apostolique de Géorgie couvre une vingtaine de paroisses en Allemagne, en Belgique, au Danemark, en Espagne, en Grande-Bretagne, en Italie et en France (2 paroisses à Strasbourg, 1 paroisse à Rouen et la paroisse de Villeneuve-Saint-Georges).

- (5) Certains participants affirment que le financement de l'église Sainte-Thamar proviendrait de fonds privés, proches des milieux d'affaires géorgiens en Russie. Bien que l'Etat géorgien ne puisse être propriétaire d'une église sur le territoire français, un participant remarque que la dotation budgétaire par l'Etat géorgien à l'Eglise de Géorgie est passée de 9,5 millions de laris en 2008 à 25 millions de laris en 2009, et devrait encore augmenter en 2010.

Voir aussi


-

[URL : 1078]



-

[URL : 2845]



-

[URL : 2771]



-

[URL : 2724]