Massacre de population ouzbèke au Kirghizstan (juin 2010)
2011-12-18

Le 10 juin 2010, des pogroms antiouzbeks ont été déclenchés dans la ville d'Och au Sud-Ouest du Kirghizstan, à proximité de l'Ouzbékistan. Ils se sont étendus à la vallée de Ferghana, jusqu'à la ville de Djalal-Abad. Le bilan officiel est de 198 morts, 2 000 blessés, 300 000 personnes déplacées à l'intérieur du pays et 110 000 personnes réfugiées en Ouzbékistan. Le bilan provisoire est infirmé par la Présidente par intérim, Roza Otounbaeva, qui fait état de 2 000 morts. L'état d'urgence a été proclamé jusqu'au 25 juin.

Si la population ouzbèke ne représente en moyenne que 15% de la population totale du Kirghizistan (5,3 millions d'habitants), elle représente 40% dans cette région en bordure de l'Ouzbékistan. Ces deux populations turcophones pratiquent la même religion, l'islam sunnite. La population kirghize a conservé longtemps ses traditions nomades, la population ouzbèke s'est sédentarisée plus tôt.

Témoignages

Selon les témoignages rapportés par les agences de presse et les médias occidentaux, des attaques simultanées auraient touché les quartiers ouzbèkes d'Och (Oblegaï, Vostotchny, ...) suivant un scénario identique, blindé en tête avec hommes en uniforme, snipers installés sur les hauteurs, bandes de jeunes Kirghizes en rang serré. Les maisons ouzbèkes auraient été vidées de leur population, pillées puis incendiées aux lance-grenades.

Origine des évènements

Pour les uns, comme le ministre de l'Intérieur Azimbek Beknazarov, les partisans de l'ancien président Kourmanbek Bakiev, en fuite en Biélorussie depuis avril 2010 avec les caisses de l'Etat, en seraient les initiateurs. La ville de Djalal-Abad, à 70 kilomètres d'Och, est leur fief.

Certains observateurs relient ces pogroms à l'assassinat, le 7 juin 2010, d'un chef mafieux d'origine ouzbèke Aïbek Mirsidikov, proche du frère de l'ex-président déchu.

Pour les autres, les litiges permanents entre Kirghizes et Ouzbeks à propos de la propriété des terres seraient la cause profonde des évènements. La population kirghize accuse la population ouzbèke de monopoliser la richesse d'un pays dans lequel le Produit intérieur brut par habitant n'a pas dépassé 600 euros en 2009.

Des rumeurs accréditent la thèse de violence spontanée suite au viol d'une femme kirghize par des hommes ouzbeks, ou suite à une rixe dans un casino, hypothèses difficiles à retenir compte-tenu de la "planification" apparente des évènements.

Réactions internationales

- La Russie, qui possède une base militaire à Kant, à 20 kilomètres à l'Est de la capitale Bichkek, a dépêché un bataillon supplémentaire de parachutistes. Elle exclut toute intervention, même dans le cadre de l'Organisation du traité de sécurité collective (OTSC) regroupant 7 Etats post-soviétiques, et propose une aide humanitaire.

- L'Ouzbekistan, dirigé d'une main de fer par Islam Karimov, a plus ou moins fermé ses frontières afin de limiter l'afflux des réfugiés ouzbeks provenant du Kirghizistan.

- La Chine, très présente économiquement au Kirghizstan, pays frontalier avec sa province du Xinjiang abritant la population ouïgours liée aux Kirghizes sur les plans linguistiques et religieux, a fait évacuer ses ressortissants et a proposé une intervention dans le cadre de l'Organisation de coopération de Shanghai (OCS) regroupant la Chine, la Russie et les Etats d'Asie centrale. la Russie a décliné.

- L'Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE), présidée actuellement par le Kazakhstan, est restée silencieuse.

- Les Etats-Unis, qui possèdent une base militaire à Manas, à 25 kilomètres à l'Ouest de la capitale Bichkek, proposent une aide humanitaire (32 millions de dollars).

- Les Nations Unies proposent la création de couloirs humanitaires et une aide (71 millions de dollars).


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Sur le terrain, les 410 000 Ouzbeks réfugiés et déplacés se plaignent de voir l'aide humanitaire attribuée aux Kirghizes.