Le "gjakmarrje", vendetta à l'albanaise
2011-06-20

Le "Kanun", code ancestral régissant la vie en société, est réputé avoir pris naissance au XVème siècle : il dictait les lois pour l'église, la famille, le mariage, le bétail, le travail, le transfert de propriété, le discours, l'honneur, les dommages, le droit pénal, les procédures judiciaires et les exemptions. Il était appliqué sur les territoires de l'Albanie et du Kosovo, ainsi que sur une partie du Monténégro et de la Macédoine. Au Nord de l'Albanie, il a résisté non seulement à la domination ottomane, mais aussi au régime communiste. Pourtant il ne parvient plus à contenir aujourd'hui les pratiques de "{gjakmarrje}" ("reprise du sang", vendetta à l'albanaise qui veut qu'à un crime de sang réponde la mort d'un représentant de la famille adverse), les systèmes traditionnels de médiation n'étant plus respectés.

Si le code pénal albanais mentionne le "gjakmarrje" comme un meurtre par préméditation, la justice albanaise est très embarrassée lorsqu'une telle affaire lui est rapportée.

Le Conseil pour les droits de l'homme des Nations unies estime que 75 morts ont été dénombrés en 2009 pour vengeance, ou pour défense de l'honneur, que 95 l'ont été en 2010 et qu'au total près de 10 000 l'ont été depuis 1990.

Parfois l'origine du différend entre familles est oubliée depuis longtemps : à un assassinat répond un autre assassinat et la violence s'enchaîne. Les enfants (jusqu'à l'adolescence) et les femmes étaient exclus de ces réglements de compte : ce serait de moins en moins le cas. Afin d'échapper à la vengeance, 890 enfants ne seraient plus scolarisés et 1650 familles vivraient dans l'isolement.

L'Albanie post-communiste a vu ses structures étatiques s'affaiblir, les réseaux criminels se développer (trafic d'armes et trafic d'êtres humains) et le système patriarcal reprendre de la vigueur. La résurgence de pratiques du passé hypothéque la marche albanaise vers l'Union européenne. Elle donne une raison supplémentaire aux jeunes générations de fuir leur pays.

Le défi est majeur pour un peuple dont l'ouverture sur le monde a été entravée par des siécles de domination étrangère et par des décennies de régime communiste le plus fermé qui soit.

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Sources principales médias albanais et occidentaux.