Luc Méloua (1936-2010), motoriste, auteur et journaliste, d'origine géorgienne
2013-03-19

Méloua Lucien, Luc, Louka

Luc Méloua est né le 27 décembre 1936 à Paris, de Mariam Barnovi (1), et de Mirian Méloua (2), d'origine géorgienne. Toute sa vie, il baignera dans la culture de l'émigration politique géorgienne parvenue en France durant les années 1920.

En juin 1940, il participe avec ses parents à l'exode des populations civiles devant l'avancée de l'armée allemande. En août 1944, il a la surprise d'accueillir route de Leuville, à Saint Germain lès Arpajon, un détachement de la 2e Division blindée du Général Leclerc qui cherche une voie alternative vers Paris. Au début des années 1960, appelé au service militaire en Algérie, il se range du côté de la légalité républicaine lors de la rebellion d'une partie de l'armée française. Il garde de ces évènements un profond attachement aux valeurs gaullistes et se porte candidat au début des années 2000 aux élections municipales sur une liste s'en inspirant.

Les études



Après ses études au Lycée Jean-Baptiste Corot de Savigny-sur-Orge, il intègre l'Ecole technique de l'aéronautique et de constructions automobiles (ETACA) à Paris : il complétera plus tard cette formation au Conservatoire des Arts et Métiers (CNAM) et à l'Ecole supérieure de l'approvisionnement (ESA). Il suivra également durant plusieurs années les cours de langue géorgienne de Georges Charachidzé à l'Ecole des Langues orientales (aujourd'hui INALCO).

La carrière professionnelle



Il effectue l'essentiel de sa carrière professionnelle au Centre d'Essais en Vol de Brétigny-sur-Orge, organisme du ministère de la défense nationale servant aux essais et à la qualification des avions militaires et civils. Il oeuvre également aux C.E.V. de Cazaux et d'Istres.

Le journalisme et la publication



Dès le milieu des années 1950, sous la direction de Yann Poilvet, à Etampes, il s'investit comme pigiste dans la presse régionale -la Gazette de Seine et Oise, l'Avenir de l'Ile-de-France- et en devient un temps secrétaire de rédaction. A la disparition de ces journaux, il rejoint le Républicain de l'Essonne, puis le Parisien.

Les sports mécaniques restent son domaine préféré, et après avoir collaboré à un magazine espagnol, il entretient une relation privilégiée avec la revue Sport-Auto, notamment avec Gérard Crombac et Jean-Louis Moncet (3).

Il est par ailleurs l'auteur de livres de mécanique, références dans les écoles d'ingénieurs notamment à l'Institut National des Sciences Appliquées de Lyon et à l'Ecole Technique des Automobiles Peugeot,

- "Le gonflage des moteurs", Editions CILAM, 1973

- "La préparation des moteurs", Editions EPA, 1984

- "Compresseurs et turbos", Editions EPA, Hachette, 1985.

Les sports mécaniques



Jeune, il découvre la conception italienne de la mécanique avec le constructeur Jonghi et l'ingénieur Rémondini et participe aux premières armes du champion motocycliste et automobile Jean-Pierre Beltoise, son comparse à l'ETACA.

Il fait ensuite partie de l'équipe organisatrice des compétitions sur le circuit de Linas-Monthléry -dont le Bol d'Or motocycliste- aux côtés de MM. Vimont et Delaherche, au poste de commissaire technique de la Fédération française de motocyclisme (FFM).

Pilote amateur de karting et de rallye automobile, il participe à l'activité de deux écuries, le Club de karting de Brétigny-sur-Orge et Ecurie 91.

Plus tard, aux 24 heures du Mans, il prend en charge la logistique d'une écurie automobile dirigée par le préparateur Louis Meznarie, avec qui il connaît une longue complicité, des motocross sur NSU 250 cm3 aux courses d'endurance sur Porsche, en passant par les rallyes sur NSU 1000 TTS et sur BMW 2002 TTI.

Enfin, il s'attache sportivement et commercialement au constructeur de motos Yamaha et assure un temps la logistique d'une écurie de compétition.

La Géorgie



En 2001, il publie un mémoire "Les Géorgiens de la route de Leuville" dans le bulletin de l'association "Art et histoire du pays de Châtres".

En 2002, il consolide le mémoire d'Ekatériné Khamkhadzé "Les Géorgiens de Leuville" commandité par la Municipalité de Leuville-sur-Orge, et soutenu par le Conseil Général de l'Essonne.

En 2003, il est l'auteur, avec son frère Mirian, du livret "Leuville-sur-Orge et la Géorgie, une histoire commune", diffusé par la Municipalité à plusieurs milliers d'exemplaires (4).

En 2003, il est le co-fondateur, avec Claude Parmentier et son frère Mirian, des "Journées franco-géorgiennes de Leuville-sur-Orge", qu'ils produisent ensemble durant 3 années et qui perdurent encore aujourd'hui (5).

En 2007, il lance sur Internet une letttre d'information, en trois langues (français, géorgien, anglais), annonçant les évènements culturels -de par le monde- concernant la Géorgie, "Georgian News" (6).

Un hommage exceptionnel



Il meurt le 17 décembre 2010.

La cérémonie religieuse est célébrée selon le rite orthodoxe le jeudi 23 décembre à l'Eglise Saint Jean-Baptiste de Leuville-sur-Orge par le Père Artchil Davrichachvili, avec la participation vocale de Nana Péradzé (7).

Malgré des conditions climatiques défavorables, neige et verglas, la nef de l'église est trop petite pour accueillir une assistance de plusieurs centaines de personnes venues rendre un dernier hommage à Luc Méloua : représentants des anciens combattants avec drapeaux français et géorgien, représentants des pouvoirs politiques départementaux et locaux, représentants des médias nationaux et locaux, représentants du monde motocycliste et automobile, représentants du monde associatif local, représentants du Centre d'essai en vol de Brétigny, représentants de la communauté géorgienne en France et amis d'enfance.

Il repose dans le caveau familial du "carré géorgien" du cimetière communal.

M.M.

Notes




(1) Sa mère Mariam Barnovi (1913-1999), orpheline de mère, est élévée jusqu'à l'âge de 9 ans à Gori par sa grand-mère Barnovi. En 1921, son père, Nicolas Barnovi -combattant de l'armée nationale géorgienne contre les armées de la Russie soviétique-, s'exile à Constantinople. En 1922, Mariam, accompagnée de sa belle-mère et de sa soeur, quitte la Géorgie pour retrouver son père : elle le suit d'abord à Varsovie, puis à Paris. Grâce à une oeuvre caritative, elle est élevée jusqu'à l'âge de 18 ans dans une pension religieuse catholique, côte côte avec des jeunes européennes de l'Est et des jeunes africaines (dont Madeleine Senghor, la cousine de Léopold) : tout en restant fidèle à sa religion d'origine, l'orthodoxie, elle adhère à la démarche de l'oecuménisme. Elle transmettra à son fils ainé Luc le goût de la musique et du piano.


(2) Son père Mirian Méloua (1903-1991), né à Ozourgueti, jeune étudiant en médecine, participe à l'insurrection nationale géorgienne d'août 1924 contre le régime soviétique. Incarcéré à la prison de Métékhi, libéré sur parole, assigné à résidence en Gourie, il rejoint le dernier détachement d'insurgés en voie de gagner la Turquie (sous le commandement du capitaine Grigol Tsintsadzé). Après un bref séjour à Constantinople, il s'embarque pour Marseille, la Légation géorgienne à Paris lui ayant obtenu un emploi et un titre de séjour en France. Il milite toute sa vie contre l'occupation de la Géorgie, notamment au sein d'un groupe minoritaire du Parti social démocrate géorgien, "Opozitsia", dont les leaders furent tour à tour Nicolas Chéïdzé et Irakli Tsérétéli.

(3) En février 1973, Gérard Crombac, Jean-Louis Moncet, Thierry Lalande et Luc Méloua montent en un week-end le kit d'une Fun-car Liberta et l'équipent d'un moteur de Simca 1000 Rallye récupéré sur une épave, le tout pour 7 500 francs (dont 5 850 francs pour le kit et 1 400 pour l'épave). Ils auront l'honneur de la revue Sport-Auto et plus tard d'Internet :

[URL : http://philippe.boursin.perso.sfr.fr/bonus/kitcar/meanlib.htm]

(4) [URL : breve539]

(5) [URL : breve634]

(6) [URL : 2669]

(7) Message de condoléances de Mamuka Kudava, ambassadeur de Géorgie en France, Paris 22.12.10 :

"J'ai appris avec beaucoup d'émotion la douloureuse nouvelle du décès de Batoni Louka Méloua. J'en suis profondément bouleversé et m'associe à votre douleur dans la tragique épreuve que traverse votre famille.

Louka Méloua était un homme que j'avais beaucoup de plaisir à rencontrer. Son ouverture d'esprit, sa culture et son amour pour la Géorgie l'ont fait estimer par nombre de nos compatriotes. Je garderai de lui un souvenir très ému.

Personnalité attachante, simple et amical, interlocuteur intéressant, il a consacré de nombreuses années de sa vie au renforcement de l'amitié franco-géorgienne. Son nom est étroitement lié au lieu si symbolique pour les Géorgiens "Leuville". C'est d'ici que Luc Méloua diffusait en trois langues ses "Georgian News", lettre d'information dont des milliers de destinataires attendaient le nouveau numéro.

Au-delà de sa disparition physique, Batoni Louka continuera d'être en nos coeurs et en nos pensées, un citoyen, un patriote de ses deux patries et enfin un ami dont on évoquera la mémoire avec émotion.

Je vous adresse mes condoléances les plus attristées et vous prie de transmettre ma profonde sympathie à tous les membres de la famille de Batoni Louka. Que son âme repose en paix
".



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