Russie : éléments économiques pour la période de 2000 à 2009
2010-11-10

La crise qui a touché la Fédération de Russie en 2008 est la conjugaison de la crise financière et économique mondiale d'une part , des limites du modèle de croissance russe d'autre part. Les indices macroéconomiques se sont dégradés après une décennie de bons résultats.

Le Produit Intérieur Brut


De 2001 à 2008, le PIB a cru, année après année, dans une fouchette de 4 à 8%. En 2009, il se contracte de 8%. La croissance a été principalement due aux exportations de matières premières, mais la demande interne (immobilier, services, télécoms, ...) y a aussi contribué.

- L'industrie (métallurgie, machines outils, ...) peine à se reconvertir dans des productions à plus faible valeur ajoutée.

- L'industrie légère (bois, cuir, papier, textile, ...) souffre d'une insuffisance de restructuration et de financement.

- Le secteur agricole est aujourd'hui importateur : il ne permet plus la subsistance alimentaire des 142 millions de personnes habitant le territoire russe. En 20 années, les surfaces cultivées ont été divisées par 2, le nombre de têtes de bétail par 4.

- Les places financières de Saint Pétersbourg et de Moscou restent peu attractives. En 2008, le Forum économique mondial les classent à la 36e position (sur 52) et leurs indices boursiers chutent de 70%. Dmitri Medvedev a pourtant affiché ce secteur comme prioritaire lors de son investiture présidentielle.

Globalement, la plupart des secteurs économiques russes patissent d'un manque d'investissement (bien que la Fédération de Russie investisse autant à l'étranger qu'elle reçoit de capitaux) et d'un manque de liens avec la recherche et l'innovation.

Le commerce extérieur


De 2002 à 2008, les exportations ont cru de 100 à 470 milliards de dollars, les importations de 50 à 300 milliards de dollars. Le solde positif est ainsi passé de 50 à 170 milliards, permettant l'accumulation de réserves financières. Les exportations ont concerné essentiellement les matières premières (pétrole, gaz, charbon, ...), bien qu'elles comptent quelques niches comme l'armement conventionnel (8 milliards de dollars) ; ce dernier secteur situe la Fédération de Russie au 2e rang mondial derrière les Etats-Unis ; ses principaux clients sont l'Algérie, le Brésil, la Chine, l'Iran, le Vénézuela et certains pays africains (1).

En 2009, la chute des cours mondiaux des matières premières entraîne une contraction des exportations russes à 300 milliards de dollars (soit - 36%). Parallélement les importations sont contenues à moins de 200 milliards de dollars, ce qui laisse un solde positif de 100 milliards de dollars.

L'économie de la Fédération de Russie s'est mondialisée durant la dernière décennie et paradoxalement elle n'a pas encore adhéré à l'Organisation mondiale du commerce (OMC), malgré des négociations longues er laborieuses. En effet, Moscou a besoin de protéger ses secteurs les plus faibles (industrie, agriculture, ...) et l'abaissement des droits de douane en sonnerait le glas.

Le budget national


Un rapide survol montre que de 2001 à 2008, les excédents budgétaires ont oscillé entre 1,4 et 7,5% du PIB. En 2009, la situation s'inverse et le déficit atteint 5% du PIB.

Par ailleurs la fiscalité reste particulièrement attractive pour les entreprises avec un impôt sur les sociétés à 13%, alors que la TVA est de 18%.

La force de travail


Depuis une vingtaine d'années, la pénurie de cadres et de main-d'oeuvre ralentit considérablement la progression de la productivité et entâche la compétitivité des entreprises russes sur le marché mondial.

De 2001 à 2008, le taux de chômage a baissé de 9 à 6%. En 2009, il remonte à 8%.

De 2003 à 2008, le salaire moyen mensuel a cru de 179 à 650 dollars. En 2009, la dévaluation de 30% opérée de fait sur le rouble ampute d'autant le pouvoir d'achat des citoyens russes.

Les perspectives


L'économie russe bénéficie de trois éléments statégiques en sa faveur, les entreprises géantes contrôlées par l'Etat russe, le plan industriel à horizon 2020 et l'ouverture des marchés vers l'Asie. La pérennité d'un pouvoir politique qui s'exprime depuis une décennie avec le tandem Poutine / Medvedev et qui pourrait s'exprimer une décennie encore, donne à ces éléments stratégiques une chance indéniable de réussite.

- GAZPROM (2), LOUKOIL (chemins de fer) , ROSATOM (3), ROSNEFT, ROSOBORONEXPORT et quelques autres ont pour mission de contenir les groupes étrangers sur le territoire russe et d'affirmer la puissance retrouvée de la Russie à l'étranger : ils disposent de moyens gigantesques que seul un capitalisme d'Etat peut procurer.

- Le plan industriel adopté en 2007 à horizon 2020 s'appuie sur l'innovation (le nombre de chercheurs russes est à un niveau tout à fait comparable à celui des pays développés (7 chercheurs pour 10 000 habitants) dans 4 secteurs prioritaires, l'aviation, la construction navale, l'énergie hydroélectrique et le nucléaire civil, auxquels les infrastructures de transport ont été jointes. Ce plan n'exclut pas les transferts de technologie en provenance des pays étrangers, et c'est bien le cas avec l'Allemagne (accord SIEMENS- ROSATOM pour le nucléaire civil, en prévision de l'ère post-hydrocarbures) (4) et avec la France (recherche d'un accord pour la construction dans les chantiers navals russes des navires de guerre de conception française, MISTRAL BPC) (5).

- Si l'Union européenne reste encore le principal partenaire commercial de la Fédération de Russie (60% de ses exportations, 45% de ses importations), l'Asie -et principalement la Chine- prend une place de plus en plus grande. Pour Pékin, le besoin en matières premières est vital. Pour Moscou, l'atténuation de la dépendance vis-à-vis des pays de l'U.E. est tout aussi vital. L'Organisation du groupe de Shanghaï (réunissant la Russie, la Chine et les pays d'Asie centrale) et celle du BRIC (réunissant le Brésil, la Russie, l'Inde et la Chine) y pourvoient.

A contrario, le déclin démographique (6) menace la stratégie économique - et politique- dessinée au Kremlin : la Chine serait certainement disposée à prêter main forte sur les questions démographiques, l'Union européenne n'en a pas les moyens.

Il serait paradoxal que la Fédération de Russie -héritière de la très marxiste URSS- accumule un capital généré par les exportations de matières premières, mais échoue en finalité à cause d'une force de travail défaillante.

Notes

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(1) [URL : 2670]

(2) [URL : 2696]

(3) [URL : 3120] et [URL : 3139]

(4) [URL : 2726]

(5) [URL : 3001] et [URL : 3118]

(6) [URL : 3140]

Source principale : "La Russie contemporaine" sous la direction de Gilles Favarel-Garrigues et Kathy Rousselet, Fayard, Paris 2010. Sources secondaires : médias russes et français.