Azerbaïdjan iranien ou Azerbaïdjan du Sud ?
2012-01-04

Source : Mustapha Alinca, président de l'Association "La Maison de l'Azerbaïdjan" de Strasbourg, aout 2010.

Lorsqu'on parle de l'Azerbaïdjan, on parle d'un pays coupé en deux depuis 1828.

Une partie, l'Azerbaïdjan du Nord, qui compte un peu plus de 8 millions d'habitants, est une république devenue indépendante en 1991, après la chute de l'URSS, et a pour capitale Bakou.

L'autre, l'Azerbaïdjan du Sud, qui compte plus de 30 millions d'habitants, a été incorporée à l'Iran. On l'appelle officiellement "Azerbaïdjan iranien"; sa capitale est Tabriz.

Le début du XXème siècle



Depuis l'arrivée au pouvoir des Perses en Iran, -favorisé par les Anglais-, avec Reza Shah en 1925 (Le pays auparavant avait été gouverné depuis mille ans par les Turcs azerbaïdjanais) les langues non-persanes (turkmène, arabe, kurde, beloutche, lori, etc ...) ont été officiellement interdites dans tous les domaines, administratif, éducatif, juridique, et des relations internationales.

Ce fut lors de la "première révolution constitutionnelle" de 1906 dirigée par des Azerbaïdjanais que le pays s'avança vers une organisation moderne : existence d'un Parlement, promulgation d'une constitution, ouverture à la culture et à la littérature modernes.

Mais l'Azerbaïdjan était avant cette date un peuple résolument tourné vers la modernité : la première fois qu'une imprimerie s'ouvrit ce fut à Tabriz, au 19ème siècle, ce qui entraîna une diffusion intellectuelle des livres et des pensées. Les premières écoles modernes s'ouvrirent (la toute première fut construite par Mirza Hassan Rüs,tiye).

De plus, en 1945-46, l'Azerbaïdjan du Sud devint un Etat fédéral, qui ne survécut qu'un an, dans lequel pour la première fois après la Turquie dans le monde musulman, les femmes acquirent le droit de vote, et purent devenir éligibles à des fonctions publiques. La première université moderne laïque fut construite à cette époque, les premiers théâtres dans le pays également (on y joua Shakespeare) à Tabriz --- furent entre autres manifestations un élan vers le monde contemporain.

Tabriz, étape incontournable de la route de la soie, fut le premier pont jeté entre l'Orient et l'Occident. (Les voyageurs français eux-mêmes appelaient Tabriz : "le Paris de l'Orient").

La révolution de 1979



Comme on le sait aussi, les véritables pionniers de la révolution de 1979 en Iran furent les Turcs d'Azerbaïdjan et les Perses disaient volontiers : "Jusqu^à maintenant sans les Turcs, aucun changement ne serait envisageable en Iran". mais un aphorisme perse vit bientôt le jour dans la bouche d'un grand chef de l'organisation des Fedayiyins : "La langue officielle des prisons du Shah est la langue turque".

Hélas, depuis plus de 80 ans, tous les Turcs d'Azerbaïdjan du Sud de toutes tendances politiques et religieuses sont contraints de combattre ensemble vers un but primordial : leur langue maternelle.

Voilà pourquoi ils furent les pionniers de la révolution de 1979 contre le régime du Shah.

Le régime actuel



Malheureusement, après la révolution, malgré l'existence de quelques mesures constitutionnelles qui permettraient à chaque région d'utiliser sa propre langue celles-ci n'ont jamais été appliquées. Le régime islamique a poursuivi la même politique que celle du Shah.

En 1980-81 l'Azerbaïdjan du Sud révolté par toutes ces politiques d'apartheid, surtout contre le principe religieux du "vilayat-i fakih", réclama la reconnaissance de ses droits naturels à parler et étudier dans sa langue maternelle. Ce mouvement fut écrasé par les autorités perses (appuyés même par les soi-disant plus progressistes des non-gouvernmentaux comme le parti communiste Toudehs, les Moudjahidines et bien d'autres) qui défendirent le régime iranien perse, accusant les Azerbaïdjanais du Sud d'être des contre-révolutionnaires et des séparatistes.

En 2006, un quotidien officiel d'Etat (qui s'appelait "Iran") a stigmatisé les Turcs comme étant des "cafards". Dans ce journal, un supplément destiné aux enfants présentait les Turcs comme des insectes sales et nuisibles, et un caricaturiste a même été récompensé tout récemment par l'organisation internationale des caricaturistes dont le siège est aux USA "pour son courage" en les insultant de la sorte ; plus encore, ces dessins entraînaient les petits Iraniens perses à considérer les Turcs, non plus "comme des ânes" (comme jadis), mais comme des bestioles répugnates à exterminer.

Contre ce journal d'Etat, d'immenses manifestations populaires se dressèrent en Azerbaïdjan du Sud mais aussi à Téhéran où vivent 5 millions de Turcs (selon les statistiques d'Etat). Le 22 mai, il ne s'agissait que de manifestations pacifiques, mais le 23 à Tabriz, Urmu et à Khiyav, le couvre-feu fut imposé et la police spéciale des "Gardiens de la révolution" se lança à la poursuite des manifestants : leurs charges se soldèrent dans ces trois villes par 8 morts, une dizaine de blessés et des centaines d'arrestations.

Depuis, l'Azerbaïdjan du Sud est devenu une véritable caserne, remplie de forces armées spéciales, les "Pastarans" ("Gardiens de la révolution"). Mais en souvenir, chaque année, le 22 mai, les activistes, les intellectuels, suivis par des foules de simples citoyens, se réunissent dans tout le pays pour commémorer cet évènement. Chaque mois d'avril, afin d'empêcher ces commémorations, des arrestations massives sont organisées préventivement, surtout de personnes ayant déjà diffusé des bulletins ou des tracts appelant au devoir de mémoire.

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