Géorgie, Suisse et France : Joseph Davrichewy (1882-1975), révolutionnaire, aviateur, agent de contre-espionnage et écrivain
2013-04-02

Iossif, dit Sosso ou Zozo, Davrichachvili

Joseph Davrichewy est né à Gori, le 23 octobre 1882, et est le fils de Damian Davrichewy, officier de la police du tsar.

L'enfance



Il grandit dans sa ville natale, à 80 kilomètres à l'Ouest de Tiflis, dans une Géorgie intégrée à l'Empire russe depuis 80 ans. Parmi ses compagnons d'enfance se trouve Joseph Djougachvili (dit Sosso, Koba et plus tard Staline). Après quelques années à l'école paroissiale de Gori, il poursuit ses études au lycée de la perspective Golovinski, l'un des établissements les plus renommés de Tiflis.

Il s'intéresse très jeune aux idées du mouvement social fédéraliste géorgien qui prône le réveil de la nation géorgienne comme entité autonome au sein de l'Empire russe.

Son père l'envoie étudier à Paris, à la Sorbonne, afin de le soustraire à la tentation révolutionnaire.

La clandestinité en Géorgie



En 1905, il revient en Géorgie dès les prémices de soulèvement et s'engage dans la branche armée du Parti social fédéraliste : il participe à l'attaque de banques afin d'assurer son financement. Parfois allié à la branche armée du Parti social démocrate, parfois concurrent, il croise et recroise un autre "Sosso", bolchévique, que la police secrète du tsar Nicolas II -l'Okhrana- confond avec lui (aspect physique et origine de Gori).

Le 25 septembre, il prend part au soulèvement général de Tiflis contre les autorités russes.

A la fin de l'année, il prend la direction de la branche armée du Parti social fédéraliste. Il écrira dans ses mémoires "En ces temps là tout le monde s'armait n'importe comment et à n'importe quel prix".

Le 16 février 1906, il est le témoin de l'attentat qui coûte la vie au général Griazanov, le "boucher de Tiflis" commandant des Cosaques ; l'attentat est attribué à la branche armée du Parti social démocrate, mencheviks et bolcheviks encore réunis, dont fait partie Joseph Djougachvili.

Mi-1906, il attaque la Trésorerie de Doucheti, à la tête d'un commando et s'empare de 100 000 roubles (environ 1 million de dollars d'aujourd'hui), l'une des plus fortes sommes jamais dérobées par les révolutionnaires en Géorgie. Une querelle éclate entre les hommes qui veulent se partager le butin et qui s'entretuent. Les survivants émigrent pour échapper à l'Okhrana. La légende veut que ces roubles soient réapparus sur les tables des casinos de la Côte d'Azur française.

Devant la répression qui se développe en Géorgie et dans tout l'Empire russe, il gagne la Suisse où sa femme le rejoint- afin d'échapper à la déportation en Sibérie. Il affirmera plus tard qu'il avait été condamné à mort par contumace par les autorités russes.

L'émigration en Suisse



Il inquiète également les autorités helvétiques qui l'arrêtent un temps. Son fils Datho (1) naît à Lausanne en 1907. Sa femme, Anéta Tchidjavadzé, et son fils quitte la Suisse et retournent en Géorgie en 1910.

L'émigration en France



Il gagne ensuite la France. Le 11 novembre 1912, il obtient son brevet de pilote, numéro 1138.

A la déclaration de la Première guerre mondiale, il s'engage dans l'aviation militaire et devient l'un des héros français.

Une liaison avec Mata Hari, exécutée pour trahison en 1917, lui est parfois attribuée, mais elle tient de la légende journalistique selon ses descendants.

En 1919, il a un deuxiéme fils, Serge (2), avec une infirmière polonaise.

Il entre dans les services secrets français au contre-espionnage, sous les ordres du commandant Georges Ladoux. En mission, il se lie avec Marthe Richard, soupçonnée d'être une espionne allemande (3) et l'innocente.

En 1936, il est contacté secrètement par Staline, mais ne donne pas suite.

De 1939 à 1944, sous le nom de Jean Violan, il dirige le 2e Bureau clandestin des engagés volontaires étrangers à Saint Amand Montrond (Cher) et mène des actions contre la milice et l'occupant allemand. Son parcours est reconstitué en mai 2010, lors d'une enquête du journal "Le Berry" (en septembre et octobre 1939 à l'hôtel Chevrette, puis en octobre 1940 au même hôtel, et enfin 20 route de Bourges). En parallèle, il signe des articles dans le journal "Le Nouvelliste du Centre".

En 1953, après la mort de Staline, il écrit au rédacteur en chef du journal "Rivarol" "Le fait que Sosso Djougachvili soit le fils de mon défunt père est officiellement établi", accréditant la thèse de certains historiens qu'Ekateriné Guéladzé, épouse du cordonnier Vissarion Djougachvili, aurait été la maîtresse de Damian Davrichewy.

Le 30 juin 1966, la Télévision Suisse Romande diffuse dans son émission "Continent sans visa" un document du journaliste Jean-Pierre Goretta et du réalisateur Alain Tanner de 22 minutes, intitulé "Russes blancs", dans lequel il traite les Russes blancs de "cadavres ambulants", réitère le fait qu'il est le demi-frère de Staline et affirme qu'il a passé à tabac deux fois Trotsky.

En 1975, il décède à Paris.

Il était titulaire de la Légion d'honneur, de la Croix de guerre et de la Croix de Saint Georges.

L'écrivain



Il publie plusieurs ouvrages sous les noms de Jean Violan,

- *Dans l'air et dans la boue. Mes missions de guerre", Editions du Masque, Paris 1933,

- "Mémoires de guerre secrète T.3.", Editions du Masque, Paris 1933,

- "Astrakan, l'espion du Quartier Latin", Editions Baudinière, Paris, 1936,

ou de Joseph Davrichewy,

- "Ah! ce qu'on rigolait bien avec mon copain Staline", Edition J.C. Simon, Paris, 1979 (à titre posthume).

Notes



(1) Parmi sa descendance issue de David dit Datho (1907-1987), peuvent être cités

- avec Marguerite Matignon (1908-2002) épouse Davrichewy, Georges (1931-2004) dit Titi ou Yack (architecte DPLG) père de Kéthévane -écrivain- et de Nathéla -comédienne et chanteuse-), Alexandre (né en 1936) dit Sandriko (musicien de jazz) père de Stéphane, Irakli (né en 1940) -trompettiste de jazz et référence française sur Louis Amstrong- père de Jason,

- avec Tamar Vatchnadzé (née en 1931) épouse Davrichachvili, Artchil (né en 1955) -recteur de la paroisse géorgienne Sainte Nino de Paris- père de Vakhtang et Barbara, Hélène (née en 1956), Elisabeth (née en 1958) dite Liziko mère de Tamar, Kéthévane (née en 1964) dite Kétino, Anne (née en 1967) dite Anéta mère de Datho, Chalva (né en 1971) dit Chaliko père de Lilé, Sophie(1972) dite Sopiko mère de Luka et Matéo.

(2) Parmi sa descendance issue de Serge Davri, né en 1919, il convient de citer son petit-fils Bruno et son arrière-petit-fils Philippe. Serge Davri débute dans le spectacle avec Georges Dalibon accordéoniste / vibraphoniste -dit Dali-, il devient ensuite fantaisiste à l'Alcazar, puis tourne dans une vingtaine de films entre 1958 et 1974, et dans différentes séries télévisées au début des années 1980.

(3) A partir d'un roman du commandant Ladoux, auquel Joseph Davrichewy aurait fourni des faits d'armes imaginaires, Raymond Bernard tourne en 1937 un film avec Edwige Feuillère et Eric von Stroheim, Marthe Richard, espionne au service de la France". Ce film alimente la légende d'une espionne de haut vol, légende mise à mal en 1976 par Charles Chenevier, qui voit en Marthe Richard une femme légère, mensongère, depuis ses études à l'Institut catholique de Cirey-sur-Vezouze (Meurthe et Moselle) -à la fin du XIXe siècle- jusqu'à son élection au Conseil municipal de Paris -au milieu du XXe siècle- où elle fera voter la fermeture des maisons closes.


Sources multiples, dont "Le Jeune Staline" de Simon Sebag, Calmann Levy, Paris 2008.

Remerciements à Irakli, Annick et Stéphane Davrichewy, à Artchil Davrichachvili et à Kéthévane Davrichachvili pour certaines précisions
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Voir aussi

- filmographie Serge Davri :
[URL : http://www.cinema-francais.fr/les_acteurs/acteurs_d/davri_serge.htm]

- arbre généalogique :
[URL : http://gw4.geneanet.org/quevilly?lang=fr&pz=youna+marie+maelle&nz=davrichewy+ou+davrichachvili+de&ocz=0&m=D&p=joseph&n=davrichewy+de&sosab=10&alwsurn=yes&t=T&color=&v=4]

- [URL : 3432]

- [URL : 3547]