Historique de la communauté croate en France
2012-12-27

Historique



A la fin du XIXe et au début du XXe siècle

la France est terre de transit ou
terre d'exil de nombreux Croates. Beaucoup s'embarquent pour le Nouveau
Monde depuis les ports français, et notamment au Havre.

Dans les années qui suivent la Première Guerre mondiale

, de nombreux Croates trouvent également en France un pays d'accueil. Ils viennent pour la plupart y chercher du travail, car la crise économique et les difficultés dans leur
pays les poussent à l'exil. Ils sont mineurs, bûcherons, ouvriers dans les
usines.

Après la Deuxième Guerre mondiale

, la présence croate en France s'accroît
pour des raisons politiques, mais aussi économiques. Une part non
négligeable d'immigrés est constituée d'opposants ou de réfugiés politiques
au régime communiste yougoslave, regroupés en de nombreuses associations.

En 1962

, une section syndicale de la CFTC, l'Union des Travailleurs croates,
rassemble même plus de mille membres. Des Missions catholiques croates
s'instaurent et, très vite, deviennent les principaux lieux de rassemblement
de la communauté, et un lien privilégié avec le pays. Les uns et les autres
font l'objet d'une surveillance vigilante et constante des services secrets
yougoslaves. S'y ajoute la méconnaissance manifestée par les autorités
françaises tant à l'égard de la "question croate" que de la nature
totalitaire et répressive du régime communiste de Belgrade. Tout cela
contribue à créer un véritable mal-être des Croates de France.

Un des
épisodes tragiques qui illustre le mieux ce climat est celui de la "Revue
croate"
(Hrvatska Revija), une revue littéraire et artistique lancée en 1966
à Paris par Vinko Nikolic, de nationalité française. Belgrade y voit là une
"atteinte" au centralisme politique et culturel yougoslave, où tout ce qui
présente un caractère croate doit être banni, et fait connaître son
mécontentement aux autorités françaises. Nikolic est finalement expulsé de
France et un numéro de la revue est saccagé à l'imprimerie par la police en
1967.

Mais la communauté croate ne se décourage pas.

En 1970

, en plein "Printemps
croate", une section de la société culturelle Matica est fondée à Paris, où
elle animera pendant plus de vingt ans la vie culturelle de la diaspora.

Dès
le début des années 1980

, une Équipe de recherche sur la culture croate est
fondée à la Sorbonne et s'illustre par une série de colloques internationaux
consacrés à ses relations avec d'autres cultures européennes. À partir de
1983, avec le début d'un cycle de colloques consacrés à la culture croate
organisés à la Sorbonne, la spécificité nationale croate commence peu à peu
à être reconnue en France.

La répression yougoslave ne désarme pas, de son côté : après le printemps
croate (1971), une nouvelle vague d'opposants politiques au régime
yougoslave arrive en France. La pression et la surveillance des services
secrets de Belgrade s'accroît et se solde par de nombreux assassinats
d'opposants. Parmi beaucoup d'autres, on retiendra l'intellectuel et
historien croate Bruno Busic, figure emblématique de la résistance croate en
exil au centralisme de Belgrade, qui est froidement exécuté en 1978 en plein
Paris par les tueurs de la redoutable UDB-a, la fameuse police politique
yougoslave.

En 1990

, les Croates de France décident de se doter d'une instance
représentative : ainsi naît le CRICCF (

Conseil représentatif des
Institutions et de la Communauté croates de France

). Dans le même temps, la
diaspora croate de France et du monde entier se mobilise en faveur de
l'indépendance de la Croatie, apporte un soutien moral, humanitaire et
financier durant la guerre, et participe à l'effort de défense du pays. À
Paris, comme en province, émerge non seulement une large couche populaire
qui manifeste sa solidarité active envers son pays d'origine, mais aussi des
cercles intellectuels croates, qui sont en mesure de se faire entendre dans
l'opinion publique française et dans les médias. Plus d'un millier de
camions d'aide humanitaire seront acheminés depuis toute la France, grâce
notamment à un vaste mouvement de générosité de la population française qui
fait preuve d'une grande solidarité.

Depuis le retour de la paix

, en 1995,
l'activité humanitaire a quasiment cessé.