Iouri Loujkov, ancien maire de Moscou, limogé après 18 ans de règne (septembre 2010)
2011-12-21

Iouri Loujkov a été limogé le mardi 28 septembre 2010 après une campagne engagée par la présidence de la Fédération de Russie tant sur les chaines de télévision privée (NTV appartenant à GAZPROM) que publiques (Pervy kanal, Rossia 24)

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Déjà le 6 septembre, le maire de Moscou avait publié une tribune dénonçant implicitement la politique de Dmitri Medvedev (suspension d'un projet autoroutier, lourdeur de la société russe, modernisation arrêtée en chemin). Puis le 7 septembre, il avait décerné une médaille au vice-premier ministre, Igor Setchine, ancien des Renseignements militaires (GRU) et considéré comme chef de file de la ligne "dure" auprès du Premier ministre Vladimir Poutine (1).

Une carrière post-soviétique et un enrichissement personnel



Iouri Loujkov, 74 ans, a connu à la tête de la Mairie de Moscou les présidences successives de Boris Eltsine, Vladimir Poutine et Dmitri Medvedev. Il s'était inscrit dans la trajectoire du parti politique "Russie Unie" fondé et dirigé par Vladimir Poutine. Il semblait être devenu un homme incontournable dans le paysage politique russe : son présent mandat devait se terminer en juin 2011.

Le népotisme (l'entreprise de BTP de son épouse, Elena Batourina, entretient les routes de Moscou réputées "les plus chères du monde"), la corruption (deux de ses adjoints ont été mis en examen par la justice), l'enrichissement personnel (Elena Batourina est à la tête d'une des plus grandes fortunes de Russie, évaluée à 2,3 milliards d'euros), le trafic d'influence (deux fois nommé, trois fois élu souvent grâce au "bonus Loujkov" généreusement distribués aux fonctionnaires), voire la violence (un journaliste d'opposition est devenu infirme suite à une agression par des inconnus, le dossier judiciaire a "disparu"), ont émaillé les dix-huit années de sa magistrature (2).

Préparation des élections présidentielles de 2012




Son absence durant les incendies de forêt qui ont cerné Moscou en août 2010 -et mis en difficulté plus d'une dizaine de millions de Moscovites- et ses critiques publiques de la présidence russe ont été les prétextes à son limogeage, mais la raison en est plus profonde.

Pour les uns, Dmitri Medvedev essaie de marquer son territoire en prévision d'un deuxième mandat, le mandat actuel axé sur la "modernisation" de la Russie ne portant pas ses fruits.

Pour les autres, Dmitri Medvedev n'a rien pu faire sans l'aval de Vladimir Poutine, ainsi débarrassé d'un allié encombrant et qui continue à diriger de fait la Fédération de Russie.

N.L.

Notes



(1) Au printemps 2010, Igor Setchine a remplacé le négociateur pour l'achat de navires de guerre français, les BP Mistral. Sa mission serait d'obtenir de la France les technologies militaires aux normes de l'OTAN qui les accompagnent et le transfert de savoir-faire qui permettrait aux chantiers navals russes de les construire eux-mêmes.

(2) Iouri Loujkov avait accueilli en 2004 le satrape Aslan Abachidzé, et sa fortune personnelle, chassé d'Adjarie par la Révolution des Roses. Le maire de Moscou était aussi un bienfaiteur des arts et parrainait l'Académie des Beaux-Arts : son président, Zourab Tsereteli, a récemment fait don de statues monumentales à plusieurs villes de France.