Victoire des nationalistes aux élections présidentielle et législatives
2004-07-12

Victoire des nationalistes aux élections présidentielle et législatives



Les nationalistes sont les grands vainqueurs de l'élection présidentielle et des élections législatives du 5 octobre en Bosnie-Herzégovine.



Les Bosniaques n'ont pas tenu compte des injonctions de la communauté internationale qui leur demandaient de se tourner vers l'avenir et de voter en faveur des candidats appartenant aux formations réformistes. Une faible majorité d'électeurs se sont d'ailleurs déplacés pour se rendre aux urnes (54,98%, soit le plus faible taux de participation depuis la fin de la guerre en 1995). La participation avait été de dix points supérieure lors des précédentes élections du 11 novembre 2000 (64,4 %).

Les trois grandes formations nationalistes arrivent donc en tête des votes dans l'ensemble des institutions que les Bosniaques renouvelaient, c'est-à-dire la Présidence collégiale et le Parlement de la République de Bosnie-Herzégovine d'une part, et les Parlements propres à chacune des deux entités (la Fédération de Bosnie-Herzégovine et la République serbe) d'autre part.

Les trois sièges de la présidence collégiale, précédemment occupés par des personnalités réformistes, reviennent à trois candidats nationalistes.

Il s'agit de :

- Sulejman Tihic, 51 ans, Musulman, leader du Parti d'action démocratique (SDA) depuis octobre 2001 en remplacement d'Alija Izetbegovic, recueillant 27,8 % des suffrages,
- Mirko Sarovic, 46 ans, Serbe, membre du Parti démocratique serbe (SDS), ancien Président de la République serbe entre 2000 et 2002, obtenant 38,3 % des voix,
- Dragan Covic, 46 ans, Croate, membre de la Communauté démocratique croate (HDZ), ancien Ministre des Finances et adjoint du Premier ministre du gouvernement de la Fédération de Bosnie-Herzégovine entre 1998 et 2001, recueillant 64,6% des suffrages.

Les trois grandes formations nationalistes (SDA, SDS et HDZ) dominent également la Chambre des Représentants de la République de Bosnie-Herzégovine, Parlement central du pays, ainsi que la Chambre des Représentants de la Fédération de Bosnie-Herzégovine et l'Assemblée nationale de République serbe.



- Dans le Parlement central, le SDA arrive en tête avec 32,5% des voix pour les vingt-huit sièges réservés à la Fédération de Bosnie-Herzégovine, le SDS dominant le scrutin avec 36,8% des suffrages pour les quatorze sièges réservés à la République serbe.
- Dans la Chambre des Représentants de la Fédération, le SDA recueille 33,3% des voix devançant le HDZ (17,5%).
- Enfin, dans l'Assemblée nationale de la République serbe, le SDS est en tête avec 33,5% des voix suivi du Parti des démocrates sociaux indépendants (SNSD) qui obtient 27,4% des suffrages.

Dragan Cavic

, nationaliste serbe, membre du Parti démocratique serbe (SDS), a été élu à la Présidence de la République serbe. Dès le lendemain des élections, le nouveau Président a déclaré que son parti allait s'attacher à la réorganisation de l'armée de la République serbe, à l'adhésion au Partenariat pour la paix (antichambre de l'intégration dans l'OTAN), à l'adhésion à l'Organisation mondiale du commerce (OMC) et au rapprochement de la Bosnie-Herzégovine avec l'Union européenne.

Néanmoins, aucune des formations nationalistes n'est en mesure d'assurer à elle seule le contrôle des assemblées

et chacune devra donc former une coalition avec d'autres partis, éventuellement plus modérés. Ainsi, en République serbe, le parti démocratique serbe fera certainement alliance avec le Parti des démocrates sociaux indépendants (SNSD) qui a recueilli 28,9% des suffrages. Le SDA, de son côté, devrait se rapprocher du Parti de Bosnie-Herzégovine (SBiH), la formation réformiste arrivée en deuxième position ; le Parti social démocrate (SDP) ayant exclu toute alliance avec les nationalistes.

Paddy Ashdown, Haut représentant des Nations Unies en Bosnie-Herzégovine, a tenté de minimiser l'ampleur de ce succès nationaliste. " Il y a ceux qui vous diront que le nationalisme se renforce dans ce pays. Je vous assure que ce n'est pas le cas " a t-il déclaré à l'issue de l'annonce des résultats. Selon lui, les résultats ne doivent pas être interprétés comme un soutien aux formations nationalistes mais " comme un désaveu des partis modérés sortants ".

Les Bosniaques ont en effet majoritairement exprimé leur mécontentement envers l'Alliance pour le changement, au pouvoir depuis les élections du 11 novembre 2000. Cette coalition de dix partis réformistes, qui s'est présentée devant les électeurs en ordre dispersé, a obtenu quelques succès, particulièrement dans le domaine financier et dans la revalorisation de l'image de la Bosnie-Herzégovine auprès de la communauté internationale. Ce qui a valu au pays d'intégrer le Conseil de l'Europe le 24 avril dernier. Cependant, l'Alliance a échoué à imposer de véritables réformes dans les domaines économique et social et dans le secteur des privatisations.

Beaucoup de travail reste à faire en Bosnie-Herzégovine pour remettre sur pied un pays rendu exsangue par la guerre à laquelle les accords de Dayton ont mis fin sans toutefois parvenir à jeter les véritables fondations d'un Etat et sans que, sept ans plus tard, la réconciliation nationale ne soit véritablement achevée.


(Corinne Deloy - Fondation Robert Schuman)