Azerbaïdjan : Mamed Emine Rassoul Zadé (1884-1955), homme politique
2011-03-28

Mammed Emine Rasulzade

Il est né le 31 janvier 1884 près de Bakou. Il commence ses études dans une école russe musulmane et en 1902 les poursuit au Collège technique de la métropole caspienne .

L'opposition clandestine à l'Empire russe



A partir de 1903, il écrit dans différents journaux des articles en faveur de l'autonomie de l'Azerbaïdjan au sein de l'Empire russe et fonde clandestinement une organisation de la jeunesse musulmane. En 1904, il fonde le Parti "Himmet" (l'Impulsion) (1), parti social démocrate musulman, affilié au Parti social démocrate ouvrier de Russie dans lequel il côtoie les futurs bolcheviks et mencheviks, dont le jeune Joseph Djougachvili qui deviendra Staline. De 1905 à 1907, il participe aux mouvements révolutionnaires ; il devient rédacteur en chef de l'organe de presse du Parti "Himmet", "Tekamül" en 1906 et "Yoldas" en 1907. Pourchassé par la police politique du tsar Nicolas II, "l'Okhrana", il doit son salut à la clandestinité.

Les premiers exils



En 1909, il s'exile en Iran : il participe à la fondation d'un parti démocratique iranien et publie des articles dans "Iran-e Nou". En 1911, devant l'entrée des troupes russes, il s'exile à Constantinople, prend contact avec les "Jeunes Turcs" et édite un journal "Türk yurdu".

L'activité politique transcaucasienne



En 1913, il revient à Bakou suite à l'amnistie décrétée par Nicolas II et rejoint le Parti clandestin "Moussavat" ('Egalité), initialement pan-islamiste et socialiste, devenu progressivement porteur du mouvement national azéri. Il en devient le chef de file et publie de nombreux articles dans son organe de presse "Açiq Söz"de 1915 à 1918.

Après la révolution de février 1917 à Saint Pétersbourg, il participe en avril au Congrès des musulmans du Caucase à Bakou et en mai au Congrès des musulmans de toute la Russie à Moscou : il soutient la résolution appelant à la création d'une république fédérale russe. Après la révolution d'octobre 1917 et lors de la formation à Tiflis de l'assemblée de la Fédération de Transcaucasie (février 1918), -"Seïm" composée des députés de l'Arménie, de l'Azerbaïdjan et de la Géorgie qui auraient dû siéger à l'Assemblée constituante russe-, il est élu président des représentants musulmans -Parti "Moussavat", Bloc socialistes musulmans, Parti "Ittihad" (Union) et Parti "Himmet"-.

La proclamation de la République démocratique d'Azerbaïdjan



Après la dissolution de la Fédération de Transcaucasie, il préside le Comité national azerbaïdjanais qui proclame le 28 mai 1918, à Tiflis, l'indépendance de l'Azerbaïdjan et établit la République démocratique d'Azerbaïdjan (2).

Il ne souhaite pas prendre de responsabilité ministérielle lors de la formation des différents gouvernements, de mai 1918 à avril 1920, mais il participe activement à la vie du Parlement.

Il s'implique personnellement dans la fondation de l'Université de Bakou, où il enseigne la littérature ottomane.

L'invasion de l'Azerbaïdjan par l'Armée rouge



Entre avril 1920, date de l'entrée des armées de la Russie soviétique en territoire azerbaïdjanais, et août 1920, date de son arrestation dans le village de montagne de Lahij, il dirige un mouvement insurrectionnel contre l'occupation soviétique. Arrêté, incarcéré par la police politique bolchévique -"la Tchéka"(3)-. et transféré en Russie, il aurait dû son salut à Staline lui-même car selon la légende il l'aurait sauvé de "l'Okhrana", en 1905, à Bakou. Finalement, en 1922, il est relâché et gagne clandestinement la Finlande.

L'exil définitif



Il s'exile d'abord en Turquie, puis en Pologne ; il épouse la nièce du président polonais Jozef Pilsudski et participe aux travaux du Mouvement Prométhée (4) qui préconise une confédération caucasienne avec les Azerbaïdjanais, les Géorgiens et les Nord Caucasiens : de 1927 à 1939, il préside le Centre national azerbaïdjanais représentant les autorités azerbaïdjanaises en exil. Il continue à publier à Constantinople de nombreuses revues comme "Yeni Kavkasia" (Nouveau Caucase), "Azeri Türk" (Turc azerbaïdjanais, "Bildirik" (L'Unité) et "Istiklal" (L'Indépendance.

En 1940, il gagne la Roumanie, puis Berlin où il encourage les Azerbaïdjanais à aider l'Allemagne à vaincre l'URSS. En 1947, il regagne la Turquie. En 1953, à partir de Munich, il lance un appel pathétique à la radio "La Voix de l'Amérique" afin que l'Azerbaïdjan retrouve un jour son indépendance.

En 1955, Il meurt et est inhumé à Ankara.

L'homme



Intellectuel musulman, Mamed Emid Rassoul Zadé fut jounaliste, auteur de pièces de théâtre et de livres (en russe, en turc, en perse, en polonais, en allemand) et homme politique, Pour les sociaux révolutionnaires et les bolcheviks, il représente l'archétype du réformiste bourgeois, influencé par la culture turque. Pour les musulmans radicaux, il incarne la perte des valeurs religieuses au profit de la décadence occidentale. La République démocratique d'Azerbaïdjan lui doit, chronologiquement avant Mustpaha Kémal et les Jeunes Turcs, sa recherche de démocratie et de laïcité.

Notes :



(1) Le Parti "Himmet" (l'Impulsion) est parfois orthographié "Himmat".

(2)

[URL : 3224]



(3)

[URL : 3174]



(4

[URL : 3217]



Sources multiples dont "Les combats indépendantistes des Caucasiens entre URSS et puissances occidentales" de Georges Mamoulia, L'Harmattan, Paris, 2009.

Voir aussi :

- [URL : 2773]