Histoire générale de la Croatie
2004-07-13

Établissement des Croates et premiers royaumes



395

Partage de l'Empire Romain par l'empereur Théodose.

Début du VIIe s.

Venus du Nord-Est, les Croates s'installent sur les terres
de l'ancien Illyricum romain (Illyrie) à l'ouest de la ligne de Théodose,
dans les contrées croates et bosniaques actuelles, entre Drave et
Adriatique. Ils sont les premiers slaves christianisés et intégrés dans la
civilisation et la sphère culturelle romaine.

VIIIe-IXe s.

Les Croates fondent trois banats (duchés) : la Croatie
blanche, la Croatie rouge et la Croatie panonnienne, à la tête desquels se
trouvent des bans, notamment Vojnomir, Ljudevit, Borna, Trpimir [845-864]
(Dux Croatorum) et Branimir [879-892].

Xe-XIe s.

Réunifiant ces territoires, Tomislav se proclame roi et fonde en
925 un puissant royaume que renforcera plus tard Pierre Kresimir IV
[1058-1074]. La mort de son successeur, Zvonimir [1075-1089], annonce le
déclin prochain de la dynastie nationale croate des Trpimirovici. À cette
même époque, Rome accorde aux Croates le privilège unique d'employer dans la
liturgie leur propre langue, écrite alors en caractères glagolitiques.

Unis à la couronne hongroise



1102.

Soumis partiellement par la Hongrie, les nobles croates obtiennent de
celle-ci la signature d'un traité (Pacta Conventa) qui associe la Croatie à
la couronne de saint Etienne par une "union personnelle", grâce à laquelle
elle sera gouvernée par un ban (vice-roi), en conservant son Sabor (diète)
et son armée. L'union des deux royaumes subsistera jusqu'en 1918.

1137

. Les seigneurs de Bosnie (Rama) s'associent à leur tour au royaume de
Hongrie-Croatie dont le souverain porte désormais aussi le titre de "Rex
Ramae".

1202

. Détournant à leur profit la IVème croisade, les Vénitiens s'emparent
de Zadar, la plus importante ville côtière de Dalmatie supérieure. Dès 1205,
la ville libre de Dubrovnik reconnaît la suzeraineté de Venise.

1358

. La paix de Zadar qui scelle la défaite des Vénitiens face à Louis
d'Anjou, roi de Hongrie-Croatie, marque la réunification de la Dalmatie à la
couronne croate au sein du royaume commun, ainsi que la reconnaissance de la
suzeraineté hungaro-croate par la République de Raguse (Dubrovnik).

1377

. La province de Bosnie s'émancipe définitivement de la tutelle
hungaro-croate et devient un royaume indépendant sous la dynastie des
Kotromanic, lequel englobe alors la majeure partie de la Dalmatie.

1409

. Affaibli par des luttes dynastiques, Ladislas le Magnanime de Hongrie
cède la Dalmatie croate à la République de Venise pour 100 000 sequins.

1463

. Les Ottomans s'emparent de la Bosnie pratiquement sans livrer bataille
et, en 1482, c'est au tour de l'Herzégovine de succomber.

1493

. Après la Bosnie et l'Herzégovine voisines, les Turcs attaquent et peu
à peu conquièrent de vastes territoires croates. La bataille de Krbava,
véritable "Azincourt croate" où périt la fleur de la noblesse croate, marque
le début de l'amputation par les Ottomans de près de la moitié de la
Croatie, suivie de l'islamisation de la population locale (tout
particulièrement dans la région dite de la "Croatie turque", c'est-à-dire le
territoire situé entre les rivières Una et Vrbas).

1526

. La victoire des Turcs à Mohàcs leur ouvre la porte de la Hongrie dont
ils occuperont une grande partie. Bien qu'ils soumettent Buda, ils ne
réussiront cependant jamais à atteindre Zagreb.

Habsbourg, Vénitiens et Ottomans



1527

. Réuni à Cetin après que la dynastie magyare eut été décapitée à Mohàcs
(1526), le Sabor (diète croate) désigne Ferdinand de Habsbourg pour
suzerain, sans pour autant révoquer les Pacta Conventa. Débute alors l'ère
habsbourgeoise des pays de la Croatie continentale, tandis que la Dalmatie
demeure vénitienne. Pendant ce temps, les armées turques poursuivent leur
progression et prennent, en 1537, la forteresse de Klis, porte continentale
juchée sur les hauteurs de Split.

1566

. L'héroïque et désespérée défense de la place forte de Siget par Nikola
Subic Zrinski face à l'armada ottomane, commandée par Soliman le Magnifique,
parvient à la détourner de sa marche sur Vienne.

1593

. Victoire à Sisak contre les Turcs. À cette époque la Croatie est
réduite aux "Reliquiæ reliquiarum" (les restes des restes du jadis glorieux
royaume croate), c'est-à-dire au tiers de sa superficie actuelle, à l'ouest
d'une ligne Karlobag-Karlovac-Virovitica.

1615

. Guerre austro-vénitienne dite "guerre des Uskoks", du nom des
guerriers croates protégés par Vienne qui, fuyant la conquête turque, se
sont installés à Senj en 1537.

1618-1648

. Lors de la guerre de Trente Ans, des régiments de cavaliers
croates servent dans l'armée royale de Louis XIII et de Louis XIV. Ils
seront par la même occasion à l'origine de l'engouement de la Cour de
Versailles pour la cravate, accessoire original de leur uniforme, qui
connaîtra par la suite un succès inattendu.

1699

. Après l'échec du siège de Vienne en 1683, les grandes victoires des
armées impériales sur les Turcs permettent à la Croatie de recouvrer ses
terres orientales (Slavonie) jusqu'à Zemun (Sirmie), au confluent de la Save
dans le Danube (traité de Karlowitz). La majeure partie de l'actuel tracé
frontalier croato-bosnien, confirmé en 1739 (traité de Belgrade), remonte à
cette époque.

1718

. Paix de Passarowitz (1718). Pour éviter d'avoir une frontière commune
avec les Vénitiens, les patriciens ragusains cèdent à l'Empire ottoman les
territoires de Herceg Novi et de Neum, ce dernier constituant aujourd'hui
l'accès de la Bosnie-Herzégovine à la mer.

1797

. Après la disparition de la Sérénissime République, le traité de
Campoformio octroie la Dalmatie et l'Istrie, vénitiennes depuis 1409, à
l'empire d'Autriche, dans le cadre du royaume Triunitaire de
Croatie-Slavonie-Dalmatie.

Napoléon et le réveil national croate



1809

. Les territoires au sud de la Save, soit la moitié méridionale de la
Croatie, sont intégrés dans les "Provinces Illyriennes" de Napoléon
[1809-1813] dont l'établissement marque la fin de la République de Raguse
(Dubrovnik). De nombreux régiments croates se distinguent par leurs faits
d'armes en participant aux campagnes militaires de la Grande armée.

1815

. À la suite du Congrès de Vienne où est dépecé l'empire napoléonien, la
Dalmatie, l'Istrie et les autres territoires "illyriens" retournent aux
Habsbourg.

1830

. Début du renouveau culturel et politique croate [1830-1848] amorcé par
Ljudevit Gaj. Ce mouvement, connu également sous le nom de "mouvement
illyrien", aurait directement bénéficié de la présence française dans les
Provinces Illyriennes, laquelle contribua à la large diffusion des idées
révolutionnaires.

1848

. Les Habsbourg s'appuient sur le ban de Croatie, Josip Jelacic, pour
écraser la révolution hongroise. Après des siècles d'usage du latin, le
croate devient la langue officielle au Sabor.

1851

. Afin de modérer les aspirations révolutionnaires, l'empereur
François-Joseph Ier de Habsbourg suspend l'ordre constitutionnel et établit
une administration absolutiste qu'il confie au chancelier Bach. En 1860,
devant l'échec de "l'absolutisme de Bach", l'empereur rétablit l'ordre
ancien.

1861

. Création du Parti du droit d'Ante Starcevic dont le programme prône la
réunification et l'indépendance à l'égard de Vienne de tous les "territoires
croates", Bosnie comprise.

1866

. L'évêque croate de Djakovo, Josip J. Strossmayer, élabore le premier
programme d'unification des Slaves du Sud de la Monarchie sous
l'appellation, alors inédite, de "yougo-slave" (sud-slave) et fonde à Zagreb
l'Académie croate qu'il baptise Académie yougoslave des sciences et des
arts.

1867

. L'accord austro-hongrois rééquilibre le rôle de la Hongrie au sein de
l'empire d'Autriche en donnant naissance à la Double Monarchie
d'Autriche-Hongrie.

1870

. Le premier congrès "yougoslave" se tient à Ljubljana.

1878

. Congrès de Berlin. L'Autriche-Hongrie occupe la Bosnie-Herzégovine
après l'insurrection croate d'Herzégovine.

1903

. Tandis que la crise du dualisme secoue l'Autriche-Hongrie, les hommes
politiques croates Ante Trumbic et Frano Supilo lancent le "Nouveau cap". À
la place de la politique comptant sur l'appui de l'Autriche face à la
Hongrie, l'opposition croate engage alors des consultations avec
l'opposition magyare et les partis serbes en Croatie.

1904

. Les frères Radic créent le Parti populaire paysan croate, rebaptisé
Parti paysan républicain croate en 1918, avant de finalement devenir, en
1925, le Parti paysan croate (HSS).

1908

. L'Autriche-Hongrie annexe la Bosnie-Herzégovine et contrarie du même
coup les visées expansionnistes de la Serbie à l'égard de cette province.

1914

. L'attentat de Sarajevo, perpétré contre le prince héritier
François-Ferdinand par le jeune nationaliste serbe Gavrilo Princip,
déclenche la Première Guerre mondiale.

1915

. Une vingtaine d'hommes politiques slovènes, croates et serbes en exil
fondent le Comité yougoslave en vue de la création d'un État yougoslave
commun. En échange de son ralliement à l'Entente, l'Italie se voit promettre
par les Alliés tout le littoral croate (Convention secrète de Londres).

La première expérience yougoslave



1918

. Le 29 octobre, le Sabor proclame l'indépendance du Royaume Triunitaire
de Croatie-Slavonie-Dalmatie, lequel rallie l'éphémère "Etat des Slovènes,
des Croates et des Serbes". Il se donne Zagreb pour capitale et rassemble
les territoires sud-slaves de l'Autriche-Hongrie moribonde (Slovénie,
Croatie, Bosnie-Herzégovine et Voïvodine).

Le 1er décembre, cet État s'unit, sans ratification par le Sabor, aux
royaumes de Serbie et du Monténégro sous le sceptre de la dynastie serbe des
Karageorgevic. Le nouvel Etat ainsi constitué prend le nom de "Royaume des
Serbes, des Croates et des Slovènes". Le chef du parti paysan républicain,
Stjepan Radic, s'y oppose alors avec véhémence. La contestation populaire
manifestée en Croatie est matée par l'intervention brutale des troupes
serbes. Le nouvel État centralisé à Belgrade n'arrivera jamais à concilier
les traditions politiques croates et serbes, par trop divergentes, liées
sans doute à l'héritage austro-hongrois et centre-européen, d'une part, et
les traditions ottomanes et balkaniques, d'autre part. Débute alors une
période de répression et d'hégémonie serbe.
`

1920

. Par le traité de Rapallo, l'Italie obtient d'importants territoires
croates (Istrie, Zadar et ses environs, les îles de Cres, Losinj et
Lastovo). Rijeka est proclamée ville libre, mais sera annexée par Mussolini
en 1924 à la suite du pacte de Rome. Elle ne redeviendra croate qu'en mai
1945, au sein de la Yougoslavie titiste.

1921

. La nouvelle Constitution centralisatrice découpe l'État en unités
administratives qui bafouent les frontières des entités historiques,
constitutives du Royaume. Instigateurs du mouvement "yougoslave" qu'ils
voulaient égalitaire, les Croates estiment trahie leur vision de l'État
commun. Ce ressentiment est renforcé par la politique de terreur et de
brimades dont ils sont systématiquement l'objet. Stjepan Radic, chef
charismatique du parti paysan républicain, qui rassemble la grande majorité
des Croates autour de ses thèses républicaines et fédéralistes, entame une
lutte acharnée contre le centralisme serbe. Le leader serbe de Croatie, S.
Pribicevic, lui-même naguère partisan du centralisme radical, finira à son
tour par le rejoindre en 1927.

1922

. Se fondant sur les engagements pris dans les Quatorze Points de
Wilson, Radic adresse à la SDN un mémorandum par lequel il réclame son
soutien pour l'établissement d'une Croatie indépendante.

1929

. Le 6 janvier, le roi Alexandre suspend la constitution et proclame la
dictature. L'État prend désormais le nom de "Royaume de Yougoslavie".

1934

. Assassinat à Marseille du roi Alexandre de Yougoslavie par un membre
de l'ORIM (Organisation révolutionnaire intérieure de Macédoine) de
connivence avec le mouvement révolutionnaire Oustacha [Insurgé] créé deux
ans auparavant par Ante Pavelic, dont les quelques centaines de membres sont
exilés dans des camps d'entraînement en Italie et en Hongrie.

1939

. Malgré l'extrême opposition des milieux grand-serbes, l'accord
Cvetkovic-Macek donne naissance au sein du royaume yougoslave à la "Banovine
de Croatie" à la tête de laquelle se trouve un ban. Celle-ci jouit d'une
très large autonomie et rassemble toutes les provinces croates excepté
l'Istrie, alors italienne, et englobe également les territoires de
population croate en Bosnie-Herzégovine.

La Seconde Guerre mondiale



1941-1945

. A la suite de la remise en question du Pacte tripartite signé par
le régent Paul, l'Allemagne attaque la Yougoslavie le 6 avril et l'envahit
en quelques jours. Les troupes serbes de l'armée royale qui n'opposent
pratiquement aucune résistance perpètrent cependant après la débâcle les
premiers massacres, notamment à l'encontre de populations musulmanes et
croates en Bosnie-Herzégovine. Après le refus de Macek de diriger un État
croate satellite de l'Allemagne, les puissances de l'Axe installent le 10
avril à Zagreb un "État indépendant de Croatie" et placent à sa tête Ante
Pavelic, le leader du mouvement Oustacha. Cet État, partagé en zones
d'occupation allemande et italienne, comprend toute la Bosnie, mais cède à
l'Italie la majeure partie de la Dalmatie et l'Istrie. Le Sabor, non
consulté, est dissous.

La Yougoslavie démembrée est le théâtre d'une
sanglante guerre qui sur fond de conflit mondial oppose collaborateurs et
résistants locaux, mais également les tenants d'intérêts nationaux
particuliers. À la politique de terreur menée par Pavelic, notamment à
l'égard des Serbes et des opposants (Juifs, Croates), fait écho celle
pratiquée à l'encontre des Croates et des musulmans bosniaques par les
tchetniks royalistes serbes de Mihajlovic, également alliés de l'Axe, et par
les unités fascistes serbes du Zbor de Ljotic. Les Partisans yougoslaves de
Tito, qui les combattent, bénéficient quant à eux du soutien grandissant des
Alliés.

Face aux quelque 60.000 oustachis sur lesquels s'appuie le régime de
Pavelic, la résistance croate s'organise dès l'insurrection armée du 22 juin
1941 qui marque le début d'un mouvement dont l'ampleur croissante
supplantera, dès 1943, l'effectif militaire oustachi. Les Partisans croates
comptent alors plus de 100.000 hommes et disposent de leur propre
état-major, le ZAVNOH, incarnant la "Croatie libre", dirigé par l'écrivain
Vladimir Nazor, dans le cadre du Conseil populaire antifasciste de
libération yougoslave (AVNOJ) instauré en 1942.

Durant la guerre, un événement de portée militaire limitée mais singulier à
bien des égards se déroule le 17 septembre 1943, à Villefranche-de-Rouergue
: la "révolte des Croates", mutinerie contre les nazis des unités
croato-bosniaques enrôlées de force et stationnées dans le sud de la France
occupée.

Les combats contre l'occupant allemand et italien causèrent la mort de 1
million de personnes, dont près de la moitié de Serbes et un tiers de
Croates.

La Croatie dans la fédération yougoslave communiste



1945

. La République populaire de Croatie devient l'une des six composantes
de la nouvelle Yougoslavie, dirigée par le communiste d'origine croate Josip
Broz, dit Tito.

1946

. Proclamation de la République Populaire Fédérative de Yougoslavie
(RPFY). Procès stalinien du cardinal Stepinac, défenseur des Juifs durant
l'occupation et ardent opposant à Pavelic, mais partisan de l'indépendance
de l'église catholique croate vis-à-vis du PC dirigé par Tito.

1948

. Rupture Tito-Staline.

1950

. Début l'expérience autogestionnaire.

1963

. La RFPY devient la République Socialiste Fédérative de Yougoslavie
(RFSY), et la République populaire de Croatie cède la place à la République
socialiste de Croatie.

1967

. Déclaration sur l'identité propre de la "langue littéraire croate" et
renouveau de l'activité culturelle en Croatie.

1971

. À la suite de grèves générales des étudiants et des ouvriers croates
réclamant davantage de libertés, Tito limoge la direction communiste croate
(Dabcevic-Kucar et Tripalo) en raison de ses élans réformateurs et brise
brutalement le mouvement du "Printemps croate". De nombreux intellectuels,
étudiants ou journalistes sont emprisonnés, victimes de purges massives.
Parmi eux, Budisa, Djodan, Gotovac, Mesic, Tudjman, Veselica, mais aussi
Dabcevic-Kucar et Tripalo, figures les plus éminentes de la contestation,
lesquelles reviendront vingt ans plus tard sur le devant de la scène
politique, lorsque la Croatie accédera à l'indépendance.

1974

. Adoption d'une nouvelle constitution fédérale qui accorde davantage
d'autonomie aux républiques fédérées. Dans son préambule, elle réaffirme
notamment leurs droits issus de la Libération et en premier lieu celui à
"l'autodétermination jusqu'à la sécession".

1980

. Mort le 4 mai de Josip Broz, dit Tito, fondateur de la deuxième
Yougoslavie, fédérale et communiste. Une présidence collégiale à rotation
annuelle est mise en place, permettant à chaque entité fédérée d'accéder à
la tête de l'État.


Pour prendre connaissance de l'histoire de la période 1980 - 2002, cf. le
site Internet de l'Ambassade de Croatie en France : www.amb-croatie.fr