Biélorussie : 4ème mandat présidentiel pour Alexandre Loukachenko (janvier 2011)
2012-02-27

Dirigée d'une main de fer depuis 1994 par Alexandre Loukachenko, la Biélorussie "réélit" son président.

Des élections présidentielles soumises à suspicion



Avec un taux de participation de 90% et un résultat en sa faveur de 79,67%, Alexandre Loukachenko a été réelu président le 19 décembre 2010 pour la quatrième fois.

L'opposition, divisée en neuf candidats, muselée par le pouvoir en place quand ses leaders ne sont pas agressés (comme le poète Vladimir Neklaiev ou l'économiste Iaroslav Romantchouk) ou arrêtés (comme Andreï Sannikov), ne possède pas de réels moyens d'action.

Les réactions en Biélorussie



Des manifestations se sont déroulées à Minsk, le dimanche 19 décembre 2010, de 20 heures à 22 heures : elles ont certes réuni de 30 000 à 40 000 personnes et ont certes rappelé celles de 2006, mais les forces de l'ordre (forces spéciales et forces anti-émeute) ont vite repris la main.

Elles ont été suivies d'arrestations par le KGB biélorusse, d'hommes politiques, de jeunes militants, de journalistes et de militants des droits de l'homme (1), ainsi que de perquisitions (2).

Les réactions internationales



Les observateurs de l'Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE), présents sur le terrain lors des élections, ont dénoncé l'opacité des dépouillements, près de la moitié des dépouillements surveillés ont été mauvais ou très mauvais.

Si le président vénézuelien, Hugo Chavez, a félicité son homologue biélorusse pour sa réélection, le président russe, Dmitri Medvedev, s'est contenté de déclarer qu'il s'agissait d'une affaire interne biélorusse.

Le porte-parole du président des Etats-Unis, Barak Obama, a immédiatement qualifié le processus électotal biélorusse de régression, la Haute représentante de l'Union européenne pour les Affaires étrangères, Catherine Ashton, a condamné quant à elle la répression et appelé à la libération des prisonniers.

Quelques heures plus tard, cette dernière diffusait à Bruxelles un communiqué également signé de Hillary Clinton, secrétaire d'Etat des Etats-Unis, condamnant les violences exercées par le pouvoir biélorusse en place et menaçant de réexaminer les relations avec lui.

Le président du Parlement européen, Jerzy Buzek, a estimé de son côté que le pouvoir biélorusse n'avait pas de légitimité diplomatique.

Le ministre polonais des Affaires étrangères, Radoslaw Sikorski, a déclaré que selon les informations en sa possession Alexandre Loukachenko n'aurait pas remporté l'élection au premier tour : son véritable score aurait été voisin de 40% -extrapolation à partir des sondages-. Un deuxième tour aurait été nécessaire, laissant une chance à l'opposition.

Quelle suite ?



La marge de manoeuvre des Etats-Unis et de l'Union Européenne vis-à-vis de la Biélorussie reste limitée. Un marchandage afin d'obtenir la libération des prisonniers politiques est probable -marchandage dont Alexandre Loukachenko a le secret et rappelant les pires années de l'ex-URSS : d'ailleurs 3 milliards d'euros d'aide avaient été promis par Bruxelles en cas d'élection présidentielle équitable ... Les sanctions -levées lors des élections- sur les membres de l'entourage du président biélorusse (liberté de mouvement et gel des biens) pourraient par ailleurs être renouvelées. Le "Partenariat oriental" entre l'Union européenne et la Biélorussie attendra certainement de meilleurs jours.

La Russie reste incontourable en Biélorusse, même si les relations russo - biélorusses passent régulièrement par le chaud et par le froid. Le dernier épisode de réchauffement date du 9 décembre 2010 : il consiste à créer en 2012 un espace économique commun à la Biélorussie, au Kazakhstan et à la Russie, concept maintes fois avancé et remisé dans les valises diplomatiques. L'un des épisodes les plus froids a été l'accord entre l'Allemagne et la Russie afin de construire un gazoduc (NORTHSTREAM) évitant le territoire biélorusse sur lequel transite 20% du gaz et 50% du pétrole russes vers l'Europe : la Biélorussie pourrait voir s'évaporer les tarifs privilégiés à l'achat d'hydrocarbures, elle n'en a pas les moyens.

Le Vénézuela, en octobre 2010, et la Chine, en novembre 2010, ont été appelés à la rescousse : nul doute que l'accord préalable de la Russie avait été obtenu. Moscou veille à son "Etranger proche".


Notes

:

- (1) Alexandre Loukachenko a lui-même annoncé 639 arrestations dont 7 des 9 candidats aux élections présidentielles : ils risquent jusqu'à 15 ans de prison.

- (2) L'Organisation non gouvernementale Vesna96 a fait l'objet d'une perquisition "musclée".