Russie : la difficile médiation française lors de la guerre en Géorgie en 2008 (WIKILEAKS, décembre 2010)
2011-08-07

Parmi les centaines de milliers de documents publiés sur le site Internet WIKILEAKS, en partie repris par quatre journaux de la presse internationale de référence, figurent des dépêches diplomatiques américaines échangées en août et en septembre 2008. Elles permettent de reconstituer un scénario de la médiation française sensiblement différent de la version officielle.

Le 12 août 2008, le lendemain du cessez-le-feu annoncé unilatéralement par le président russe Dmitri Medvedev, le président français Nicolas Sarkozy -qui assure également la présidence de l'Union européenne- entreprend une médiation entre la Russie et la Géorgie afin de faire accepter un texte de cessez-le-feu.

Le 14 août, estimant que le texte d'origine française est trop vague quant aux conditions de déploiement et de retrait des troupes russes en territoire géorgien, la secrétaire d'Etat américaine Condoleezza Rice obtient de la présidence française l'envoi à la partie russe d'une lettre complémentaire : Moscou n'accepte pas cette nouvelle démarche.

Le 23 août, bien que la diplomatie américaine estime que la France s'est faite bernée par la Russie (1), la secrétaire d'Etat américaine informe les ambassadeurs américains que les Etats Unis laissent faire l'Union européenne : il n'est pas souhaité donner l'impression d'une confrontation américano-russe sur le territoire post-soviétique.

Le 5 septembre, l'ambassadeur américain à l'OTAN et un conseiller du président français conviennent que les Occidentaux ont besoin de la Russie pour contenir la menace de l'Iran.

Le 8 septembre, compte-tenu du maintien des troupes russes sur le territoire géorgien, le président français engage une deuxième médiation. Selon les propos d'un diplomate français en poste à Moscou -et ancien ambassadeur français à Tbilissi- les entretiens franco-russes sont houleux : "Le président français Nicolas Sarkozy aurait attrapé le revers de la veste du ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Lavrov et l'aurait traité de menteur".

Finalement la Russie maintiendra ses troupes en Abkhazie et en Ossétie du Sud -augmentant leur périmètre-, reconnaîtra l'indépendance de ces deux régions sécessionnistes de la Géorgie et y installera des bases militaires.

Note

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(1) Le texte signé par le président russe comporte des nuances par rapport au texte initial d'origine française : il permet plusieurs interprétations quant aux conditions de déploiement et de retrait des troupes russes en territoire géorgien.