Les élections générales en Bosnie-Herzégovine (2003)
2013-01-15

Les élections générales en Bosnie-Herzégovine : Ashdown emporte lui aussi
les élections.



Analyse



Pour la première fois depuis la guerre, l'Etat de Bosnie-Herzégovine a organisé lui-même des élections, avec l'aide discrète, il faut l'avouer, de la mission de paix internationale.

Cela devait être le signe de sa consolidation et de sa capacité à prendre lui-même son destin en main. Cependant ces élections n'ont été que la confirmation de la suprématie des trois partis nationalistes - le Parti démocratique serbe (SDS), la Communauté démocratique croate (HDZ) et le Parti boshniaque de l'action démocratique (SDA). Le SDA est d'ailleurs le seul de ces partis à avoir progressé et ce au détriment du Parti Social-démocrate, qui occupait la première place avant ces élections et se retrouve désormais en cinquième position.

55,54 % de la population a voté, ce qui, à l'Occident, constituerait un excellent taux de participation, mais ne l'est pas pour un pays à peine sorti de la guerre. Par ailleurs, ce sont surtout les jeunes, les intellectuels et certains groupes de réfugiés et personnes déplacées qui se sont abstenus. Le fait qu'ils ne se soient pas rendus aux urnes a directement influé sur la victoire des partis nationaux et nationalistes.

Quelles sont les raisons de cet échec ?



D'une manière générale, les habitants n'ont plus aucune illusion sur la possibilité pour une quelconque option politique locale de procéder à un véritable revirement, de les sortir de cet environnement encore grevé par la guerre et leur offrir des perspectives de vie meilleure et d'intégration à l'Union européenne.

La mission de paix internationale en B-H est directement responsable de cet état de choses : Radovan Karadzic et Ratko Mladic, les principaux fauteurs de guerre et responsables du génocide et des massacres n'ont jamais été arrêtés, ce qui ne peut que conforter les forces de l'hégémonisme national et de l'apartheid; la communauté internationale ne s'est pas non plus suffisamment engagée pour garantir le retour massif et permanent des réfugiés et des exilés en toute sécurité, si bien que désormais la Republika Srpska est presque entièrement serbe, alors qu'avant la guerre il y avait là à peu près le même nombre de Serbes, Croates et Boshniaques; les citoyens estiment de plus en plus que les forces internationales en B-H ne sont ici que pour leur propre bien et non pour le leur, qu'elles dépensent elles-mêmes les sommes que l'on accuse les Bosno-Herzégoviniens d'avoir dilapidées; les autorités internationales se sont contentées de déclarations de principe sur la consolidation du statut d'Etat de la Bosnie-Herzégovine, sans rien faire pour la renforcer et lui ouvrir les portes de l'Europe.

Ce climat a de nouveau favorisé l'homogénéisation nationale, dans la crainte de nouvelles confrontations, ceci dans le cadre de plus larges manoeuvres de la communauté internationale.

Malgré leur victoire, les trois partis nationalistes n'ont pas récolté suffisamment de suffrages pour accéder facilement au pouvoir au niveau de l'Etat et des entités. D'un autre côté, il ne leur sera pas non plus facile de former une véritable alternative démocratique.

La situation s'est encore compliquée après l'attribution par les parlements de mandats compensatoires à une série de petits partis n'ayant pas dépassé la barre des
3%, ce qui a entraîné la fragmentation de ces assemblées. Plusieurs partis
ont d'ailleurs porté plainte auprès de la commission électorale.

Au Parlement de la Republika Srpska, si une Alliance devait être
formée entre les Socio-démocrates indépendants et le Parti pour le progrès
démocratique, et rejointe éventuellement par d'autres petits partis, elle
pourrait facilement devancer le Parti démocratique serbe (SDS).. Mais les SNSD et PDP sont des partis à orientation uniquement serbe et c'est dans cet
esprit qu'ils ont abordé les élections.

En Fédération de B-H, la position adoptée par le Parti pour la B-H - parti formé par les dissidents du SDA à l'époque d'Alija Izetbegovic et présidé par Haris Silajdzic - sera décisive.
C'est le Parti pour la B-H, (avec le SDP) qui a freiné l'ascension de l'Action démocratique pour les changements, créée il y a deux ans après les élections. Si le Parti pour la B-H forme une coalition avec le SDA boshniaque, puis avec le HDZ (Communauté démocratique croate) - il obtiendra la majorité tant au Parlement de la Fédération de B-H qu'au Parlement de l'Etat. Ce qui serait interprété par les partis serbes comme une attaque bosno-croate contre la serbité et la Republika srpska. Le problème, dans le cas de l'éventuelle formation d'un bloc alternatif au Parlement de B-H, (qui n'est pas impossible), réside dans le fait que c'est la Présidence de B-H, composée des représentants des trois grands vainqueurs - les partis nationalistes (SDS, SDA et HDZ), qui nomme les membres du Conseil des ministres de B-H (en fait le gouvernement de la B-H).

D'une manière générale, le nouveau pouvoir sera difficile à constituer et la situation restera confuse et instable. Nouvelle excuse à l'intervention régulière du Haut représentant Paddy Ashdown, qui est d'ailleurs beaucoup plus enclin à diriger qu'à respecter le concept du partenariat inauguré au temps de son prédécesseur Wolfgant Petritsch.


(Zijo D. correspondant en Bosnie de La Lettre de Sarajevo/Association Sarajevo. Traduction : Nicole Philip)