Généralités sur la culture croate
2004-07-19

Généralités sur la culture croate



Mosaïque d'influences variées, longtemps marquée par son alphabet propre (le
glagolitique), la Croatie est aussi riche d'une histoire mouvementée. Au
cours du dernier millénaire, elle est toutefois parvenue à préserver son
identité, bien que faisant partie intégrante d'entités diverses plus vastes,
souvent dominatrices. Sa récente émancipation est l'occasion de redécouvrir
la culture croate sous sa véritable identité.


À l'instar des bouleversements historiques qu'a connus la Croatie tout au
long de son histoire, la culture croate, se présente comme une mosaïque des
différentes influences, la plupart familières. Néanmoins, elle reste
surprenante. Située au carrefour des civilisations qui ont toutes contribué
à l'identité européenne, la Croatie a trop souvent été perçue comme une
frontière, mais l'ouverture de l'Europe et son indépendance, lui permettront
de dévoiler son riche héritage culturel, longtemps occulté sous différentes
identités étrangères.

Le berceau de la Croatie médiévale se situe en Dalmatie

, région
méditerranéenne parmi les plus peuplées à l'époque romaine, sans doute à
cause des centaines d'îles où les navires commerçants trouvaient refuge. De
nombreux vestiges découverts y témoignent de la richesse de la civilisation
antique qui a marqué la culture croate primitive. La proximité d'une part
des villes antiques, telles que Pola (Pula), Iadera (Zadar), Narona,
Epidaurus (Cavtat), de Salona (Solin), capitale de la province romaine de
Dalmatie, et surtout du palais de Dioclétien (à Split), et d'autre part, des
nombreuses villas (sur les îles de Brijuni, Krk, Hvar, etc.), exerça une
influence décisive sur les Croates, qui s'installèrent dans les provinces
romaines de Dalmatie et de Pannonie au VIe siècle.

Ainsi les Croates
furent-ils parmi les premiers Slaves à partager le legs de la civilisation
antique, notamment l'alphabet latin, l'urbanisme, l'organisation
gouvernementale locale, fondement même de la démocratie, et naturellement le
christianisme, implanté dans cette région de la Méditerranée dès le IIIe
siècle. La formation d'un premier État croate se situa dans ce cadre
culturel qui lui profita dans son intégration à la famille des peuples
européens du Moyen ge : déjà au IXe siècle, le pape consacre Branimir "duc
desCroates". Mais c'est un siècle plus tard que la Croatie deviendra un
nouveau royaume sur la carte de l'Europe.

L'essor de la culture est dynamisé
par l'affirmation politique : dans les centres du pays, les Bénédictins, ces
"pères de l'Europe", établirent des monastères et aidèrent à la construction
d'une première série de monuments authentiquement croates. Aujourd'hui
encore, les nombreuses petites églises paléo-chrétiennes témoignent aussi
bien de l'essor du sentiment religieux que du nouvel État. Malgré la
domination revendiquée de l'empereur de Constantinople sur une part de la
Dalmatie, les liens avec le Saint-Siège furent toujours maintenus. Cela
explique toutefois la forte empreinte culturelle byzantine au Moyen ge,
symbolisée par le complexe ecclésiastique de Porec en Istrie, avec la
basilique d'Euphrasius (VIe siècle) dont les mosaïques égalent en splendeur
les œuvres contemporaines de l'époque justinienne à Ravenne.

Pour autant, la chrétienté occidentale s'enrichit très tôt d'une spécificité
croate : l'

écriture glagolitique

inventée au IXe siècle, destinée à
l'origine à faciliter la christianisation des peuples slaves.

La
particularité de la culture croate médiévale provient de cette dualité qui
est à la source d'une richesse encore méconnue d'une abondance et d'une
qualité surprenante pour l'époque. Cette dévotion pour la langue écrite,
mode de transmission de la culture classique et apanage d'une nouvelle
classe sociale - que ce soit en caractères latins ou glagolitiques - restait
une marque de la culture croate au Moyen ge et au-delà. Cas unique, le latin
demeura la langue officielle au Sabor, le Parlement croate, jusqu'au milieu
du XIXe siècle, à une époque où la langue littéraire croate était pourtant
déjà fixée.

Entre Venise, Vienne et Constantinople



Une première rupture politique se produisit au début du XIIe siècle, avec
l'union personnelle du royaume croate à la couronne hongroise. L'action du
nouveau royaume se concentra désormais sur le nord du pays (Slavonie et
Croatie septentrionale), tandis que la Dalmatie se trouva davantage soumise
à l'influence politique de la République de Venise. Si le paysage culturel
de la Croatie s'en trouva modifié, le littoral croate demeura pour autant
une route privilégiée d'échanges entre la nouvelle capitale à Buda et
l'Italie. L'essor économique au XIe siècle contribua à l'intensification de
la vie culturelle dans des villes maritimes comme Split, Trogir, Dubrovnik
ou encore Zadar. Celle-ci était en effet devenue si menaçante pour le
prestige de Venise, qu'en 1202 la Cité des Doges parviendra à détourner à
son profit l'expédition de la funeste IVe croisade qui, avant de piller
Constantinople en 1204, soumettra aussi la ville croate.

À partir de ce moment, les contacts culturels s'intensifieront également du
côté continental. D'une part, les premiers savants croates participent alors
à la vie intellectuelle des nouveaux centres universitaires d'Europe,
principalement en Italie, mais aussi de plus en plus à Paris (où enseignent
notamment Georges d'Esclavonie et Hermann le Dalmate). D'autre part, le
nouvel évêché de Zagreb, fondé en 1094, permettra à l'ordre monastique de
Cluny d'exercer une forte influence dans toute la région. Les manuscrits
conservés l'attestent et annoncent le rôle capital que cette ville, destinée
à devenir la métropole croate, sera amenée à jouer.

Au XVe siècle, les contrecoups culturels des véritables séismes politiques,
que constituèrent les incursions toujours plus fréquentes des Ottomans, ne
se font pas attendre : il est symbolique que l'écrivain croate alors le plus
réputé en Europe, Marko Marulic (Split, 1450-1524), "père" de la littérature
croate et ami d'Erasme, précède le déclin général qui s'ensuivit. Les plus
belles pages de l'art de la Renaissance en Croatie furent aussi inscrites à
cette époque, au XVe et XVIe siècles, toujours dans les villes dalmates.
Ainsi Georges le Dalmate (Juraj Dalmatinac) et Franjo Laurana en sculpture
et en architecture, de même que Andrija Medulic, Blaz Jurjev, Juraj
Culinovic ainsi que toute une pléiade des peintres de Dubrovnik -
l'indépendante république de Raguse. Malgré les conditions politiques de
plus en plus difficiles, leurs œuvres témoignent de la vivacité de
l'activité culturelle.

Toutefois, les conséquences des interminables guerres que se livrent les
Ottomans et les armées chrétiennes en terre croate (surnommée désormais
antemuralis christianitatis) furent tragiques : au XVIIe siècle, ce n'est
guère plus d'une seule imprimerie qui assura la continuation de la riche vie
culturelle d'antan, alors même qu'au début du siècle précédent il y en avait
une dizaine. L'aristocratie, qui ailleurs en Europe fut porteuse de la vie
culturelle, se trouva en Croatieface à d'autres impératifs : en effet,
hommes de plume et noblesse d'épée se confondaient généralement. Les
familles Zrinski et Frankopan sont sans doute emblématiques de la résistance
à l'anéantissement politique et culturel, dans une lutte qui les opposa aux
Ottomans, mais aussi aux tendances centralisatrices de Vienne, depuis que la
noblesse croate, rassemblée au Sabor, avait désigné en 1527 Ferdinand de
Habsbourg pour suzerain.

Une influence française déterminante



C'est après l'instauration par Napoléon des "Provinces illyriennes", que les
Croates connurent un renouveau national - baptisé d'ailleurs "renaissance
Illyrienne"
. Les échos du romantisme se firent alors sentir dans la
littérature croate et enflammèrent le réveil national. La Croatie fut de
nouveau solidement arrimée au milieu culturel de l'Europe centrale et
partagea l'évolution des arts que connurent d'autres métropoles de l'empire
autrichien - Vienne, Budapest, Prague, Bratislava ou Ljubljana. En même
temps l'attention était portée vers Paris et sa scène florissante de l'art
moderne. Les meilleurs artistes croates trouvèrent leur inspiration sur les
bords de la Seine : les peintres Racic et Kraljevic, le sculpteur Mestrovic,
disciple de Rodin, l'écrivain Matos. Les hommes politiques n'étaient pas en
reste : notamment Starcevic et Radic, les leaders de deux principaux partis
qui déterminèrent la pensée politique croate au XXe siècle, le Parti du
droit et le Parti paysan.

À la suite au démembrement de l'empire des Habsbourg et après la fusion de
la Croatie dans une nouvelle union politique que des intellectuels croates
avaient appelée de leurs vœux, l'union des Slaves du Sud vit le jour
(devenant, en 1929, le royaume de Yougoslavie). Surgirent alors des
difficultés qui secouèrent ce nouvel État en raison de traditions politiques
et nationales par trop différentes, et qui finiront par alourdir le tragique
bilan du XXe siècle européen. Sous l'identité yougoslave, la Croatie se
trouva d'un point de vue culturel une nouvelle fois éloignée de son milieu
centre-européen.

Malgré une brève période de réalisme socialiste qui
accompagna la prise du pouvoir par Tito et le parti communiste en 1945, la
situation s'améliora après la rupture avec Staline en 1948, permettant aux
artistes de suivre les développements des courants artistiques à l'Ouest.
Les institutions culturelles croates purent ainsi profiter d'une certaine
continuité, spécificité de la politique non-alignée yougoslave, sans qu'il
leur fût pour autant permis de le faire sous leur identité nationale. Ce
n'est qu'après la disparition du Rideau de fer, l'avènement de la démocratie
et la proclamation de l'indépendance de la Croatie, en 1991, que toutes les
conditions furent de nouveau réunies pour une redécouverte de l'identité
croate, profondément marquée par l'héritage européen.

La culture, c'est aussi…..



....Les musées de Croatie



Désormais sur les quelque de 150 musées que compte la Croatie, une vingtaine
sont présents sur Internet (www.mdc.hr). On trouvera notamment le Musée
archéologique de Split, le plus ancien de cette région d'Europe, qui abrite
des monuments de l'antique Salone romaine. À voir également, à Zagreb : le
Musée archéologique, le Musée des arts appliqués et le Musée de la Ville de
Zagreb ; à Split : la Galerie Mestrovic ; à Zadar et à Dubrovnik : les
collections d'art du Moyen-ge et de la Renaissance.

....Les rendez-vous culturels



Parmi les nombreuses manifestations culturelles qui se déroulent à travers
la Croatie, à retenir surtout Le Festival d'été de Dubrovnik et les Soirées
baroques de Varazdin, l'Été culturel de Split, les Soirées musicales d'Osor
et de Zadar, la Semaine internationale de la danse moderne, le Festival de
théâtre moderne à Zagreb et enfin la biennale de Zagreb et son festival
international de musique contemporaine.

....L'école du dessin animé de Zagreb



Elle jouit d'une réputation mondiale auprès des spécialistes, notamment
grâce à la qualité artistique de ses productions. Dusan Vukotic, l'un de ses
fondateurs, fut aussi le premier artiste étranger à remporter un Oscar dans
cette catégorie (Ersatz/Le Substitut, 1961). Aussi de nombreux
professionnels du monde entier se donnent-ils rendez-vous au Festival
international du film animé de Zagreb. Une des toutes dernières productions
originales de Croatia Film, "Lapitch - Le petit cordonnier ", tiré d'un
conte de Ivana Brlic Mazuranic, femme écrivain croate du XIXe siècle, est
actuellement le produit phare de l'école : avec plus de 300.000 cassettes
vidéos vendues rien qu'en France, commercialisées par TF1 Vidéo, il
représente la production audiovisuelle croate la plus recherchée sur marché
international.