La République démocratique d'Azerbaïdjan (1918-1920)
2011-04-15

Le territoire de l'Azerbaïdjan appartenait à l'Empire russe depuis le XIXe siècle, à la suite de l'annexion de la partie Nord de l'Azerbaïdjan iranien : cette partie septentrionale est quatre à cinq fois plus petite que la partie méridionale. Sa population, turcophone pour une grande majorité, est de ce fait musulmane chiite comme la population iranienne, contrairement à la population turque, musulmane sunnite.

La situation révolutionnaire précédant la République démocratique d'Azerbaïdajn



En mars 1917, un Conseil national des musulmans se réunit à Bakou : il est composé de futurs acteurs de changement, Hasan Hajinski, Mamed Emine Rassoul Zadé (1), Alimardan Topchubashov, Fatali Kahn Khoyski en particulier.

En novembre 1917. se crée le Soviet de Bakou -parfois aussi dénommé la Commune de Bakou-. Il est composé de 85 "Sociaux révolutionnaires" (2), 48 "Bolcheviks" (3), 36 "Dashnaks" (4), 18 "Moussavatistes" (5), 13 "Mencheviks" (6) et est dirigé par Stepan Shaumyan et Prokopius Dzhaparidze. Les Partis "Moussavat" et "Ittihad" (7) sont accusés de faire le jeu de la Turquie. En mars 1918, les tensions ethniques entre Arméniens et Azéris atteignent leur paroxysme : les massacres de population azérie (10 000 ou plus, selon les sources) sont attribués aux "Dashnaks" arméniens, avec le soutien supposés de certains "Bolcheviks". Les forces armées turques interviennent, parviennent à Ganja, gagnent à Yevlakh et à Agadash.

En juillet 1918, les "Sociaux révolutionnaires" et les "Dashnaks" excluent du Soviet les "Bolcheviks", opposés à l'appel à l'aide des forces britanniques. Le 15 septembre, malgré les renforts britanniques, Bakou tombe entre les mains des forces armées turques, entraînant des massacres de population arménienne (10 000 ou plus, selon les sources). Le 30 octobre, la signature de la fin de la IIe Guerre mondiale conduit à l'évacuation des forces armées turques de Bakou et au retour de forces armées britanniques. Le 17 novembre, le général Thomson se proclame gouverneur de Bakou et instaure la loi martiale avec ses 5 000 soldats.

La République démocratique d'Azerbaïdjan



La naissance



Après la dissolution de l'éphémère Fédération de Transcaucasie (Arménie, Azerbaïdajn et Géorgie), le Conseil national d'Azerbaïdan, privé de sa capitale par le Soviet de Bakou, proclame le 28 mai 1918 la République démocratique d'Azerbaïdjan à Tiflis, en territoire géorgien. Quelques jours plus tard, la capitale du nouvel Etat est transférée à Ganja, en territoire azerbaïdjanais.

Les dangers potentiels



Au Nord, les armées russes "blanches" du général Dénikine s'opposent à tout séparatisme du territoire de l'ex-Empire russe et constituent une menace permanente. Au Sud, l'Iran est plutôt hostile à la constitution d'un Azerbaïdjan indépendant qui pourrait inciter l'Azerbaïdjan iranien à suivre la même voie. Au Sud Ouest, l'Arménie revendique le territoire du Haut Karabagh et masse ses forces armées. A l'intérieur, l'agitation et la propagande bolchévique bat son plein : ainsi la ville de Lankaran, sur la Caspienne, proclame une république soviétique locale en avril 1919. La capitale Bakou, reste toujours occupée par les Britanniques.

L'exercice du pouvoir



La République démocratique d'Azerbaïdjan couvre théoriquement 100 000 km2 et compte environ 2 millions d'habitants. Elle se veut laïque et démocratique. Elle s'engage à établir l'état de droit, la garantie des libertés individuelles, le droit de vote des femmes, une constitution et des élections législatives.

Le Parlement d'Azerbaïdjan siège pour la 1ère fois en décembre 1918 : le Parti "Moussavat" remporte le plus de siège (18 sur 125) et forme une coalition avec le Bloc des socialistes musulmans, le Parti "Ehrar" (8) et le Parti "Himmet" (9). L'opposition s'articule autour du Parti "Itthad" (11 sièges).

Deux Présidents du Conseil des ministres se succèdent, Fatali Khan Khoyski (du 28 mai 1918 au 14 mars 1919) et Nasib Yusifbeyli (du 14 mars 1919 au 1er avril 1920) (10).

Début 1919, une délégation diplomatique est envoyée à la Conférence de la Paix de Paris afin d'obtenir la reconnaissance de la République démocratique d'Azerbaïdjan. Dans un premier temps, devant l'opposition des Etats-Unis, cette demande est refusée par les grandes puissances : la recommandation est de former une confédération avec les autres peuples du Caucase. De fait, le 12 janvier 1920, le Conseil suprême des Alliés reconnaît l'Azerbaidjan, bien que la question des frontières soit pendante.

En juin 1919, l'Azerbaïdjan et la Géorgie signent un traité de défense collective. En août, les Britanniques évacuent Bakou et les autorités azerbaïdjanaises ont la pleine maîtrise de leur capitale. En janvier 1920, les armées de Dénikine sont défaites dans le Nord Caucase par l'Armée rouge, éliminant la menace présentée par une alliance avec l'Arménie. En février, le général Samedbey Mehmandarov, ministre de la Guerre de l'Azerbaïdjan, reprend le contrôle du Haut Karabakh et y instaure la loi martiale.

L'invasion par les armées de la Russie soviétique



Le 25 avril 1920, l'Armée rouge envahit l'Azerbaïdjan : elle atteint la capitale le 27, afin d'assister les révolutionnaires de la Commune de Bakou, "victimes d'une contre-révolution". Afin d'éviter un bain de sang, les membres du Parlement azerbaïdjanais décident le 28 avril 1920 la dissolution de la République démocratique d'Azerbaïdjan, remplacée par une république soviétique.

En mai 1920, une insurrection contre le pouvoir bolchévique est déclenchée à Ganja et rétablit quelques jours un pouvoir moussavatiste.

Notes



(1)

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(2) Le Parti social révolutionnaire (dénomination héritée de Saint Pétersbourg, mais peu adaptée à la réalité azérie) est traversé par différents courants, un courant hérité de l'époque tsariste et proche du terrorisme, un courant idélogiquement proche du populisme et de l'idée que la terre doit revenir aux paysans, et un courant centriste qui participe au Gouvernement provisoire de Saint Pétersbourg de février à octobre 1917.

(3) Les Bolcheviks (dénomination héritée de Saint Pétersbourg, mais peu adaptée à la réalité azérie) sont partisans de la dictature du prolétariat (la région de Bakou compte une forte minorité de travailleurs avec l'industrie pétrolière et les chemins de fer) et d'une union avec la Russie soviétique.

(4) Le Parti "Dashnak" (Fédération des révolutionnaires arméniens) est un parti fondé en 1890 par Christapor Mikaelian, Stepan Zorian et Simon Zavarian. Il est présent dans la plupart des pays accueillant une diaspora arménienne. Il s'inscrit à la fois dans le mouvement national arménien (avocat de la Grande Arménie, militant pour la reconnaissance du génocide de 1915) et dans le mouvement socialiste (membre de la IIe Internationale).

(5) Le Parti "Moussavat" (Egalité) est fondé clandestinement à Bakou, en 1911, par Mamed Emine Rassoul Zadé : son nom initial est "Parti démocratique musulman pour l'égalité". Il s'inscrit dans le mouvement national azéri, "centriste" entre les musulmans radicaux et les musulmans sociaux démocrates. Il est le principal acteur politique de la République démocratique d'Azerbaïdjan.

(6) Les Mencheviks (dénomination héritée de Saint Pétersbourg et peu adaptée à la réalité azérie) soutiennent le Gouvernement provisoire de Saint Pétersbourg de février à octobre 1917 et l'élection d'un Parlement sur le territoire de l'ex-Empire Russe. Ils s'opposent à la dictature du prolétariat préconisée par les Bolcheviks.

(7) Le Parti "Ittihad"(Unité), parti d'opposition, est un parti radical musulman préconisant la charia. Il remporte 11 sièges au Parlement azerbaïdjanais. Son chef de file est Gara Garabeyov.

(8) Le Parti "Ehrar" (Libéral), s'inscrit dans le mouvement national azéri.

(9) Le Parti "Himmet" - orthographié parfois "Hummet " ou "Himmat"- est à cette époque un parti social démocrate musulman. En 1920, il fusionne avec le Parti "Adalat" pour former le Parti communiste azerbaïdjanais.

(10) Mammade Hasan Hajonski sera le 3e Président du Conseil des ministres, en exil.

Sources multiples dont "Les combats indépendantistes des Caucasiens entre l'URSS et puissances occidentales" de Georges Mamoulia, L'Harmattan, paris 2009.