Dossier : l'Union européenne et son Est européen (2011)
2012-12-13

Il y a quelques décennies le responsable de la diplomatie des Etats-Unis clamait à qui voulait l'entendre : "L'Union européenne, quel numéro de téléphone ?".

La situation a-t-elle réellement changé avec la nomination d'un Haut représentant aux affaires étrangères et la nomination d'un Président permanent ? Le Conseil européen, qui réunit les chefs d'Etat et les chefs de gouvernement, veille jalousement à son "pouvoir" : en pleine crise économique mondiale, les effets de manche ont été plus nombreux que les décisions rapides

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La situation institutionnelle européenne est fragile, Conseil européen, Commission européenne, appareil diplomatique du Haut représentant aux affaires étrangères, se disputent la primauté : les uns sont opposés à tout abandon de souveraineté nationale, les autres s'y résoudraient afin de permettre à la technostructure bruxelloise de retrouver un certain lustre.

La fracture entre la "vieille" et la "nouvelle" Europe



La fracture européenne est historique, entre pays membres fondateurs dits de la "vieille Europe" et pays récents membres dits de la "nouvelle Europe", anciens membres de l'URSS (pays baltes) ou du pacte de Varsovie (Europe centrale et orientale) particulièrement vigilant vis-à-vis de la Russie.

Bien qu'un chef d'Etat français ait estimé ily a quelques années "qu'ils avaient perdu une occasion de se taire", ces pays de la "nouvelle Europe" n'ont pas apprécié que l'Allemagne construise avec la Russie un gazoduc (North Stream) les court-circuitant. Ils ont certainement encore moins apprécié que l'Italie engage un projet semblable avec la Russie (South Stream) concurrent direct d'un projet européen :

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Que dire de la vente de navires de guerre français à la Russie, avec transfert de technologies, qui assureront à la marine militaire russe la suprématie sur la mer Noire et la mer Baltique ? Que dire des négociations en cours entre la France et la Russie pour la vente de 500 à 1000 véhicules blindés légers (VAB du constructeur Panhard), avec également transfert de technologie, pour équiper les gardes frontières russes ?

Qu'en pensent le demi-milliard d'Européens

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et qu'en pensent les pays à l'Est de l'Union européenne ?

Le Partenariat oriental



Après les tâtonnements des décennies 1990 et 2000

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à l'initiative en particulier de la Pologne soucieuse de se "protéger" sur son Est l'Union européenne lance une nouvelle démarche

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1) Arménie



L'Arménie enclavée entre trois pays "hostiles" -Azerbaïdjan avec qui elle est en guerre depuis 20 ans, Turquie qui ne veut pas reconnaître le génocide de 1915 et Iran en proie à des problèmes internes- survit en particulier grâce à une noria de camions et à un gazoduc venant tous deux de Russie ... et traversant la Géorgie. La diaspora arménienne, particulièrement active en Europe occidentale, ne partage pas toujours les options du gouvernement arménien dépendant au quotidien de la Russie et écarté des pipelines transcaucasiens.

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2) Azerbaïdjan



L'Azerbaïdjan, au contraire, joue la carte des hydrocarbures de la mer Caspienne qui intéresse les pays membres de l'Union européenne : oléoduc BTC, gazoducs BTE, NABUCCO et AGRI, les réalisations et les projets ne manquent pas. Au delà des aides financières, la Commission européenne est mandatée pour approfondir la coopération économique :

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3) Géorgie



La Géorgie, située sur le corridor transcaucasien pour ces oléoducs et ces gazoducs, se réclamant du camp "occidental" avec le soutien des Etats-Unis et des pays de la "nouvelle Europe", s'étant réformée depuis 2004 vers la voie libérale, milite pour une association économique avec l'Union européenne :

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4) Biélorussie



La Biélorussie, coincée entre la Pologne et la Russie, dépendante de cette dernière, dirigée par l'un des derniers dictateurs à la mode soviétique -sa police politique porte toujours le nom de KGB- voit dans l'Union européenne un instrument de pression pour obtenir plus de Moscou :

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5) Moldavie



La Moldavie, avec une opinion publique divisée en une moitié favorable au rapprochement avec l'Union européenne et l'autre moitié favorable au maintien de relations étroites avec la Russie, ne parvient pas à élire de président depuis 2009 tant le système politique de transition est verrouillé :

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6) Ukraine



L'Ukraine a connu un quinquennat présidentiel pro-européen :

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avant que le nouveau président ne resserre les liens avec la Russie et engage une chasse aux opposants politiques :

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Si l'opinion publique ukrainienne, comme en Moldavie, est partagée moitié / moitié entre aspirations européennes et aspirations pro-russes, il est vraisembable que de longues années s'écouleront avant tout rapprochement institutionnel avec Bruxelles.

Deux acteurs d'arrière plan



La Russie



La Russie développe une stratégie de "souveraineté limitée" pour les pays de son "Etranger proche", dont les 6 pays concernés par le Partenariat oriental de l'Union européenne.

Si elle préfère traiter directement avec les pays membres de l'Union européenne (gaz et nucléaire civil avec l'Allemagne, gaz avec l'Italie, armement et automobile avec la France ...), elle ne délaisse pas les instances bruxelloises afin d'essayer de retrouver de l'influence :

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et de s'attirer des marchés dans les pays de la "vieille Europe" au risque d'agacer les pays de la "nouvelle Europe",

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La Turquie



La Turquie est aux portes, et peut-être à la porte, de l'Union européenne : elle est le principal partenaire économique de l'Azerbaïdjan et de la Géorgie.

Les récents évènements du Magreb et du Machrek lui ont donné l'espoir que sa demande de candidature serait peut-être un peu moins contrée par les pays de la "vieille Europe", embarassés par le développement de l'Islam sur leurs territoires.

Son opinion publique évolue d''ailleurs vers moins d'aspirations européennes et le rapprochement éventuel s'est jusqu'à présent peu concrétisé :

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Perspectives et réalités



Il n'en reste néanmoins pas vrai que la forteresse européenne cherche à se "protéger" de l'immigration clandestine sur ses frontières Est (biélorusse / polonaise, grecque / turque) avec son agence Frontex, comme elle se "protège" sur ses frontières Sud :

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Il n'en reste néanmoins pas vrai que l'acception par les opinions publiques européennes des adhésions de l'Albanie, de la Bosnie Herzégovine, de la Croatie, de la Macédoine, du Monténégro et de la Serbie, qui paraissent plus prioritaires que l'association économique avec les pays du Partenariat oriental, est loin d'être gagnée.

Quelle véritable alternative pour ces 6 pays ?

Voir aussi : [URL : 2678]